Readlist : Rentrée Littéraire version homme sweet homme

man-staring-mountain

Il y a tous les profils parmi ces écrivains, tous les horizons, un peu tous les styles. Parmi les centaines de romans de la rentrée littéraire 2018, ce sont eux qui ont retenu notre attention. On partage nos coups de coeur avec un peu de retard, mais il n’y a pas de date de péremption sur un livre ! Bonnes lectures, messieurs dames !

couverture-donnees-couplandObsolescence des données. Douglas Coupland.Traduction de Walter Gripp

Ah ! Enfin un nouveau livre de Douglas Coupland, écrivain américain phare de la génération X (ceci est une allusion). Avec ce bon gros volume de textes, nouvelles, anecdotes, cours essais, réflexions, il continue à dire l’époque avec tendresse et cynisme sans oublier sa justesse malicieuse. Rien n’échappe à son regard vif et décalé, les relations humaines conditionnées par le numérique, la technologie au coeur de nos vies, nos paradoxes, l’ambivalence permanente du monde, l’absurdité qui règne… Fin et subtil, Douglas Couplant observe les mécanismes de l’époque et annonce son obsolescence, bien plus que celle d’une technologie galopante qui régit nos vies. Indispensable ! Au Diable Vauvert

couv-calvaire-manetAux fils du Calvaire. Jean-Luc Manet.

Une longue nouvelle dénuée de misérabilisme sur un SDF rêveur qui se retrouve objet d’études pour une jeune journaliste et au coeur d’une vague de disparitions concernant les sans-abris. Jean-Luc Manet sait parler des gens, en particulier des gens de la rue, de leur quotidien et de leur réalité sans chercher à apitoyer son lecteur. Il le montre une fois de plus avec ce texte ciselé et poétique, comme il est fréquent d’en rencontrer aux éditions Antidata ! Editions Antidata

couverture-father-whitmerCry Father. Benjamin Whitmer. Traduction de Jacques Mailhos

Bienvenue dans une Amérique anachronique, violente et rongée par la drogue. Patterson Wells a perdu son fils et depuis, il arpente les zones sinistrées des Etats-Unis pour participer au dégagement des décombres. Le reste du temps, il se saoule avec son chien dans une cabane perdue près de Denver pour fuir ses démons. Son fragile équilibre va être menacé quand il se lie d’amitié avec Junior, une petite frappe qui n’est autre que le fils de son meilleur ami. Entre ultra-violence maladroite et humanité bancale, il ne reste pas beaucoup d’issues… Au milieu de ce chaos, Benjamin Whitmer fait émerger une une ambiance particulière, baignée de poésie et d’aspirations. Sous les coups, le sang et la mort, il peint une véritable ode à la solitude et à la nature, comme si la schizophrénie rongeait un pays éclaté, où chacun tente de survivre comme il peut. Editions Gallmeister

couverture-taxi-zanonTaxi. Carlos Zanón. Traduction d’Olivier Hamilton

Ah les chauffeurs de taxi ! Décidément, ils fascinent… Les réalisateurs, les écrivains, les photographes… Ici, c’est dans une course de six jours et sept nuits que nous embarque Sandino, chauffeur de taxi à Barcelone, anti-héros malgré lui et lâche professionnel. Il fuit le « il faut qu’on parle » de sa femme, lassée par ses infidélités et bien décidée à le quitter. Plutôt que d’affronter une rupture, il plonge dans une errance continue à travers un Barcelone où alternent fulgurances musicales, clins d’oeil pop, références, souvenirs, constats, réflexions…  Sans s’apitoyer sur son personnage ni le juger, Carlos Zanón fait naviguer son lecteur au même rythme que Sandino dans un ballottement incessant, porté par une écriture au rythme implacable.  A travers les embrouilles, les magouilles et les fulgurances, il se dégage un type certes lâche mais attachant, reflet de ce que nous pourrions être sous notre vernis bien lisse.  Editions Asphalte 

couverture-liron-einsteinEinstein, le sexe et moi. Olivier Liron.

Ce drôle de roman se lit presque comme une pièce de théâtre, une comédie d’époque tendre et décalée. Le narrateur, qui se présente comme un autiste Asperger, raconte un épisode particulier de sa vie : sa participation à Questions pour un Champion, et sa victoire (ce n’est pas un spoil). Improbable, pourrait-on penser, surprenant s’avère plus juste. Olivier Liron, que l’on avait découvert avec un premier roman touchant « Danse d’atomes d’or » revient ici avec un texte baigné d’humour et de second degré, sans pour autant se départir de sa sensibilité poétique et de sa tendresse envers ses personnages. Entre digressions et anecdotes, observations et retours en arrière, Olivier Liron parvient à rendre l’univers autour de Question pour un Champion trépidant et captivant. Voir même carrément disjoncté. Il fallait y arriver ! Editions Alma

couverture-asta-stefanssonAsta. Jon Kalman Stefansson. Traduction de Eric Boury

Dans les années 50, Sigvaldi et Helga, nomment leur seconde fille Asta, prénom qui à une lettre près signifie « amour » en islandais pour lui porter chance. Bien bien longtemps après, Sigvaldi a une autre femme qu’Helga dans sa vie, et ne vit plus à Reykjavik mais à Stavanger en Norvège. Il tombe d’une échelle en peignant ses volets, et se remémore alors toute sa vie et celle de sa famille, secouée par des drames… Quel roman ! Quelle émotion ! S’il existe encore des gens qui pensent que les scandinaves sont des gens rustres et austères, qu’ils lisent cette superbe fresque humaine, où lyrisme et humour alternent avec désespoir et cynisme. Où les sentiments se fracassent, où le romantisme fou tient tête à la résilience, à tout ce que l’humanité incarne de plus fragile et fort à la fois. Porté par une écriture poétique et une construction originale, ce roman bouleverse, emporte, dépayse. Une merveille. Editions Grasset

couverture-numbers-rechyNumbers. John Rechy. Traduction de Norbert Naigeon

Après 3 ans d’absence, Johnny revient à Los Angeles, où il exerçait en tant que gigolo. Ce qu’il vient faire dans la ville des Anges, lui seul le sait. Ou peut-être pas… Bien décidé à ne pas reprendre ses anciennes activités, il va déambuler dans une galerie de personnages tristes et désabusés pour finalement collectionner les expériences sexuelles dans une course mystique et frénétique. Ecrit en 1967, ce court roman préfigure à la fois Selby Jr et Cooper, par la thématique de l’addiction sexuelle que l’on retrouve dans « Le Démon » du premier, et la plupart des livres du second. Cependant, Rechy parvient à n’éveiller chez le lecteur aucune affection pour Johnny, perdu dans son hallucination mais prétentieux et égoïste au possible. Numbers n’évoque rien de glamour, il décrit une réalité sordide, froide et compulsive dans un Los Angeles assommé par une langueur qui pousse le lecteur à suivre, entre curiosité et voyeurisme, ces êtres fantomatiques, seuls à crever. Editions Laurence Viallet

couveture-omar-greg-beauneOmar et Greg. François Beaune     

Désireux de rencontrer les gens, les vrais, François Beaune travaille à la création d’une Comédie Humaine contemporaine. Un jour, il rencontre Omar et Greg à Marseille et, en échangeant avec les deux hommes, découvre ce qui les lie alors que tout semble les opposer…

François Beaune amène son lecteur à réfléchir aux tenants et aboutissants politiques en lisant l’histoire de ces deux hommes qui rallient le FN pour des raisons très diverses, surprenantes et d’apparence incompatibles. Et pourtant. En montrant à travers les principaux intéressés ce qui conduit un chasseur de skin et un souffre-douleur à rejoindre les rangs d’un parti politique qui n’apprécie pas spécialement le métissage, il sort du populisme ambiant et oblige à changer son angle de vue, souvent très (trop?) manichéen. Editions Le Nouvel Attila

couverture-rouille-richerLa Rouille. Eric Richer. 

Noi , adolescent un peu en dehors du monde et à l’écoute de ses émotions, va bientôt devoir passer un mystérieux rite initiatique qui semble contribuer au célibat des hommes de sa famille. Il vit avec son père dans une casse automobile et occupe son temps de défonce aux détergents, de concerts de métal, de combats de MMA et de balades en quad. Quand il est seul, Noi rêve d’ailleurs, de partir loin de tout ce déterminisme et cette folie… Roman initiatique, Rouille est l’un des meilleurs livres de la rentrée. Par son ambiance, noire et sauvage, par son écriture, fluide et percutante, par son sujet, universel mais traité sous un regard nouveau. Par son déroulé, aussi, et son cadre, qui évoque la Scandinavie profonde par les noms des personnages, et les pays de l’Est par son atmosphère. D’une violence étourdissante soutenue par une poésie abrupte, Rouille capture son lecteur et ne le lache plus, un peu comme ces animaux féroces qui rôdent autour des hommes… Editions de l’Ogre