Rencontre avec : Les éditions Anamosa

Anamosa. Début 2016, soit il y a à peine quelques semaines, un nom retient notre attention. Mystérieux et docs à la fois, il évoque un murmure inspirant, un frémissement dans les arbres. Nous découvrons une maison d’édition dédiée à la non-fiction, un projet solide au nom inspirant pour une éditrice qui, elle aussi, fait des gestes en parlant. Rencontre avec Chloé Pathé, l’éditrice d’Anamosa (dont vous découvrirez la signification en lisant cette interview) ! 

Je suis Editeur… Parce que j’aime les livres, parce qu’être une passeuse de textes et d’idées est pour moi comme un mode d’expression.

IMG_2272 - copie-1Comment êtes-vous devenue éditrice ?

Un long stage aux éditions 00h00.com (pionnières en matière d’édition en ligne) en 2000-2001 m’a donné à la fois le goût du travail et de la sélection des textes, mais aussi de l’effervescence liée aux petites structures, aux projets novateurs. C’est ensuite aux éditions Autrement, où j’ai travaillé durant 13 ans que, je dirais, je suis devenue éditrice. Soit quand j’ai commencé à aller solliciter moi-même des auteurs, avec des idées de thématiques qui pouvaient ne pas avoir été traitées jusqu’alors ou en les proposant de les abordant d’une manière neuve, qu’il s’agisse de l’écriture à proprement parler ou du traitement graphique – et à me démener pour que ces projets existent et rencontrent ensuite des lecteurs. Je suis aussi devenue éditrice, avec des stylos, une paire de ciseaux et de la colle – pour ce qui est des livres illustrés, je n’aime rien tant que ce moment où après une première version de maquette, on se pose pour trouver le meilleur agencement possible, on tente des choses (et on s’efforce aussi de rentrer dans un nombre de pages défini – la contrainte fait partie de la création).

 Il nous a semblé qu’il y avait un besoin de comprendre le monde

Comment avez-vous défini la ligne éditoriale de votre maison ?

Louvre def CMJN_300dpi-1Les choses simples courent le risque d’être banales, mais pourtant tout est parti de constats et d’envies simples : il nous a semblé qu’il y avait un besoin de comprendre le monde (tout près et ailleurs) le monde qui nous entoure, comprendre pour dire quelque chose, véhiculer peut-être des changements, à une petite échelle, envisager la politique comme une expression dans la cité, et pas comme un désastreux spectacle.

Profondément ancré dans le monde contemporain et les questionnements multiples qu’il suscite, le projet d’anamosa est ainsi d’aborder ces derniers loin des doctrines qui cloisonnent et de l’immédiateté du discours qui peut enfermer. Il est aujourd’hui impossible de digérer le déferlement continu des actualités et il devient impérieux de s’écarter de l’instantanéité des flux, de prendre le temps de lire et de proposer des livres montrant la pluralité de pensée. Parce que les points de vues, et les pas de côté, sont nécessaires à la compréhension d’un monde qui étouffe à se vouloir « global » alors que rien ne le dit.

Il s’agit de privilégier la maturation de la pensée et son libre cours, sans omettre de la conjuguer autant que possible avec plaisir et, pourquoi pas, légèreté.

j’aime les détours par l’histoire

Le cœur du projet est constitué par la « non-fiction », une non-fiction ouverte, qui passe par la force dePaix de ménages 300dpi RVB-1 l’écrit et du récit, et qui accompagne le renouvellement dans les recherches ; la maison se veut un lieu d’expériences à la fois savant et populaire. Tous les ouvrages proposés, aussi plaisants ou exigeants qu’ils puissent paraître, relèvent de cette volonté, interroger plus que vouloir résoudre à tout prix les contradictions humaines.

En fait, je suis aussi partie de ce qui me meut au quotidien, de ma manière d’être et de m’interroger ; j’aime les détours par l’histoire, ce retour en arrière qui n’en est pas un et permet d’envisager plus posément aujourd’hui et demain ; « sérieux et légèreté » ou « exigeant et populaire », ces mots qui sont au cœur du projet, ne sont pas pour moi des oxymores gratuits, parce qu’on peut être sérieux sans se prendre au sérieux, parce que je peux me passionner et avoir envie de transmettre un texte au sujet lourd et aimer rire et danser. Cette maison, dont j’ai eu l’idée mais pensée aussi avec les autres acteurs d’anamosa, parce qu’elle se fait ensemble, pas à pas, se veut ancrée dans la vie.

Il s’agissait aussi, en termes d’efficacité, de valoriser ce que je sais faire, de poursuivre l’exploration des domaines que j’ai commencée depuis un moment.

Enfin, comme les premiers livres le montrent j’espère, il y a au cœur du projet l’envie de travailler, graphiquement et dans leur fabrication, les ouvrages, de manière à proposer, dans une économie soutenable, de beaux objets, que l’on ait envie de toucher, de tourner, de garder et… de lire.

Comment lance-t-on une maison en 2016, quand tout le monde répète que l’édition va mal ?

On observe un mouvement de concentration dans le secteur économique qu’est l’édition (et dans l’économie française en général), certes, mais il y a aussi tout un tissu de maisons indépendantes créées ces dix dernières années qui publient de belles choses, se maintiennent et insufflent de nouvelles manières de penser le livre. Je crois beaucoup à cette idée d’irrigation, de création, « par le bas ». En outre, les dramatiques événements qui ont ouvert et clos l’année 2015 en France ont pu montrer que la quête de sens se tournait vers les livres. Et ces derniers restent les premiers cadeaux lors des fêtes de Noël… Bien sûr le monde bouge, les pratiques de lecture aussi, mais anamosa veut, avec optimisme mais sans naïveté (on n’est pas non plus nés de la dernière pluie !), s’inscrire dans ce mouvement.

Il s’agit de prendre la « crise » dans son sens étymologique : c’est le moment idéal pour se décider, de faire des choix.

IMG_0219-1Avez-vous un lecteur type en tête ?

Bien sûr, on voudrait dire tout le monde, tous les curieux, les « honnêtes hommes et femmes » du xxie siècle. Au-delà des lecteurs habitués à lire des documents, des sciences humaines, qui constitueront progressivement notre socle de lecteurs, il s’agit, doucement, d’essayer de montrer, par le soin apporté tant aux modes de narration qu’à la forme, que la non-fiction peut être lue par tous, parfois comme un roman.

Certains livres comme Le Louvre insolent (paru le 3 mars) peuvent même s’adresser à un lectorat très large, y compris des lycéens.

Anamosa signifie en sauk (une langue amérindienne) : « tu marches avec moi »

On raconte de tout sur les sélections de manuscrits, comment les lisez-vous ? Comment choisissez-vous vos auteurs ? 

Sur les propositions, il y a bien sûr d’abord le sujet et la manière de l’aborder. Ensuite, il s’agit de regarder comment l’objet (intellectuel) est construit justement, argumenté et bien sûr écrit – on peut aussi être porté par une écriture en sciences humaines.

il s’agit d’aller vers des pensées et des écritures singulières

Et chez anamosa, il y a aussi beaucoup de commandes ; à partir d’une idée, d’une envie que nous avons, il s’agit de trouver la bonne personne pour s’en emparer.

Pour ce qui est des auteurs, il s’agit d’aller vers des pensées et des écritures singulières, incarnées, sans avoir peur de défendre un premier livre. J’aimerais que petit à petit se constitue une « communauté » d’auteurs qui marchent avec nous. Car c’est bien cela le projet : faire ensemble.

Le(s) bureau(x) d'une éditrice

Le(s) bureau(x) d’une éditrice

Anamosa signifie en sauk (une langue amérindienne) : « tu marches avec moi ». La marche, c’est le temps pris pour aller d’un point à un autre, avec les efforts que cela nécessite, cela peut être aussi la divagation, c’est le déplacement, ici ou ailleurs.

 

Editions Anamosa

pour Facebook_3plus p-1

2 Comments

  • bernard verron dit :

    Bonjour,
    J’ai acheté récemment deux livres – Débordements – et – les émeutes raciales de Chicago –
    ce dernier pas encore lu.
    Pouvez vous m’adresser votre catalogue . Merci.
    Cordialement

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