#MartyrsFrançais : Interview croisée de David Meulemans et Alexis David Marie

 

#MartyrsFrançais. Le titre intrigue, le contenu perturbe. Parfaitement inscrit dans le contexte international effarant, le second roman d’Alexis David-Marie glace par son réalisme. Quand un bénévole catholique est assassiné par l’un des migrants qu’il aidait à se dépêtrer de l’administration française la tragédie familiale prend des allures de cause nationale, défendue et portée en étendard par des croisés toujours prêts à bouter les Sarrazins hors de leur espace vital. La guerre civile sourde dans un pays où la fange d’extrême droite guette les occasions de semer son venin à grande échelle. La science-fiction socio politique prend, sous la plume d’Alexis David-Marie des allures de documentaire visionnaire et subtil. La menace devient palpable dans la réalité, encore plus une année d’élection… #MartyrsFrançais adresse un message d’humanisme et de réflexion à une génération ballotée par les propagandes et les discours électoralistes. En guerre, nous le sommes sans doute. Mais avant de tourner nos regards vers l’Ouest ravagé, regardons sur notre pas de porte et comptons les Martyrs potentiels… Regardons les ravages causés par la fermeture d’esprit et les stéréotypes partagés. Nous avons souhaité en savoir plus sur les racines de cet essai d’anticipation ! Ce qui a motivé un enseignant en histoire à analyser avec une acuité rigoureuse les tendances de son pays et ce qui a séduit un éditeur, David Meulemans, aux Forges de Vulcain. 

 

David Meulemans

Dans le contexte politique actuel, quelle pourrait être la portée de ce roman ?

Je l’ignore complètement. Ce qui dépend de l’auteur et de son éditeur, est de sortir le meilleur roman possible. Une fois que le texte est en librairie, il vit sa propre vie, les lecteurs et lectrices s’en emparent comme ils l’entendent. Disons que ma visée, et je parle de ma visée en tant qu’éditeur, c’est de permettre un surcroît de connaissance sur un sujet important, la montée de l’extrême-droite, avec cette idée que que plus de connaissance amène parfois à agir. Je ne sais pas comment agir face à l’extrême-droite: d’ailleurs, je pense que la prudence, face à ce phénomène politique, est de mise. Depuis très longtemps, le personnel politique français a un discours de fermeté (qui, en soi, est nécessaire), mais n’est pas accompagné d’une réflexion sur ce qui nourrit les passions identitaires. Or, avec la compréhension vient souvent les moyens de résoudre un problème. Même si le roman n’apporte ni solution, ni leçon, son exigence humaniste apparaît en creux. Donc, j’aimerais, idéalement, deux choses: que certains lecteurs deviennent plus sensibles à ce danger, et que ces lecteurs, au lieu de traiter en ennemis ou idiots les férus de l’identité, essayent de voir comment satisfaire, non pas leurs besoins explicites (la division), mais leurs besoins implicites (qui sont les mêmes que chacun: être heureux et libre).

Quelle a été votre réaction d’éditeur à la lecture de ce texte ?

C’est le deuxième roman que je publie de cet auteur, donc, je connaissais le sujet bien avant de lire une seule ligne. Le précédent roman d’Alexis David-Marie portait sur l’effondrement de la foi dans l’Europe du 17ème siècle. C’était picaresque et gouleyant, pour dire les choses ainsi. A l’inverse, le style de #MartyrsFrançais est plus simple, plus direct. Cela m’a surpris au début mais, finalement, c’est parfaitement adapté à ce texte, qui a besoin d’une certaine tenue, d’un certain sérieux. En un sens, c’est à la fois un vrai roman, avec une belle histoire de deuil familial, et un effort de vulgarisation d’une discussion qui occupe une partie de la France.

Quelles réactions souhaiteriez-vous que ce livre provoque (en bien comme en mal) ?

En toute honnêteté, je pense que les lecteurs et lectrices de ce roman sont plus des gens qui ne sont pas proches de l’extrême-droite. Donc, pour eux, ce roman répond à un besoin de connaître et de comprendre. Idéalement, j’aimerais que le roman serve à éclairer ces lecteurs sur un sujet qu’ils connaissent peu. Ensuite, j’aimerais que l’effort de loyauté de l’auteur, qui a veillé à ne pas caricaturer les partisans de l’identité, soit, pour ainsi dire, imité par ses lecteurs et lectrices: en gros, j’aimerais que ces lecteurs voient que le meilleur moyen de sortir du risque identitaire n’est pas en méprisant les gens qui votent à l’extrême-droite, mais plutôt en essayant de discerner la source de leurs choix, et en voyant comment leur proposer autre chose. Mais ce sont là des effets très « lointains » du roman. D’abord, je veux que les lecteurs lisent et apprécient cette belle histoire de deuil, de conflit familial, et cette métaphore de notre société.

Ne craignez-vous pas l’animosité virulente de la fachosphère ?

Non. Ce n’est pas un texte polémique. Certes, le roman ne partage en rien les idées de la fachosphère. Mais je pense que le roman ‘adresse plutôt au reste de la population: aux personnes curieuses qui ne comprennent pas cette passion de l’identité, qui ne la partageront jamais, mais cherchent à en savoir plus, à sortir de cette hébétude devant une force qui a essaimé bien au-delà de l’extrême-droite. En toute honnêteté, le seul danger que court un roman comme celui-ci, c’est plutôt de ne pas satisfaire le besoin de combat et de scandale qui semble si important de nos jours: c’est un roman apaisé, en un sens, même s’il peint un portrait sombre de notre époque.

 

Alexis David-Marie

Qu’est-ce qui vous a inspiré ce roman ?

La personnalité d’un de mes oncles, aujourd’hui très âgé. Fervent catholique, parfait « Français de souche » pour parler comme l’extrême droite, il a longtemps vécu dans un quartier populaire progressivement transformé par l’immigration tout en étant bénévole pour une association caritative catholique qui venait en aide aux immigrés miséreux.

Pensez-vous que ce genre de situation pourrait se produire ?

Oui, elle s’est même déjà produite. Des figures comme celle d’Hervé Cornara ou celle du père Hamel, victimes d’attentats djihadistes, ont été instrumentalisées, alors même que j’écrivais ce roman.

Avez-vous souhaité montrer l’absurdité de ces combats, quel que soit l’horizon qui les fait naître ?

Plutôt que l’absurdité des ces combats, j’ai surtout voulu montrer le danger de cette idéologie de la séparation qu’est la défense identitaire. Tout en faisant bien sûr l’impasse sur les injustices innombrables auxquelles elle peut conduire, elle pose néanmoins des vérités dérangeantes et pointe des problèmes qu’il ne faut plus esquiver si on veut les résoudre collectivement, dans le sens de la justice sociale.

Ne craignez-vous pas l’animosité de la fachosphère ?

Non, car j’ai envisagé la cause identitaire qu’elle défend avec un fairplay intellectuel qui lui est rarement accordé.

#MartyrsFrançais

Alexis David-Marie

Editions Aux Forges de Vulcain

 

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