ReadList : Rentrée Littéraire, dernière ligne droite

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Oui, on sait. La Rentrée, c’est bon, c’est fini, maintenant, on reprend le rythme des livres qui sortent tout le temps, mais nous laissent un peu plus de deux jours pour les lire et les chroniquer parce qu’il y en a 62 qui arrivent. Avant de découvrir les derniers packs « interview-chronique-extrait », voici une petite Readlist de pépites. Bonnes lectures !

couv-valdez-crewsDescente à Valdez – Harry Crews. Traduction de Bruno Charoy. Il y a le journalisme. Et il y a le gonzo. Par gonzo, on entend une parfaite maitrise du style journalistique, de ses tenants et aboutissants, mais sans le style polissé que l’on pratique généralement entre gentlemen. Pas d’écrire connard ou merde à chaque fin de phrase et parler de n’importe quoi, comme ce qu’on peut souvent trouver rangé sous l’étiquette « gonzo ». Non, le gonzo, incarné et personnifié par le Grand HS Thompson, grand Journaliste devant l’éternel, est exigeant. Si vous en doutez, vous lirez la description de l’Alaska donnée par Harry Crews page 24. En 1974, il est envoyé par Playboy pour faire un reportage sur le controversé oléoduc trans-Alaska. Crews ne laisse rien sous silence, les galères pour trouver un toit et les nuits en dortoir avec les ouvriers, les autochtones peu bavards et bourrus jusqu’à ce que la bière leur délie la langue, des histoires de réveils défectueux, sans oublier le fond de tensions géopolitiques et écologiques qui entourent l’oléoduc. S’il était réalisateur, Crews jouerait sans doute avec les focales afin de toujours capter un détail, l’essence même du pays où il se trouve et des habitudes de ses habitants. Une façon d’offrir plusieurs niveaux de lecture, l’air de rien, et de transformer un article en documentaire… Saluons au passage l’initiative d’Allia de publier des textes de ce genre. Il y a quelques mois, c’est un texte de Bill Cardoso qui nous avait plus que plu !  Editions Allia

couv-girls-clineThe Girls – Emma Cline. Traduction de Jean Esch. Avez-vous la moindre idée de ce que font vos adolescents pendant l’été ? Ils draguent, fument, boivent, font la fête et jouent à se prendre pour des grands ? Oui, sans doute. Sauf que certains poussent l’expérience un peu plus loin et s’aventurent vers des terres dont on ne peut jamais totalement revenir. Au Nord de la Californie à la fin des années 1960, une secte tristement célèbre sévit dans les parages, en particulier auprès des jeunes filles un peu isolées ou solitaires afin de les rallier à une cause où l’horreur guette, tapie dans tous les recoins.

Cette variante sur le thème du roman d’apprentissage donne une sorte d’aperçu sans pitié des fragilités de l’adolescence et de la vulnérabilité absolue qui caractérise cet âge. Sans pitié pour Evie, sa narratrice, sans pitié pour son lecteur, Emma Cline se déplace dans son récit avec une aisance déroutante, un sens aigu de la construction et des descriptions poétiques qui contrastent avec la violence du propos (et l’adoucissent de fait). Elle montre qu’il est aisé de basculer comme Evie, marquée à vie par la proximité qu’elle aura entretenue adolescente avec la clique de Manson (Charles, pas Marilyn), aisé de se retrouver embarquée dans un crime atroce… Aujourd’hui, il n’y a plus de groupuscules de cette envergure. Aujourd’hui, des centaines de jeunes adultes sans histoires, à peine sortis de l’adolescence, se retrouvent embrigadés à l’autre bout du monde dans des actes terroristes sur une simple manipulation idéologique. Sans plus de signes préventifs que n’en émets Evie à son entourage… Premier roman intense, The Girls piège le lecteur et l’amène à se demander, avec un certain effroi, comment il aurait réagi à la place d’Evie. Si, parent, il aurait été plus perspicace que la famille d’Evie. Comme le lecteur ne pourra jamais savoir, autant plonger la tête la première dans cette perle littéraire trouble et captivante. Editions Quai Voltaire / La Table Ronde

couv-or-ramosL’Or et l’obscurité – Alberto Salcedo Ramos. Traduction de Cyril Gay. La boxe et la littérature, quelle histoire d’amour ! Joyce Carol Oates, Norman Mailer, Bill Cardoso… Sans parler des écrivains qui, dans leur temps libre, appréciaient d’enfiler des gants et de monter sur un ring en bons gentlemans. Fidèles à leur ligne éditoriale efficacement  soutenue par une charte graphique impeccable, les éditions Marchialy publient un petit bijou de non fiction, Colombienne cette fois. Plume majeure du journalisme narratif d’Amérique latine, Alberto Salcedo Ramos raconte la vie d’une étoile filante de la boxe Colombienne, le célèbre Kid Pambelé. Passé des projecteurs aux bouges, du ring à l’HP, la légende des poids super légers a flambé sa fortune, détruit sa famille et bousillé son aura. Drogues, alcool, problèmes psychologiques, failles intérieures et notoriété mal canalisée ont eu raison du champion du monde. Au fil des chapitres menés avec l’agilité d’un boxer sur un ring, on découvre la tragédie douce amère d’un athlète qui s’est vaincu lui-même dans un match sans merci. Editions Marchialy


watership-down-adamsWatership Down – Richard Adams. Traduction de Pierre Clinquart & Monsieur Toussaint Louverture. 
C’est un peu Le Seigneur des Anneaux, cette affaire. Mais avec des lapins. Un peu Donjons et Dragons. Mais avec des lapins. C’est un peu l’Odyssée, aussi, mais… Avec des lapins, OK on a compris. Ajoutons que, comme les grandes d’épopées, il a révolutionné une partie de l’imaginaire contemporain et s’est autant vendu que la trilogie Millenium (c’est l’éditeur qui le dit, et comme il ne dit jamais rien au hasard, nous le croyons sur parole). Tout ça avec une bande de lapins qui décide de prendre la fuite à la suite des visions prémonitoires d’un lapin médium. Une menace place sur les collines, une troupe d’irréductibles part à l’aventure et va devoir affronter des dangers multiples, imprévus, terribles, et surmonter ses peurs, ses appréhensions et ses préjugés. En s’appuyant sur des valeurs fortes de courage, de loyauté…

Oui, donc Watership Down est à la fois une odyssée poétique, un roman initiatique et une fable d’héroic fantasy animalière. La plume de Richard Adams rend le récit à la fois complexe et transparent, entre hommage à la nature et introspection comportementale. On oscille, on passe d’un niveau de lecture à un autre sans vraiment s’en rendre compte. Ecrit dans la lignée anglo-saxonne du merveilleux et du fantastique (on ne va pas vous faire la liste, mais les Anglais, Irlandais et Ecossais sont plutôt forts en matière de fantastique à message), ce roman, présenté dans une nouvelle traduction, montre que lapins et humains ont souvent les mêmes préoccupations, les mêmes enjeux à défendre et les mêmes aspirations.  A moins que ça ne soit l’inverse…  Editions Monsieur Toussaint Louverture

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