4 livres pour partir et réfléchir au monde

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Egypte contemporaine, Allemagne nazie, Amérique du 19e siècle, Haute-Normandie actuelle, culture, histoire, société, trajectoire personnelle : voilà les pays et les époques que cette read list vous propose de visiter. 4 livres pour 4 horizons, 4 livres pour 4 dépaysements très différents, c’est ça, aussi, la littérature. Un ticket pour des voyages temporels intenses. 

Pour partir en Egypte et découvrir un mode de vie 

couv-aux-femmes-bellevilleAux Femmes – Hamdi Al-Gazzar. Traduction de Françoise Neyrod

Ah les femmes ! Que seraient les hommes, et en particuliers les hommes du Moyen-Orient, sans les femmes  ? Mères, soeurs, amies, voisines, tantes, épouse… les femmes jalonnent la vie du narrateur, et l’aident à articuler sa construction identitaire, des années 1960 à nos jours. Ode à la féminité et à la sensualité, ce roman retrace, à travers les réminiscences d’un quartier, d’une ambiance, d’une époque, la vie du narrateur, fils de menuisier au romantisme parfois mélancolique. Toujours, la gravité de la vie est temporisée par une indolence suave. Toujours, on retrouve les jalons connectés qui signent l’identité de cette maison d’édition à la croisée des cultures, et prolongent la lecture de cette « Ode sensuelle » saluée par la critique comme le meilleur roman Egyptien de 2014. Belleville Editions  

 

 

Pour plonger dans l’Allemagne nazie et sa réalité terrifiante 

couv-brume-aoutLa Brume en aout – Robert Domes. Traduction d’Edith Noublanche

Il y a des romans difficiles à lire. Difficile à chroniquer. Même quand on les a aimés. Parmi des dizaines de bonnes ou mauvaises raisons, celle d’avoir été balayée par le sujet du livre ne figurait pas dans la liste des situations expérimentées. C’est une première, donc, avec ce roman allemand inspiré d’une histoire vraie : l’assassinat dans un hôpital psychiatrique d’un enfant de 14 ans. Cet enfant s’appelait Ernst Lossa. Son crime ? Etre tzigane. Arraché à ses parents, placé d’institution en institution, cet « enfant à problèmes » aussi normal qu’un autre, finira par être tué d’une piqûre. Bienvenue sous le IIIe Reich. A la lectures des premières pages, l’écriture assez neutre, presque aseptisée de l’auteur, dérange quelques peu. Puis le sentiment de voir les ficelles et d’anticiper la construction s’estompe, se fracasse allègrement contre l’atrocité qui émane de l’histoire, que l’on pourrait presque qualifier de kafkaïenne. Racontée sobrement, l’horreur en devient encore plus réelle. Editions La Belle Colère  

 

Pour découvrir la puissance de la réincarnation 

couv-sheppard-leeSheppard Lee – Robert Montgomery Bird. Traduction d’Antoine Traisnel

La réincarnation immédiate, ça vous tente ? Sheppard Lee, riche et oisif jeune américain un peu crétin, découvre (malgré lui) ce don qui va lui permettre de traverser la société américaine du début du 19e siècle. Riche, pauvre, fou, esclave, autant de statuts sociaux par lesquels il va certes apprendre la vie, mais surtout promener son lecteur dans les différentes couches sociales de son époque. Avec une écriture d’une délicatesse dont on a perdu l’habitude et un humour pince-sans-rire exquis, Bird déploie un style d’une profondeur dont, avouons-le, on a un peu perdu l’habitude. Ce style que l’on qualifie de « classique », sans doute seulement pour le plaisir de remplir des cases, détend les neurones par sa richesse et rappelle combien il est agréable de renouer avec le classicisme, parfois. Surtout un classicisme qui n’a rien de désuet ! En résumé, ce roman social fantastique rappelle un peu Zola. Un Zola qui aurait découvert la métempsycose qu’il équilibrerait avec un sens certain du tragi-comique. Aux Forges de Vulcain  

 

 

Pour tout lâcher et partir à l’aventure en Haute-Normandie 

couv-oiseaux-meurentPourquoi les oiseaux meurent – Victor Pouchet

Il en faut du talent, pour écrire un premier roman aussi poétique et disjoncté à la fois ! On se demande un peu où on vient de mettre les pieds (ou les mains, plutôt), quand on ouvre cette histoire de pluie d’oiseaux morts en Haute-Normandie, fait pour le moins étrange qui obstine le narrateur. Ledit narrateur étant un peu secret et très précis, s’embarque pour remonter la trace de ces oiseaux qui tombent du ciel. Etrangement, le point culminant de ces pluies semble être le village où il a grandi, et où vit encore son père. Victor Pouchet signe ici un drôle de livre, où la notion chère à Hitchcock du « MacGuffin » (sorte de subterfuge narratif destiné à détourner l’attention du lecteur ou spectateur) est déployée à merveille, et où on découvre qu’un road movie peut aussi avoir lieu sur l’eau. De Paris à la Haute-Normandie, il n’y a pourtant pas beaucoup de chemin, mais on reste tenus en haleine jusqu’au bout, intrigué par cette drôle de quête finalement touchante. Editions Finitude