Rencontre avec… Lorenzo et Marco, éditeurs chez L’orma

Spécialisées dans l’édition de livres français et allemands en italien, les éditions de L’orma innovent avec une collection qui fait voyager la littérature : Les Plis. Un écrivain, une thématique, des extraits de lettres qui disent bien plus que nous n’en savons, nous, sur la question. Plaisir de lire, plaisir de partager, plaisir d’envoyer des objets littéraires élégants : l’été sera épistolaire avec les premiers “Plis” des éditions L’orma.

Nous sommes éditeurs parce que… transformer les mots en récits et le papier en livres, c’est un peu comme changer le plomb en or.

Quelles sont les singularités des Éditions L’orma ? 

Les Éditions L’orma publient en Italie depuis presque dix ans des écrivain.e.s de langues française et allemande (entre autres Annie Ernaux, Julien Gracq et Irmgard Keun). Elles arrivent aujourd’hui en France avec une collection très originale : « Les Plis », des livres prêts à expédier, qui rassemble une sélection de lettres des plus grands penseurs, poètes, romanciers et artistes (tels que Austen, Nietzsche, Stendhal et Woolf). La collection offre un regard à la fois intime et iconoclaste sur des géants de la culture mondiale. 

Avec de simples pliages, la jaquette des livres se transforme en enveloppe, la quatrième de couverture reproduit le verso d’une carte postale ; et voilà, on peut offrir de formidables correspondances en les envoyant par la poste !

Vous êtes une maison d’édition à l’âme européenne, quels sont les enjeux et avantages de cette dimension ? 

Plus qu’un choix, l’âme européenne est pour nous à la fois un constat et un engagement. C’est le constat d’un destin commun des pays européens et l’engagement contre tous les stéréotypes qui empêchent les citoyens (et les lecteurs) de l’Europe de se connaître véritablement. Il s’agit de la vieille idée de la République des Lettres, de cette école d’humanité et de fraternité que sont la littérature et la pratique de la lecture. Par leur forme et leur contenu, « Les Plis » sont un témoignage de cette République des Lettres.

C’est grâce à la dimension européenne que les Éditions L’orma ont trouvé une langue éditoriale unique pour parler d’un côté et de l’autre des Alpes. Comme le disait d’ailleurs Umberto Eco, la langue de l’Europe est la traduction.

Comment avez-vous défini la ligne éditoriale de votre maison ? 

Notre ligne éditoriale française est pour le moment dictée par la collection « Les Plis » et ses particularités : des correspondances célèbres présentées avec des apparats critiques et sous un regard inédit. On s’ouvrira peut-être par la suite à la littérature italienne, allemande et pourquoi pas française, qu’on aime énormément et qu’on publie déjà en Italie.  

Comment vous est venue l’idée de cette collection « Les Plis » ? 

Nous avons eu l’idée de créer la collection « Les Plis » alors que nous vivions en Allemagne. Les seuls courriers que l’on recevait (ce qui est vrai pour la majeure partie d’entre nous aujourd’hui) étaient des factures, les amendes pour stationnement interdit de notre camionnette et des cartes postales nostalgiques de la mère de Marco qui s’impatientait de le revoir. On s’est alors demandé quel genre de courrier on aimerait trouver dans notre boîte aux lettres, se rappelant du plaisir qu’on avait eu enfant d’envoyer des cartes postales ou des lettres à nos amis et proches et d’en recevoir en retour. C’est de cette envie de redonner le goût de l’échange épistolaire qu’est née la collection. « Les Plis » permettent non seulement d’offrir à une personne chère des extraits de la correspondance d’écrivains majeurs, mais aussi de lui adresser un message personnel, une pensée, une attention. Quelque chose qui reste, échappant à la dématérialisation et à la virtualité qui caractérisent nos échanges de tous les jours.

Comment choisissez-vous les auteurs que vous allez faire figurer ? 

La collection se veut iconoclaste ; on dit d’ailleurs que la seule étiquette que « les Plis » supportent est le timbre ! Les auteurs que l’on choisit sont des figures iconiques, dont l’image est cristallisée dans la pensée collective. « Les Plis » entendent remettre en question cette vision consacrée en montrant ces auteurs emblématiques sous un autre jour, inédit, original, en déconstruisant la « vérité sacrée » qui s’attache à leur figure. Leopardi, par exemple, a une réputation d’homme triste et pessimiste, c’est pourquoi nous avons extrait de sa correspondance des lettres qui révèlent une facette plus enthousiaste et passionnée de sa personnalité. Dans la correspondance amoureuse de Nietzsche, que l’on retient comme le philosophe sévère qui a théorisé la volonté de puissance, on découvre un amant fragile, tendre et peu assuré. Verdi traîne lui aussi une image austère, et l’on connaît peu son caractère enthousiaste et profondément joyeux ; dans ses lettres, il ne cesse de proclamer les bonheurs de la vie : la musique, le vin et le rire.

https://www.editionslorma.fr