[NOUVELLE] Tout ce que j’aurais dû faire, de Kerry Hudson

Tout ce que j’aurais dû faire

par Kerry Hudson

(Traduit de l’anglais par Eva Monteilhet)

J’ai réservé mon vol à une heure du matin, dans le cyber café somalien situé juste sous mon minuscule studio de Hackney. Autrefois j’avais un ordinateur portable, mais je l’ai vendu. Et même pas pour l’argent, quoique ça aurait fini par arriver, vu qu’il m’a été quasi impossible de retrouver un travail après ça. Je veux dire, après que les journaux ont publié une photo de nous deux prise pendant des vacances en Crète, quatre mois et demi après notre rencontre. On m’y voit brandir mes couverts au-dessus d’un steak bien saignant. Je ressemble à une cannibale, et pressé contre le mien, les yeux mi-clos après une journée passée à boire sous la chaleur écrasante, son visage, rougi par le soleil. Il venait de me dire qu’il m’aimait et on a tous les deux l’air positivement radieux. C’est exactement le genre de photo que les journaux voulaient. Un coup de bol pour eux, elle était accrochée au-dessus de mon bureau, et évidemment je n’ai pas eu le droit de retourner à mon travail. Mais pourtant ce n’est pas pour l’argent que j’ai vendu mon ordinateur. Non, si je l’ai vendu, c’est parce que je n’arrêtais pas d’aller sur internet.

J’ai posé trois jours de congés. On a le droit de faire ça au centre d’appel, le seul boulot que j’ai fini par décrocher. Il suffit de récupérer ses heures à la dernière minute. Je le fais un peu trop, parce qu’il y a des jours où je n’arrive pas à affronter les visages tartinés de fond de teint orange de mes collègues qui se prennent au sérieux et les types qui puent la clope et font leur malin avec leur cravate aux couleurs criardes. J’ai dix ans de plus qu’eux, et sous prétexte qu’un consultant quelconque a décidé que les chefs de bureau sont plus susceptibles d’acheter des tubes néons par démarchage téléphonique si on porte un tailleur, j’ai dû ressortir mes vêtements d’avant. Mes jupes et mes chemisiers élégants. C’est comme porter les vêtements d’une morte. Je suis bonne à ça pourtant, ils disent que j’ai un sourire dans la voix, c’est pour ça qu’ils m’ont gardée, même si tous les jours c’est la bousculade pour ne pas s’asseoir à côté de moi. Je me dis que ces gosses qui sortent pendant la pause et restent plantés dans le caniveau à fumer et manger leurs barquettes de poulet/frites doivent vraiment avoir des vies minables. Au début ils m’ont même fait pitié, mais pour quelqu’un comme moi, la pitié est un luxe. Je me suis dit qu’ils se lasseraient, qu’ils arrêteraient les brimades, mais ça fait plus d’un an que je bosse ici et ça continue.

Je tends mon passeport : mon nom, ma photo avec ma tête de l’époque, et puis moi, en chair et en os, en face d’eux, avec la nausée, à tirer sur l’ourlet de mon tee-shirt.  Et ils se disent : « je connais ce visage ». La police m’a proposé de me reloger mais j’ai refusé. Bizarrement, je ne le regrette que rarement. Ça m’arrive quand même parfois, dans des moments comme celui-ci, alors que j’attends pendant qu’ils examinent mon passeport, qu’ils se donnent des coups de coude et chuchotent entre eux, qu’ils me font poireauter parce qu’ils passent des coups de fil, avant de finalement me faire signe d’avancer en me regardant comme s’ils avaient envie de me cracher dessus.

Je fais semblant de dormir dans l’avion, je ferme les yeux aussi fort que je peux et j’écoute l’enfant qui pleurniche devant moi, le bras chaud et gras de mon voisin sud-africain est pressé contre ma peau nue. Il tourne la tête vers moi et je sens son haleine, sucrée par le soda qui pétille doucement sur la tablette pliante.

Je passe mon premier jour là-bas à flâner, et à midi je vais à un concert gratuit donné par le Conservatoire de Gdansk. C’est l’un des meilleurs de Pologne, m’a dit la fille de ma chambre d’hôtes avec un petit mouvement du menton qui trahissait sa fierté. La salle n’est qu’à moitié pleine mais je décide de m’asseoir à côté d’une toute petite vieille dame. Elle me dit quelque chose en polonais et je remarque le duvet sombre au-dessus de sa bouche et ses lunettes rondes à monture rouge. Je secoue la tête et je me désigne de la main.

« Pardon, anglaise.

− Vous êtes déjà venue à Gdansk ? »

Je secoue la tête de nouveau et souris. Je n’ai pas réussi à arrêter de sourire. Peut-être que c’est à cause de mon ancien moi, parce qu’avant c’était ma façon de faire plaisir aux gens et que je souriais pour tout en guise de petit cadeau, et maintenant j’ai beau faire, ça sort tout seul, ça s’étale comme une traînée sale sur mon visage. Mais la vieille dame n’est pas révoltée comme les autres, elle se contente de me retourner mon sourire en hochant doucement la tête. Tandis que les lumières s’éteignent et que le calme s’installe en moi, elle tend la main et tapote mon poignet dans l’obscurité, juste avant que la première note ne s’élève. Ça fait très longtemps que quelqu’un ne m’a pas touché volontairement.

Pour une fois, je m’autorise à verser quelques larmes.

Ça va bientôt faire deux ans depuis sa condamnation, et trois ans depuis qu’il a été retrouvé et arrêté. Les gens oublient que c’est moi qui ai appelé la police. Quand cette petite fille a disparu, quand les photos d’elle avec son sweat rose à capuche, tout sourire, ont inondé les infos, qu’on a vu sur toutes les chaînes ses parents, sous le choc, pleurer devant la presse, ils ont oublié que c’était moi qui avais appelé. Il était parti depuis des jours et je sentais bien que ce n’était pas comme les autres fois, toutes ces fois où il était rentré avec cette odeur d’animal et qu’il avait fallu le baigner, le nourrir, l’entourer comme un chien malade. Mais ils ont oublié. Tout ce dont ils se souviennent c’est que j’ai vu les photos ; ces horribles photos d’enfants sur son ordinateur, et que je n’en ai parlé à personne. Ça faisait déjà trois mois que je les avais trouvées, j’aurais pu sauver cette petite fille. Ils m’ont traitée de monstre. Et ils ont eu raison.

Il y a une vidéo de la petite fille sur YouTube. La qualité n’est pas terrible, mais on la voit chanter du Britney Spears avec les escarpins rouges de sa mère en balançant ses petites hanches, le visage ouvert et confiant, ce visage qu’on a quand on chante juste pour sa maman, et à la fin la caméra se rapproche et elle s’enfuit en courant, en faisant claquer les talons sur le carrelage, puis elle trébuche et se met à rire. Si j’ai vendu mon ordinateur, c’est parce que je regardais cette vidéo en boucle.

La salle est plongée dans une obscurité douce et mièvre, et la vieille dame se balance doucement au rythme de Chopin. Je ferme les yeux et je la revois. Lucy, six ans, qui trébuche dans ses chaussures trop grandes, regarde la caméra, et je sanglote sans bruit pour toutes ces choses que j’aurais dû faire. Il y a quelques secondes de silence pendant que le pianiste change de partition, et la vieille dame pose de nouveau sa main sèche et légère sur mon poignet. Je laisse couler mes larmes. J’espère qu’elle pense que je pleure parce que je trouve la musique belle. C’est le cas, et j’ai honte d’être encore capable de voir de la beauté dans un monde pareil.

Je me suis réveillée trop tôt, la lumière pâle perçait à travers les rideaux. J’ai faim. Je n’ai pas voulu manger toute seule hier soir, alors je suis allée dans un petit magasin du coin avec des rangées de fruits si brillants qu’on pourrait croire qu’une vieille dame les polit avec un chiffon. J’y ai pris un yaourt et une grosse poire dure que j’ai mangés dans le fauteuil collé contre la fenêtre de ma chambre.

J’ai enfilé un jean et un tee-shirt mais il fait plus froid que je ne croyais dehors. Je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai choisi Gdansk, sinon qu’une ancienne collègue m’avait dit n’avoir croisé aucun Anglais quand elle y était allée, et que bien sûr la vie n’y est pas chère. Je commande une pâtisserie et un thé dans un café pour touristes qui donne sur les eaux lentes et troubles de la rivière. Le mug est décoré d’une ferme marron et crème. Ma mère avait exactement les mêmes. Mais ça fait des années qu’elle ne me parle plus, et le jour où j’ai essayé d’entrer dans son petit appartement pour lui expliquer, elle a eu peur et a refermé la porte sur mes doigts.

Cette histoire a captivé l’imagination du pays tout entier. Comme j’avais vu ces photos mais que j’avais gardé le silence pendant des mois, la presse a considéré que j’étais complice, même si la police savait bien que ce n’était pas le cas. On était un mignon petit couple, un peu endetté, lui travaillait dans une banque, moi dans une association d’aide aux enfants. Le pire cauchemar : un monstre qui se  cacherait sous les traits de votre voisin. C’est pour ça qu’ils n’ont pas pu s’empêcher de l’étaler dans tous les journaux et à la télé. À cause de tout ce qu’il lui a fait aussi. Ils ont raconté tous les détails morbides, et je ne pouvais pas m’empêcher de lire ça. J’aurais voulu en être capable. Demain, ça va faire exactement trois ans depuis sa dernière disparition. Ça lui était déjà arrivé de disparaître pendant des jours mais je pensais qu’il allait faire la fête, peut-être avec une autre femme, et je ne sais toujours pas pourquoi ce jour-là, j’ai su.

Manger donne du plaisir, alors j’ai passé des années à me nourrir d’aliments sans saveur. Mais aujourd’hui, je racle la crème chantilly et le coulis rouge de ma pâtisserie à la cerise. Il y a des gros pigeons près de la table, et un chat noir et blanc à l’allure miteuse les observe sans grande conviction. Il se met à pleuvoir et soudain je remarque l’odeur marine de Gdansk et je m’abrite sous le parasol ouvert au-dessus de la table. Et puis je me rappelle avec une pointe de dégoût que je ne suis pas là en vacances, je suis là pour me souvenir.

Je ne saurais pas dire combien de fois je me suis posée cette question. Pourquoi est-ce que je n’ai parlé à personne des photos trouvées sur l’ordinateur ? Je cherchais des preuves de ses infidélités, et comme je ne supportais pas de devoir l’affronter, j’ai paniqué. À ce moment-là il buvait déjà trop, il disparaissait de plus en plus souvent et revenait à la maison enveloppé de sinistres silences pleins de violence. Et puis je n’avais personne à qui le dire. Mes amis avaient laissé tomber, lassés que je leur fasse faux bond et que je leur oppose de joyeux mensonges, et au travail je n’étais que Julie, la collègue si compétente. Alors je l’ai enterrée, cette graine amère, et je n’ai rien fait, par peur de ce qui pourrait se passer. J’ai caché le secret bien à l’abri à l’intérieur de moi, reconnaissante qu’il ait arrêté de me toucher depuis plus d’un an.

Le train dans lequel je monte a des sièges en plastique d’une couleur cerise qui donnerait presque envie de les lécher, et des initiales gravées partout sur les fenêtres. Ça fait très longtemps que je ne suis pas montée dans un train, vu que je ne prends plus le métro parce que j’ai peur d’être reconnue et piégée. J’avais oublié le plaisir procuré par la douce vibration des roues, celui de regarder le monde filer, comme si on pouvait s’échapper, même sans savoir où l’on va.

La fille de la chambre d’hôtes m’a parlé de cet endroit hier soir. Elle était en train de couper une pomme, et alors que je me demandais quand j’avais eu une conversation amicale pour la dernière fois, elle m’en a offert un morceau. J’ai trente-trois ans, et aucun ami.

« Le chantier naval est très intéressant. C’est assez beau, là-bas. Vous devriez y aller maintenant parce qu’ils sont en train de le détruire.

– De le détruire ?

– Oui, ils le démolissent, ils le détruisent pour construire des maisons modernes à la place, dit-elle en mordant dans un morceau de pomme, pleine de mépris. Ils sont fous. »

Je descends du train et je grimpe les marches en bois de la gare, doucement incurvées par tous ces pieds de travailleurs fatigués qui les ont empruntées matin et soir. Au loin, trois grandes grues vertes se dressent dans le ciel, insectes géants de métal n’attendant qu’un signal pour ravager la ville, comme dans les films violents qu’il aimait tellement regarder. Je passe devant le gardien à l’entrée, ses petits yeux durs sont d’un bleu clair qui contraste sur sa peau aux nuances porcines. Je le salue d’un signe de tête, mais je pourrais aussi bien être invisible. Il ne peut pas imaginer à quel point ça me fait plaisir. Je vois au loin le drapeau vert du musée, mais au lieu de me diriger dans cette direction je m’approche d’un espace vert au bord de la route, où quelques pauvres fleurs, assez courageuses pour traverser la terre morne, forment des taches de couleur.

Je m’assieds et j’observe, derrière le musée, les immeubles en vieille brique rouge, semblables aux immeubles écossais où j’ai grandi. Quand j’avais cinq ans, je montais et descendais des étages exactement comme ceux-là sur mon ballon sauteur. Du linge sèche sur un balcon, agité par le vent léger, et au-delà le soleil est froid, une lumière blanche traverse les nuages gris et fait ressortir leur forme.

Il y a trois ans exactement, j’ai essayé de prendre la bonne décision. J’ai essayé, même si je sais maintenant qu’essayer est aussi futile qu’espérer. Je suis assise dans l’herbe, et je regarde la partie qu’ils sont en train de détruire. Un groupe d’ouvriers passe à vélo, ils ont remonté leurs pantalons sur  des mollets bien en chair. Ils ne font pas attention à moi. Je m’appuie sur les bras, j’enfonce mes doigts dans la terre sablonneuse, entre les brins d’herbe, je tourne mon visage vers le ciel et les bateaux au loin.

Un petit garçon blond sort du musée en courant, ses parents derrière lui. Il se prend les pieds dans ses grosses chaussures, trébuche et s’étale devant moi. Instinctivement, je m’avance vers lui, mais il est déjà debout, il rit en regardant ses parents qui lui crient quelque chose en allemand. Il frotte ses genoux et me regarde, je lui souris, je lui fais un signe de la main et il regarde ses parents, me regarde moi, lève la main et me fait coucou en écartant ses petits doigts. Je remarque qu’il lui manque deux dents en bas. Et puis il part en courant, s’éloigne de ses parents, court vers les montagnes de bois brisé et sec qu’ils empilent au fur et à mesure qu’ils détruisent le chantier naval.

Je me dis que tout passe. Et même si cette pensée disparaît aussi vite qu’elle m’est venue, j’espère que comme un grain de sable, elle va quand même rester ancrée en moi, et qu’après quelques années elle se changera peut-être en perle et me sauvera de cette solitude pire que la haine.

FIN

Kerry Hudson est une écrivain Ecossaise à la plume vive et profondément humaine. Auteur notamment de « Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman », un roman qu’on avait adoré, Kerry Hudson voyage, beaucoup, écrit, beaucoup et on espère une prochaine traduction de ses autres romans, dont « Thirst ».

kerryband

Et, pour briller en société : la VO! 

The Things I Should Have Done 

I booked the flight at 1am in the 24 hour Somali internet cafe under my tiny bedsit in Hackney. I used to have a laptop but I sold it. Not because I needed the money especially, though I would’ve soon enough anyway because it was near impossible to find a job afterwards. They put a picture of us in the newspapers you see, of a holiday we had in Crete, four and a half months after I met him; I’m holding my knife and fork above a rare steak like a cannibal and his sunburned face is pressed up to mine, eyes half-closed from a long day of drinking in the heat. He’d just told me he loved me and we’re bloody glowing in that photo. It’s the perfect type of picture for what the newspapers wanted to show; pure luck too, they only got it because it was pinned to my cubicle at work and I wasn’t allowed back afterwards of course. But no, it wasn’t the money, I sold the laptop because I couldn’t stop Googling.

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I’ve taken three days off work. You can do that at the call centre, the job I finally managed to get, just take time off last minute. I do it too much because sometimes because I can’t face the girls with their orange make-up and their ‘I’m not being funny’ faces and the boys with their cheap, shiny pastel-coloured ties filled with the reek of Benson & Hedges swaggering past me. I’m ten years older than all of them and because some consultant decided office managers are more likely to buy florescent lighting tubes over the phone if we’re in business dress, I wear my clothes from before. Smart skirts and blouses: like wearing a ghost. I’m good at it though, I speak with a smile so they say, so they’ve kept me on, even though every day there’s a scramble not to take the seat next to mine. I think those kids, who stand outside in the gutter smoking and eating chicken and chips from small cardboard boxes between shifts, must have very small lives. I pitied them at first but pity is a luxury for someone like me. And I thought they’d get bored of it, of the baiting, but I’ve worked there for over a year now and they still haven’t.

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I’m handing my passport over: the name, my picture from those days; and then there’s me, the real me standing in front of them feeling sick and plucking at the hem of my t-shirt. They’re thinking, I know that face. The police offered me relocation but I wouldn’t take it. I regret it surprisingly rarely. Only sometimes, like now, standing while they look at my passport, nudge, whisper, make me wait while they speak into the telephone and then wave me through looking like they’d rather spit at me.

I pretend to sleep on the plane, push my eyes as far back in my sockets as they’ll go and listen to the whimpering of a child in front while the hot, fleshy arm of a South African man next to me presses against the bare skin of mine. When he turns his head in my direction I smell the sweetness of the drink I can hear gently fizzing on his fold-down table.

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On my first day I wander into a free lunchtime concert at the Gdansk Music Academy. One of the best in Poland, the girl on reception at my guesthouse had told me the night before with a proud tilt to her chin. The room is half-full but still I sit next to a tiny, old woman. She says something to me in Polish and I notice the downy hairs on her upper lip, her red-framed round glasses. I shake my head and bring by hand to my breastbone.

‘Sorry. English.’

‘You come to Gdansk before? ‘

I shake my head again and smile. I haven’t been able to stop myself smiling. I think maybe because before it was how I pleased people; offering a smile for everything, a small gift, so now automatically it sneaks out, a dirty stain across my face. But the old woman isn’t revolted as others are, she simply returns it nodding gently. As the lights dim and a hush breathes across my body she reaches across and pats my wrist in the darkness just before the first note is played. I haven’t been deliberately touched in a long time

I allow myself a few rare tears.

It has been almost two years since his conviction and a year before that from when he was found and arrested. People forget that I’m the one who called the police. When that girl went missing, when the pictures of her in a pink hooded sweatshirt smiling into the camera were all over the news, her parents weeping and stunned at the press conference, they forget it was me who picked up the phone. Because he’d been gone for days by then too and I just knew it wasn’t like the other times when he’d be back smelling animal and needing to be bathed, fed, circled around like a rabid dog. They forget though; what they remember is that I saw those pictures, awful pictures of children that he had on his computer. I didn’t tell anyone about them. I found them more than three months before that day and I could have saved that little girl. They call me a monster. They’re right of course.

There’s a video of the girl on YouTube, a grainy film of her in her mum’s red high-heels singing a Britney Spears song, swaying her little hips, her face wide and open like it is when you’re singing to just your mum, at the end the camera starts chasing her and she runs away from it, a clacking of heels on paving slabs, then trips over and starts giggling. I sold my laptop because I couldn’t stop watching that video.

Now, in the recital room filled with soft, cloying darkness, the old woman rocks gently beside me to Chopin. I close my eyes and I see her again, Lucy, aged six, stumbling in her too big shoes, looking up at the camera, and I weep silently for all the things I should have done. In a moment of silence the pianist turns his page and the old woman reaches across again, leaves her light, dry hand on my wrist. I let the tears slide. I hope she thinks I’m crying because I think the music is beautiful. I do, and I am ashamed to still find beauty in a world like this one.

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I wake too early, while the pale light is still sneaking in the windows. I’m hungry; I didn’t want to eat alone last night and so went to a local shop with rows of fruit, so shiny it looked like they had an old lady with a duster to polish them, where I bought a sour yoghurt and a big, hard pear that I ate in a chair pulled to the window of my room.

I pull on jeans and t-shirt but when I get outside it’s colder than I thought. I can’t tell you why picked Gdansk really, except an ex-workmate had told me there hadn’t been any other Brits when she came and that it was cheap of course. I order a pastry and cup of tea from a tourist cafe looking out onto the slow, murky river. The mug has a brown and cream illustration of a farmhouse. My mum had a set just like it. She stopped talking to me years ago though, slammed my fingers in the door in fright when I tried to push my way into her little flat to try to explain.

The case captured the nation’s imagination. Because I had seen those pictures and said nothing for months the press said I was involved, though the police knew I wasn’t. We were a good looking couple, we had a mortgage, he worked in a bank, I worked at a kids charity. Everyone’s worst nightmare; a monster with the face of your neighbour. That’s why they splashed it across the papers and TV. And because of the things he did to her too, they wrote about those in morbid, minute detail and I couldn’t stop myself reading all about it. I wish I had. It’s three years tomorrow since he went missing that last time. He’d been gone before, days at a time, but I’d assumed he was on benders, maybe with other women and I still don’t know why I knew that time, I just did.

Food brings pleasure and so I’ve eaten plain foods for years but today I scrape the whipped cream and sticky red sauce of the cherry pastry from my plate with the fork. Beside the table, fat huddling pigeons lie on the ground as a mangy black and white cat absently stalks them. I notice Gadnsk smells of sea when it starts to rain and shelter under the parasol over the table. Then remind myself, with a thud of disgust that this isn’t a holiday, it’s a remembrance.

I can’t tell you how many times I’ve asked myself the same question. Why didn’t tell someone when I found those pictures on his computer. I was looking for proof of an affair of all things and when I couldn’t bear to confront him, I panicked. By then he was drinking more, disappearing more and coming home covered in violent, black silences. Besides, I had no one to tell. My friends had dropped off by then, tired of my no-shows and bright lies, and to my workmates I was just efficient Julie. So I buried it, a bitter seed, and did nothing for fear of doing something. I carried the secret behind my ribs and was grateful he’d stopped touching me over a year ago.

#

The train from town has plastic cherry-red seats, that somehow beg for licking and windows scratched with initials. It is so long since I’ve been on a train, I won’t catch the tube thinking I’ll be recognised and trapped/ I’d forgotten how good the gentle thrum of the wheels can feel,  how watching the world slip by feels like escape in itself even without a destination in mind.

The same girl from reception at the guesthouse told me about this place last night. She cut into an apple and gave me a slice while I tried work out how long it had been since I’d had a conversation with someone like a friend. I am thirty-three now and I have no one.

‘The shipyards are very interesting and somehow beautiful. You should go now because they are taking them down.’

‘Taking them down?’

‘Wrecking them, pulling them down to make up modern houses.’ She took a contemptuous bite of apple. ‘Crazy.’

I get off the train and climb the wooden station stairs, worn to a soft dip at the front from all the tired worker’s feet arriving and leaving by them. In the distance three green cranes stand tall against the horizon, giant metal insects waiting to wreak havoc on civilians like the violent films he liked to watch so much. I pass the security guard at the gate, his small, unyielding eyes bright blue against the piggish tinge of his skin. I nod but I may as well be invisible to him and he can’t possibly know what a joy that is to me. I see the green museum banner in the distance but walk instead towards a grassy area by the road, where a few scrappy wild flowers grow, sparks of colour brave enough to push through the dull earth.

I sit and look just behind the museum where there are old red brick tenements like the ones I grew up in in Scotland; I bounced my Space-hopper up and down landings like those when I was five. On a balcony, laundry sighs back and forth in the slight wind and beyond that the sun’s cold, white light shines through the grey clouds, outlining their shape.

Today it is three years ago that I tried to do the right thing. I was trying, though I know now that trying is as futile as wishing. I sit on the grass looking towards the wrecked yards. A crowd of workmen pass on bicycles, each with one trouser leg rolled up against a meaty calf, but they pay no attention to me. I push my fingers into the dusty earth beneath grass to hold myself up and turn my face towards the sky and ships in the distance.

A small blonde boy runs ahead of his parents who are leaving the museum and, catching one clunky sandal on the other, trips and falls in front of me. Instinctively I move to go to him but he is already standing, laughing back at his parents who are shouting something in German. He rubs his knees and looks over to me, I smile, wave at him and he looks to his parents, back at me, lifts his hand and waves with splayed fingers. I see he’s missing two teeth from the bottom row. Then he’s running again, away from his parents, towards the mountains of dry wrecked timber piled up from the demolition of this place.

I tell myself everything passes. And though it is gone almost as soon as I have thought it I hope that it will stick like a grain of sand in my guts, that after enough years it might become a pearl that will save me from this loneliness that is worse than hate.

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