READLIST : Un monde de livres !

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Japon, USA, Iran, France, République Tchèque, Angleterre : en sept livres, offrez-vous un petit tour du monde littéraire en classe Premium. Et le tout sans bouger de votre canapé (enfin si, pour aller acheter vos livres chez votre libraire, que vous allez sagement consulter par ici). Bon voyage! 

couverture-lala-pipo-hideo-okuda-wombatLala Pipo – Hideo Okuda.

Traduction de Patrick Honoré et Yukari Maeda. Rappelons bien le cadre : Hideo Okuda est l ‘« l’auteur d’une oeuvre riche et variée, souvent primée au Japon ». Ce monsieur a donc pignon sur rue, si l’on peut se permettre une expression triviale. Et il écrit un roman trash, immoral, délirant, tendre et déroutant, considéré comme l’un de ses opus majeurs. On y croise un chômeur émoustillé par les activités nocturnes de son voisin, un rabatteur au grand coeur, une MILF particulièrement délurée et trois autres personnages aussi cocasses et paumés qui finissent par se croiser et se refléter les uns les autres. Dans ce roman polyphonique, Hideo Okuda dessine le portrait de l’industrie du sexe à Tokyo, sans fards et sans postures, avec le naturel désarmant dont peuvent faire preuve les Japonais sur le sujet. Il évite le glauque, assume son réalisme cru et s’attache à faire ressortir l’humanité de ces êtres humains en prises avec la complexité d’une existence un peu triste. Editions Wombat

couverture-mister-alabama-philip-quinn-morris-finitudeMister Alabama – Philip Quinn Morris.

Traduction de Fanny Wallendorf.Portrait d’une Amérique anachronique où les protagonistes sont tiraillés entre leurs aspirations parfois franchement loufoques et leur devoir quotidien. Contrebande d’alcool, pêche aux moules, culture de cannabis et musculation font bon ménage dans bled de l’Alabama, Mud Creek. Sous un vernis à la fois humoristique et détaché Philip Quinn Morris dresse le portrait d’une Amérique aux clichés destroy, d’une jeunesse bringuebalée, laissée sur le bord de la route de la réussite et du succès. On imagine ses héros avec un look à la James Dean, en plein dans une esthétique estampillée années 50, et pourtant, l’histoire se déroule dans les années 1980. Dommage que cet écrivain se soit reconverti dans la peinture en bâtiment..Editions Finitude

couverture-danse-datomes-dor-olivier-lion-alma-éditeurDanse d’atomes d’or – Olivier Liron. 

Quel roman ! Il commence comme une chronique mondaine, avec une acidité de ton que l’on pourrait imaginer nourrir dans la même situation, avec des gens que nous pourrions côtoyer, et même être, une bande de trentenaires qui joue à des jeux de société après diner et évolue dans des sphères obscurément artistiques. A cette soirée, le narrateur rencontre une étrange et insaisissable jeune femme qu’il aura envie de revoir. Le thème de la rencontre fait sans doute partie des Grands Sujets Littéraires Mondiaux, celui de l’histoire d’amour complexe, également. Et pourtant… Et pourtant, Olivier Liron, qui signe ici son premier roman, déploie un style vif et percutant, oscillant entre rigueur classique et contemporain enlevé. Au fil des pages, c’est une bouleversante histoire d’amour qui se déploie, une histoire d’un romantisme délicat et enflammé dans la plus pure tradition française. Un peu comme si Pina Bausch dansait sur des mots de Lamartine… Editions Alma

couverture-le-chameau-ivre-alma-rivière-rue-des-promenadesLe Chameau Ivre – Alma Rivière

Bienvenue pour un tour de chameau qui fabrique lui même un vin frelaté dans un Iran bouleversé par les conflits et la guerre. Si le pays est dévasté, Alma Rivière emporte son lecteur dans une ronde culturelle, entre humour et tristesse, consternation et joie de vivre, bonheur et nostalgie. Ses textes ciselés, comme des courts-métrages très brefs, saisis à la volée, rendent hommage à la culture Perse mise à mal. Comme à son habitude, les éditions Rue des Promenades publient un texte tout en nuances et sensibilité, à lire sous plusieurs angles et à savourer. Editions Rue des Promenades

couv-avenue-nationale-jaroslav-rudis-miroboleAvenue Nationale – Jaroslav Rudiš

Traduction de Christine Laferrière. Il ne fait pas le salut nazi, mais « romain ». Il n’est pas violent, il « apprend la politesse ». Vandam est un drôle de type. Il a fait de la prison, il enchaine les pompes, boit des bières, se passionne pour l’histoire militaire, s’éprend d’une serveuse, et s’avère quand même un peu limite politiquement. Mais au fil de son monologue halluciné, oscillant entre revendication et infantilisme, fragilité et frime, leçons à son fils et aveux de faiblesse, il apparaît comme un type plutôt touchant, première victime d’un système qu’il adule. Sous la plume maîtrisée et poétique de Jaroslav Rudiš, c’est le portrait d’une génération d’européens qui se dégage, de gens en quête d’une identité propre, quel que soit le support. Fascinant roman qui réussit à faire réfléchir tout en donnant au lecteur l’impression de s’aitre pris une bonne droite dans les dents. Editions Mirobole

couverture-ward-moissons-funèbres-globeLes Moissons Funèbres – Jesmyn Ward

Traduction de Frédérique Pressmann. Impossible de ne pas penser à Toni Morrison en lisant cet fresque contemporaine, ce testimonial écrit avec l’ampleur d’un roman. Jesmyn Ward parle du lieu de sa vie, de sa réalité. De celle de son frère et de ses amis morts de morts violentes entre vingt et trente ans. Point de fiction dans ce document où le sens aigu de l’auteur force le lecteur à regarder ce qu’elle dépeint, à entrer dans sa vie, son quotidien. Sa douleur sans fin quand elle évoque la perte de ces être chers, victimes d’un système monstrueux qui sacrifie une population sans sourciller. Les Afroaméricains vivent avec la menace d’une mort brutale, avec l’injustice suspendue au-dessus de leur tête, hier et aujourd’hui. L’injustice et l’impuissance, ce que décrit à merveille cette jeune femme élevée dans le Deep South chez l’Oncle Sam qui a pris soin de réserver son rêve étoilé à ses yankees. On lit les larmes aux yeux et la gorge serrée, pas par apitoiement ou commisération, non. Parce que l’on réalise, un peu, un tout petit peu, l’horreur sociale qui menace des gens de nos âges et leurs enfants. Editions Globe

la-volte-shikasta-couverture-doris-lessingShikasta – Doris Lessing

Traduction de Paule Guivarc’h. Un prix Nobel de littérature peut tout se permettre. Même avant d’être décoré par la prestigieuse (?) distinction… En 1978, date de la première édition du premier tome de cette gigantesque fresque galactique, Doris Lessing vantait les qualités du roman d’anticipation, branche «  la plus originale » de la littérature actuelle qu’elle a volontiers exploité au cours de sa flamboyante carrière, même si nous connaissons moins ce pan de son écriture (ou plutôt : que les français sont assez frileux et stéréotypés pour avoir snobé). Il est clair que lorsqu’il s’agit d’un roman d’anticipation écrit par l’une des voix les plus riches du 20e siècle, il n’y a pas grand chose à redire, pas de questions stériles du genre « la science-fiction est-elle un sous-genre ou un genre ? » Serait-il exagéré de voir dans ce roman polyphonique les prémices d’Avatar ? De Star Wars ? Non, cent fois non et un milliard de fois : bien plus ! Shikasta est le nom d’une planète. A travers des centaines de pages d’archives, nous suivons son évolution, son destin, à travers le regard de puissances supérieures qui régissent et surveillent ces planètes. Cette planète, nous l’identifions vite comme la Terre, et assistons à sa déchéance avec consternation. A la fois science-fiction, fable, anticipation, observation sociologique et ethnologique, message écologique et pacifique, ce roman se déploie au fil des pages, au fil des témoignages, des documents que nous consultons, nous humains, et qui annoncent le sort de notre planète. La guerre, le racisme, la violence, la Destruction… Thèmes chers à une écrivain engagée qui déroule sa pensée de façon magistrale, servie par une écriture limpide et poétique. S’il était nécessaire de donner des lettres de noblesse à la SF et à l’anticipation, Doris Lessing a rempli cette mission avec brio. Editions La Volte

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