Rencontre avec : Le Murmure

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Le Murmure, éditeur à la marge. Une définition qui en dit long en peu de mots sur la façon dont travaillent David Demartis, ici présent, et son associé Jérôme Martin. Indépendantes, créatives, éclectiques, les éditions Le Murmure publient poésie, littérature et sciences humaines avec un abord pop trempé dans une bonne dose de réflexion. 

Je suis Editeur parce qu’il ne pouvait en être autrement je crois. C’est ma façon de prendre parti. Avec le temps, j’ai compris qu’il me fallait défendre et revendiquer au-delà de ce que je désirais, de ce qui m’appartenait. Certes, un vague déterminisme familial est à l’œuvre mais je m’en accommode : je dois porter les voix et les faire entendre.

Je me rendais compte que je ne savais concrètement faire qu’une chose, des livres

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Comment êtes-vous devenu éditeur ? 

Par complet hasard et totale naïveté ! J’avais entraperçu le travail d’édition en occupant un poste d’ingénieur d’études dans un centre de recherche en lettres modernes au sein de la faculté des lettres de l’université de Bourgogne. C’était un centre éditeur, comme il s’en faisait il y a 20 ans où j’ai d’ailleurs rencontré mon actuel collègue du murmure, Jérôme Martin. La faculté n’avait pas renouvelé mon contrat après deux années en poste et mes études en histoire faisaient du surplace. Je me rendais compte que je ne savais concrètement faire qu’une chose : des livres. J’avais également remarqué qu’au sein des travaux universitaires, nombre d’entre eux ne parvenaient jamais à être publiés… certains étaient très éloignés des canons habituels des publications universitaires avec un traitement très contemporain : nous étions en train de voir surgir les premiers travaux de culture populaire, des audaces provenant de la littérature comparée. C’est ce qui nous a de suite intéressés et c’est avec cette idée initiale que nous nous sommes lancés. Je vous épargne le couplet sur la passion de la lecture, littérature ET travaux en sciences humaines, forcément présente, qui cimentait cette volonté et donnait corps au projet.

L’édition indépendante ne doit pas être un vain mot et elle se doit de proposer des textes et des écritures que personne n’attend ou ne suspecte

Comment avez-vous défini la ligne éditoriale de votre maison ? 

couv-forces-de-lordre-invisibleEn créant le projet, Jérôme et moi nous sommes rapidement rapprochés de Yolande Rasle-Fauchereau qui intégra également la maison d’édition. Nous pouvions ainsi développer une collection d’essais universitaires plus que de thèses, « U-Limit », et une collection plus littéraire, « en dehors ». La collection « U-Limit » allait abriter des sujets traitant du corps, de la contrainte physique et par extension aujourd’hui, des contraintes morales, psychologiques ou sociologiques. La collection en dehors, des textes à l’écriture hors-du-commun, des auteurs méconnus ou oubliés, un soupçon de surréalisme. La plupart des textes que nous avons choisis résultent d’une recherche : ils sont infimes ceux reçus par voie postale. Vers 2005, nous avons débuté un travail plus conséquent avec une collection « 3 poètes », des ouvrages réunissant donc 3 poètes étrangers, inédits en France, dans des ouvrages bilingues.

On raconte de tout sur les sélections de manuscrits, comment les lisez-vous ? Comment choisissez-vous vos auteurs, que ça soit en littérature ou en sciences humaines ? 

couv-mad-maxPour ma part, je suis attentif au courrier qui accompagne le travail ou le mail. Si je ne désire pas rencontrer la personne tout de suite, j’aime connaître son parcours, ce qui l’a forcé à écrire, ce qui l’a conduit à produire un texte. Puis, de façon très banale, j’ouvre et je lis les premières pages, plus si le style m’emporte. Je prends ensuite au milieu et je procède de même. Je prends garde que le style ne s’essouffle pas car c’est la matière primordiale. Pour les sciences humaines, du moins nous tachons de procéder ainsi, c’est le sujet qui prime, même si nous avons le désir de publier un ouvrage le plus ouvert possible vers les publics possiblement intéressés. Réaliser des livres et non uniquement publier des thèses ou des travaux universitaires : prêter une attention toute particulière à l’écriture dans le but d’éviter tout jargon superficiel pour en alléger la lecture. Mais pas le propos. Nous voulons nous adresser à des lecteurs et non à un jury d’universitaires : c’est de ces considérations qu’est née la collection « Borderline ». Pour les auteurs, cela dépend surtout de leur capacité à proposer un texte ou un travail au-delà d’une attente préalable : un texte qui surprend est un texte qui a une chance d’être retenu. La personnalité de l’auteur fait le reste. L’édition indépendante ne doit pas être un vain mot et elle se doit de proposer des textes et des écritures que personne n’attend ou ne suspecte : c’est cette exigence du travail de création qui doit se fondre dans le travail éditorial. Être perpétuellement à l’affût.

Il en va des ouvrages comme du vin et des mets

Qu’est-ce qui vous plait le plus dans ce métier ?

couv-ringo-murmureTrois choses en définitive. La possible découverte d’un continent vierge. L’unique occasion d’explorer une idée neuve, une forme, une rime que l’on n’avait pas encore lue. Tout aussi important pour moi, c’est évidemment la rencontre : sans rencontre, pas de livre. Ces rencontres multiples et complexes qui nuancent alors tout propos dès lors que l’on aborde l’altérité. Elles en deviennent un filtre salvateur à porter sur autrui pour décatégoriser et ne pas produire procès et opinion d’intention en lieu et place d’une véritable écoute et d’une description unique. Produire de la pensée, collectivement, sans souffrir une seule seconde d’une dimension morale ; en accompagnant l’auteur, puis sur l’objet livre, matière au sens propre. Enfin,  recevoir le livre sur lequel vous avez travaillé est un très heureux moment.

Quelles sont vos maisons préférées à part la vôtre ? 

couv-murmureLa question piège  ! Tout dépend de mon humeur : il en va des ouvrages comme du vin et des mets. C’est le moment qui déterminera ce que je préfère. Puis, pourquoi hiérarchiser lorsque c’est de qualité ? Assez facilement, et dans des domaines très différents, je pourrais en citer plusieurs. Mais si je veux me prêter à l’exercice qui ne me demande de n’en citer qu’un seul, n’écoutant que ma sensibilité, je porterais alors mon choix sur les éditions Clémence Hiver. Une qualité et une osmose entre le fonds et la forme : à découvrir, à soutenir et à lire absolument !

 

 

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Des bureaux bien rangés !

 

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