[CHRONIQUE] Joe

Larry Brown, c’est le genre de type qu’on rêve d’avoir pour oncle. Un brave gars du Mississippi, passionné de littérature mais qui a exercé des dizaines de petits boulots, de bûcheron à droguiste en passant par pompier. Pensez-y la prochaine fois que vous râlerez de votre boulot que vous n’aimez pas, vous qui vous projetez poète ou écrivain.

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Revenons à Joe, l’un de ses six romans, l’une des pièces de l’oeuvre de Brown, achevée dans une crise cardiaque en 2004. Joe nous parle de Joe, un type un peu taciturne, au passé trouble, marqué par les cuites et les bagarres de brutes avinées. Un jour, Joe croise la route de Gary Jones, gamin de quinze ans, travailleur, motivé, et maltraité par un père alcoolique et violent. Immonde, même. Se met en place un schéma littéraire classique : le gros dur va se prendre d’affection pour ce gosse. Lui trouver du travail, essayer de l’amener à autre chose qu’une vie de vagabond volé et battu par son propre père. De là à ce que ça soit possible, c’est une autre affaire. Et on n’en dira pas plus sinon on va vous gâcher l’histoire et les surprises aussi brutales qu’un uppercut (lancé par un poids moyen de kickboxing, pas par ta petite soeur – qui pourrait très bien aussi être championne de kickboxing mais passons).

Une fois de plus, un roman américain sublime le sordide. Là où un naturaliste français aurait forcé le trait dans le misérable et le vomi rance, Larry Brown apporte la lumière. Dans la condition humaine la plus dure surgit la beauté. Celle qui fait d’un homme un Homme, qui donne une dimension mystique à nos congénères plus propres à la destruction. Joe devient une figure christique, le type qui va chercher à faire le bien même s’il sait que ça va être dur, même s’il sait que ça n’est pas son affaire, même si même si… La rédemption, la résilience, il connaît tout ça, Joe. En tout cas il les applique sans se poser de questions, au milieu d’une nature brute, elle aussi typiquement américaine, de conditions de travail difficiles et d’un background personnel pas très joyeux. On pourrait aussi parler de l’intemporalité du récit, du style ciselé de Brown, très descriptif et précis, très imagé et vivant, de ce rapport à la nature et à l’extérieur qu’on ne trouve que dans les très grands romans… Mais ça serait agiter de l’air pour rien. Lisez, vous verrez bien!

Et comme parfois, une démonstration vaut mieux qu’on long discours, voici un petit extrait :

« Il se pencha et ramassa une canette de Budweiser couverte de boue et un peu cabossée, mais intacte et parfaitement buvable. Un bref sourire de joie plissa son visage. Il glissa la bière dans la poche de sa salopette et tourna lentement parmi les herbes. Il en ramassa encore deux, également pleines, et s’attarda un instant à en chercher d’autres, mais ces trois-là étaient tout ce que le fossé miraculeux avait à offrir. Il remonta sur la route et casa l’une des deux boîtes dans une autre poche.« 

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Joe de Larry Brown. Editions Gallmeister.

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