Rencontre avec… Clément BRAUN-VILLENEUVE, éditeur chez Premier Degré

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Premier Degré, toute jeune micro- structure indépendante dédiée à la publication de textes étasuniens ultra alternatifs, pour reprendre la définition de Clément Braun-Villeneuve, nous a écrit par mail pour nous faire découvrir sa maison. Il ne fallait pas plus de mots clé pour éveiller notre attention et nous plonger dans cette littérature très typée, très représentative de notre époque et très mal connue en France car peu représentée. Avec Premier Degré, les Etats-Unis s’invitent en mode alternatif et 100% indépendant. 

 

clement-braun-villeneuveJe suis Editeur

 « Parce que… il fallait quelqu’un pour s’y coller. »)

Comment êtes-vous devenu éditeur ? 

D’abord juste dans ma tête, ensuite sans réfléchir : ça faisait un bout de temps que je m’intéressais aux littératures étasuniennes alternatives, d’abord via Dennis Cooper, Tao Lin, les émules de David Foster Wallace, puis sur la piste d’auteurs de plus en plus obscurs chez nous, sans trouver d’offre consistante en France. L’idée a fait son chemin petit à petit jusqu’à ce que, poussé par un proche, je finisse par entrer en contact avec Sam Pink, mon premier auteur signé. Le mail, qui devait juste me servir à prendre la température, en a entraîné d’autres qui ont eux-mêmes entraîné le lancement de la structure et le début de notre collaboration. Tout le reste est venu dans la foulée.

Travaillant depuis quelques années dans l’édition mainstream en tant qu’attaché de presse, je ne partais pas de zéro non plus : j’avais une bonne idée du placement de la maison dans le paysage éditorial français et de la marche à suivre pour acheter, traduire, éditer, composer, maquetter, promouvoir, etc., un livre.

socrates-adams-famillePourquoi avoir choisi de créer une maison dédiée à l’« alt lit » ? Pouvez-vous définir ce genre littéraire ?

La production « alt-lit » — pour « alternative literature », un tubercule de la « nouvelle sincérité », aussi appelée « post-ironie » — se définit, pour aller au plus schématique, par a) son adhésion à des modes de discours ultra contemporains hérités de la culture Internet/nerd, b) son refus de l’ironie comme posture « cool » et son vœu d’une littérature exclusivement « premier degré » (!), quitte à donner dans le pathos et la caricature, et c) l’ambiguïté de principe dont elle témoigne, dans la mesure où c’est son absence d’ambitions comiques qui la rend justement très drôle, un peu à la manière de Melrose Place ou des chansons de Lara Fabian.

La maison, qui ne prévoit pas de s’en tenir aux corpus « alt-lit », s’y intéresse au premier chef parce qu’ils incarnent une tentative – parmi les plus récentes – de renouveau des usages en littérature : devant l’asphyxie progressive des fictions postmodernes, méta, ils représentent une deuxième voie encore peu pratiquée qui fait le pari d’une authenticité brutale, immédiate, et tente d’attaquer le réel « de face ». 

C’est avant tout la nouveauté des textes et leur difficulté d’accès dans l’hexagone qui me motive à les défendre : nouvelle sincérité, bizarro, science-fiction de pointe, tentatives expérimentales – tout ça dépend de la même galaxie encore mal prise en charge par l’édition française parce qu’elle a peu à voir avec les canons d’une littérature plus traditionnelle, donc a priori plus rentable.

sam-pink-personneQuelles sont les particularités des textes que vous allez publier ?

Conscience réflexive envahissante, déclarations d’amour sur MSN, scarification de ménagères oisives, adolescence douloureuse, monologues tempétueux puisés dans une chanson d’Evanescence, analyse comparée de plusieurs marques de mascara, techniques secrètes ninja, claustrophobie relationnelle, portraits en pied de misfits sans dents : tout ce qui, généralement, se trouve aux confins des Internets mondiaux ou sur les écrans de télévision après trois heures du mat, mais dans des livres. 

Vous publiez de la littérature américaine, comment choisissez-vous vos textes ? Pourquoi de la littérature exclusivement américaine, d’ailleurs ?

Je passe l’essentiel de ma vie de lecteur – hors lecture professionnelles « de semaine » – à sonder les corpus de pointe étasunien encore inaccessibles en France : je garde les textes qui me frappent le plus, soit pour leur qualité d’ensemble soit parce qu’ils témoignent de choses plus localisées dont, indépendamment de la facture du livre, j’estime modestement qu’elles mériteraient de voyager jusque chez nous. 

La coloration quasi exclusivement américaine du catalogue découle tout simplement du fait qu’il s’agit de mon domaine de prédilection, donc d’expertise. Comme c’est moi qui me charge des traductions et que je ne lis couramment qu’en anglais, mon périmètre est de toute façon réduit d’emblée.

Qu’est-ce qui vous plait le plus dans ce métier ? 

Défricher, fouiner, avoir le sentiment de donner une petite place à des auteurs de niche qui, sans ce coup de pouce, n’auraient sans doute jamais trouvé de lecteurs en France. Hurler quand mes corrections disparaissent sans crier gare après une séance de travail marathon et que mon réveil sonne dans trois ou quatre heures. Avoir des cernes. Répondre à des interviews. 

 

 

Jusqu’à dimanche, vous pouvez soutenir Premier Degré sur ULULE !
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