Rencontre avec… Olivier Salaün, éditeur chez ANTIDATA

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Née en 2004, cette maison indépendante se dédie au format court : nouvelles, novellas, lettres, dialogues, recueils ou courts romans. Reconnaissables entre tous par leur format qui tient dans la poche et leurs couvertures illustrées, les Editions Antidata imposent un style pop et urbain dans le paysage de l’édition indépendante. Rencontre avec Olivier Salaün, éditeur chez Antidata. 

 

olivier-salaunJe suis éditeur  parce que… 

En réalité c’est juste un enchaînement de circonstances. Je n’ai pas fait d’études de lettres, mais dans la fac pas très littéraire où je me trouvais un peu malgré moi,  j’ai abordé la littérature par le biais de l’édition, ce qui m’a un peu familiarisé avec ce qu’étaient ce métier et ce petit monde. Pour dire la vérité, cela ne m’a pas vraiment donné envie de travailler dans l’édition. 

J’ai préféré gagner ma vie tout à fait autrement, tout en continuant à bricoler dans mon coin. Après quelques fanzines musicalo-littéraires de facture ultra artisanale, on a fondé avec des amis une petite revue web consacrée au texte court, à l’époque de l’arrivée d’Internet, au milieu des années 90. La lecture sur écran imposait ce format court. Et puis l’idée d’unités légères, ramassées, nous séduisait. Au bout de quelques années, cette expérience de la publication de textes en revue a fini par faire germer en nous l’idée de monter une maison d’édition qui se consacre à la nouvelle. 

Mon acolyte, Gilles Marchand, est arrivé un peu plus tard, à vrai dire au meilleur moment, celui où l’effectif de la maison d’édition avait fini par se réduire à ma personne. Nous sommes donc éditeurs, mais étant donné la taille d’Antidata, toute petite, nous naviguons dans les marges du monde de l’édition, underground pour le pire (l’aspect économique) et le meilleur (la liberté totale) ! 

 

 

Pourquoi avoir choisi de défendre la nouvelle, ce genre si mal vu et parfois si mal représenté en France ?

Justement pour cette raison : parce que ce genre est mal défendu. Mais je ne pense pas que les lecteurs de nouvelles fassent défaut. Ce sont plutôt les professionnels (éditeurs, libraires, journalistes) chargés de la porter jusqu’au public avec un peu d’enthousiasme, qui font défection. 

Editer des nouvelles, est-ce vraiment différent de l’édition de textes plus longs selon vous ?

Non, pas vraiment. C’est le même travail. Il y a juste une problématique supplémentaire, qui est l’organisation du recueil, avec l’ordre des nouvelles, un peu comme pour les disques avec l’ordre des morceaux. 

couverture-cendres-de-marbella-antidataOn raconte de tout sur les sélections de manuscrits, comment les lisez-vous ? Comment choisissez-vous vos auteurs ? 

Nous recevons les manuscrits exclusivement par courriel, et nous les lisons tous, dans un délai que nous tentons, avec difficulté,  de maintenir en-deçà de quatre mois. C’est de cette façon extrêmement classique que nous avons publié tous nos auteurs ! (A l’exception de quelques écrivains plus connus que nous avons sollicités pour une participation à nos recueils collectifs). 

Comme nous ne publions que deux ou trois titres par an, nous refusons beaucoup évidemment, mais nous sommes plutôt ouverts dans ce sens que nous n’avons pas de ligne éditoriale prédéfinie, de style ou de registre exclusifs. 

En revanche nous sommes attentifs à la manière, quelle qu’elle soit. Disons pour simplifier que le texte doit avoir de la personnalité. Cela ne veut pas dire qu’il doit absolument être bizarre ou alambiqué, même si cela ne nous dérange pas à priori. Je pense que dans notre catalogue, il y a beaucoup de choses simples, légères, drôles et divertissantes. Mais même sous un texte léger, on cherche un questionnement, une résonnance. Et un peu d’esprit, comme on disait autrefois. 

Naturellement nous pouvons nous tromper. Passer à côté de quelque chose de bon, ou à l’inverse publier des choses pas si intéressantes que ça. Mais je ne sais pas si c’est évitable. Et il me semble que l’essentiel c’est de publier parce qu’on pense, à tort ou à raison, qu’un texte a une valeur littéraire (et non parce qu’on pense qu’il va plaire, que ce soit au public le plus large ou à un cénacle quelconque). 

couverture-terminus-antidataQu’est-ce qui vous plait le plus dans ce métier ?

Tomber sur un manuscrit brillant ! Au milieu, il faut bien le reconnaître, d’un flot assez terne de textes sans saveur particulière, l’exception que constitue le très bon texte, doit nous faire à peu près le même effet je pense, que la pépite qui brille soudain devant les yeux du chercheur d’or au milieu du sable gris. Ensuite, il y a le plaisir de faire la connaissance de l’auteur, de discuter de son texte avec lui. Et plus tard, le plaisir d’avoir le livre entre les mains, surtout quand on a fait le maximum pour qu’en plus de receler un bon texte, ce soit aussi un bel objet. Une sorte d’écrin, pour rester dans la métaphore bijoutière ! 

Et enfin, il y a, non négligeable, l’aspect social : autant l’écriture est un processus solitaire, autant l’édition est, dans ses marges non-industrielles en tous cas, une activité qui s’avère, à cet égard, plutôt agréable. Nous avons fait beaucoup de rencontres sympathiques, depuis les connaissances croisées ici et là, sur les salons ou ailleurs, jusqu’à des amitiés et des collaborations durables. 

 

 

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