[INVITEE]  Bernadette Pivote nous emmène en balade littéraire

Allier lecture et balade ? Donner envie de sortir sur les traces des personages avec qui l’on vient de passer quelques centaines de pages (et de boire des cafés) ? C’est ce que propose Bernadette Pivote, cette amoureuse de la littérature, tant classique que contemporaine, avec son compte Instagram qui invite à partir à la rencontre des lieux cités dans les livres. Rassurez-vous elle n’a de commun avec Bernard Pivot que ses lunettes. Sa curiosité et son bon goût sont bien supérieurs à son presque homonyme !

Quel est le type de contenu que tu postes ? 

Mon coeur de métier, ce sont les balades littéraires. Je lis des romans qui se déroulent à Paris et je corne toutes les pages où un lieu précis est cité. Ensuite, j’opère une sélection et je pars sur les traces du livre pour photographier les lieux choisis. Je poste ensuite les photos sur Instagram avec, en légende, l’extrait correspondant.

Sinon, je poste aussi des avis de lecture et j’aime beaucoup utiliser les stories pour poster des résumés de livres en utilisant plein de gifs marrants ou pour faire des petits reportages sur les différents métiers du livre.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de le faire (et de continuer) ? 

J’ai toujours été complètement fascinée par les blogs et les réseaux sociaux. Du coup, j’avais envie de tenter l’expérience pour parler bouquins mais le côté critique littéraire ne me tentait pas trop. Alors, que faire ? Et comment ? Via un blog ? Je ne me sentais pas forcément capable de gérer le côté technique. Tout ça est donc resté en suspens, jusqu’à ce que je lise Le Père Goriot de Balzac. Durant ma lecture, je me suis aperçue que j’avais réussi à entrer dans le texte parce qu’il faisait référence à de nombreux lieux parisiens qui m’étaient familiers. Et là, tout s’est débloqué !

J’avais enfin trouvé une idée qui me plaisait ! J’allais lancer des balades littéraires sur Instagram, un réseau que j’affectionnais tout particulièrement et qui était très simple à utiliser. J’ai donc repris Le Père Goriot et je suis partie arpenter Paris pour faire mes photos. Depuis, j’ai continué à écumer Paris et j’en suis à 18 balades. Comme il me reste plein de livres qui prennent pour cadre Paris à découvrir et que j’adore marcher, je pense que je peux continuer à faire ça pendant des années…

Qu’est-ce que tu aimes dans les réseaux sociaux ?

La facilité d’utilisation ! Surtout sur Insta où n’importe quelle photo basique peut facilement être retravaillée et améliorée. J’aime aussi tous les échanges que permettent les réseaux sociaux. On peut vraiment discuter de ses passions et rencontrer des personnes qui partagent les mêmes centres d’intérêt. J’ai vraiment fait de super rencontres grâce à Instagram et je découvre des ouvrages et des maisons d’éditions qui m’étaient jusque-là inconnus.

Quel est ton coup de coeur du moment ? 

Dur de n’en choisir qu’un mais j’ai vraiment pris une grosse claque en lisant Liminal de Jordan Tannahill publié aux éditions La Peuplade. C’est un récit avec une dimension autobiographique qui intègre des réflexions philosophiques et scientifiques, assez dingue !!

L’Instagram de Bernadette Pivote

En Balade avec Bernadette !

Exclusif ! Pour Bookalicious, Bernadette dévoile le “en faisant le” (traduction très laide de “making-of”) d’une de ses balades. La dernière se passe avec “Paris Noir” aux éditions Asphalte. On la suit pas à pas, du choix du livre à la structure de la balade.

Avant de partir dans les coulisses de ta prochaine balade, rappelle-nous ta spécialité…

Parcourir Paris et redécouvrir cette ville que j’habite au regard des romans. Concrètement, ça veut dire quoi ? Tout simplement que je lis des romans qui se déroulent dans notre chère capitale avant de partir me balader sur les traces des lieux qui y sont cités.
De ces pérégrinations sont nées des balades littéraires sur Instagram et Facebook. Sur ces réseaux sociaux, je propose à mes abonnés de me suivre dans mes promenades. Je choisis un livre puis je poste des photos des lieux avec les extraits correspondants. 

I. Le choix du livre

Les romans prenant pour cadre Paris sont extrêmement nombreux. Autant vous dire que je n’ai que l’embarras du choix ! De Balzac à Jean-Christophe Rufin, en passant par des auteurs comme Frédéric Ciriez et son excellent BettieBook, Paris est un véritable terrain de jeu littéraire. Un même endroit peut être appréhendé sous de multiples facettes, selon la manière dont un écrivain l’a couché sur le papier. 
Néanmoins, il ne suffit pas qu’un livre se passe à Paris pour qu’il se prête à l’exercice de la balade (ce serait trop simple !). Il faut également que les lieux cités soient suffisamment variés pour qu’un véritable parcours puisse advenir. On peut, notamment, dire adieu à Zola et à son Au bonheur des dames qui ne nous permet pas de quitter les grands magasins. Puis, il est préférable que les lieux cités le soient de manière explicite, afin de pouvoir les identifier sans erreur. Et là, on voit Zazie dans le métro s’éloigner…
Fort heureusement, de nombreux écrivains n’hésitent pas à prendre pour décor des lieux bien précis ! Même si ça ne nous prémunit pas de légers flottements géographiques, ce que nous verrons dans les coulisses de la balade que je lance aujourd’hui sur mon compte Instagram…

Pourquoi une balade sur les traces du Paris Noir ?

Pour ce nouveau parcours, je tente une nouvelle expérience : celle du recueil de nouvelles avec Paris Noir publié chez Asphalte éditions.
Ce livre, je l’ai trouvé complètement par hasard, au fil des allées du salon du livre du festival Étonnants voyageurs à Saint-Malo l’an dernier. Forcément, le titre ne pouvait que faire sonner mon radar ! Paris Noir… Voilà qui semblait plein de promesses ! J’empoigne le bouquin et je m’attaque à la quatrième. Et là, comment ne pas craquer ? Le pitch : 

Paris Noir

Guide de voyage alternatif, Paris Noir permet de (re)découvrir la Ville lumière sous la plume de 12 auteurs locaux, chacun livrant une nouvelle noire inédite sur le quartier qu’il a choisi.

On dirait ma bio insta !! Allez j’embarque !
Évidemment, je le pose dans un coin de mon appart’ où il reste un moment… Jusqu’à ce que la quête d’un nouveau livre pour ma prochaine balade se profile. Et là, direct, je pense à lui ! D’autant que je n’ai encore jamais réalisé de balades avec un recueil de nouvelles donc il y a un petit côté challenge !

Comment traiter ce recueil de nouvelles dans le cadre d’une balade littéraire ?

Deux choix sont possibles : traiter l’ensemble du recueil en prenant, pour chaque nouvelle, une photo symbolique du quartier qui lui est associé ou explorer un quartier dans le détail en prenant pour objet une seule nouvelle. C’est finalement cette deuxième option qui m’a semblé la plus pertinente, car elle permet de conserver une trame narrative à dérouler au long de la balade.
J’ai donc dû choisir une nouvelle parmi les douze du recueil. Pour ce faire, j’ai d’abord laissé le livre de côté pour me laisser le temps de la réflexion. 
Quelques jours plus tard, j’y suis revenue en me demande quelle nouvelle m’avait vraiment marquée en tant que lectrice Il y en a une qui s’est vraiment détachée : La Vie en rose de Dominique Mainard. Je l’ai trouvée bien construite, avec une vraie ambiance et des personnages assez touchants.

Autre critère que j’avais à l’esprit : le quartier choisi. Quitte à repartir en balade, autant s’aventurer dans un arrondissement que je connaissais mal. Banco ! Cette nouvelle se déroule à Belleville, où je ne mets quasiment jamais les pieds. Dernier critère pour mettre à l’épreuve cette nouvelle : la manière dont les lieux apparaissent. En l’occurrence, on trouve plusieurs mentions assez explicites mais d’autres sont plus allusives. 
Vient alors le temps de l’hésitation. Est-ce que je le tente quand même, en sachant que certains lieux feront l’objet d’un choix subjectif de ma part ? Après réflexion, je me dis que c’est un peu le jeu de la balade littéraire, où réel et fiction se mêlent dans une géographie parallèle. Le tout étant de l’assumer et de bien le préciser dans mes posts. 

II. La préparation

Comment recenses-tu et choisis-tu les lieux ?

Une fois que j’ai choisi un livre qui me semble pertinent pour une balade littéraire, je le lis en cornant toutes les pages où un lieu est cité. Ainsi, une fois l’ouvrage terminé, je peux rapidement évaluer, à l’oeil, son “potentiel de balade” avant de procéder à une deuxième lecture en diagonale pour retenir les lieux qui seront présents dans mon parcours.

Livre corné

Dans le cas de longs romans, à l’instar de Bel-Ami de Maupassant, le travail de sélection peut être assez chronophage et compliqué. Les lieux sont extrêmement nombreux et ne peuvent pas tous être postés. Il faut donc opérer un premier tri puis, en fonction de la trame narrative, en faire un second pour élaguer et arriver à une quinzaine de lieux, symboliques du roman et associés à des éléments importants de l’histoire.

Avec une nouvelle, l’exercice est-il le même ?

Avec une nouvelle, l’exercice est beaucoup plus simple. Le texte étant court, la trame narrative est plus facile à cerner qu’avec un roman-fleuve et les lieux sont, par la force des choses, beaucoup plus rares. Pour La Vie en rose, j’ai surtout eu peur qu’il n’y en ait pas assez… 
Arrive l’heure de vérité, celle où je me mets sur mon tableur Excel pour y recenser les lieux retenus et recopier les extraits correspondants. Je peux ainsi avoir une vision d’ensemble de la balade et vérifier sa cohérence par rapport au texte. Le tableur me permet aussi de faire le tri entre les lieux, en fonction de leur emplacement et de leur importance dans l’histoire.

Excel vierge

Ici, j’ai tout de suite vu que certains endroits, essentiels pour l’intrigue, apparaissent plusieurs fois et que d’autres, également importants, sont situés de manière allusive. Je pense, par exemple au parc de Belleville ou encore à un immeuble avec vue sur le parc et pour lequel la seule indication est une inscription sur la façade, “Hôtel Boutha”, inscription que je n’ai pas trouvée en cherchant sur Google ni sur place, et qui est peut-être une invention totale de l’auteure. C’est là que s’ouvre un espace autre, entre réalité et fiction, difficile à traiter mais qui vaut la peine d’être exploré.
Enfin, ce doc Excel me permet d’évaluer la dose d’information que je donne sur l’histoire. L’objectif, c’est quand même que mes abonnés aient envie de lire le livre. Il faut donc éviter de les spoiler !

Une fois cette étape réalisée, comment t’organises-tu ?

Une fois les extraits et les lieux choisis, je les place sur une carte. Pour ça, j’utilise Google Maps et je créé une carte par balade. 

Google maps


À partir de là, je peux avoir une vision géographique de l’ensemble du parcours et trier les lieux par ordre de prise de vue.
Dans mon tableur, j’ai deux colonnes vraiment utiles : une qui me permet de classer les extraits selon leur ordre d’apparition dans la narration, une autre où je les numérote en fonction de l’ordre dans lequel je prévois de faire les photos.
Une fois la carte faite, je prends un papier et un crayon et je liste les lieux en fonction de leur proximité géographique. Je note également les trajets, soit à pied, soit en transports en commun. Puis, j’évalue les temps de trajet et le temps nécessaire aux prises de vue, pour avoir une idée du temps dont j’aurai besoin pour faire mes photos.

Feuille de route


Enfin, je programme cette session photo dans mon agenda en prenant en compte un autre critère : la météo. Là, par exemple, je pensais partir faire mes photos le samedi. Sauf que… Pas de bol. Temps splendide jusqu’à vendredi inclus et dégradation à partir du weekend. Comme les photos prises sous un ciel gris rendent beaucoup moins bien, j’ai dû décaler mon escapade à Belleville.
Avant de partir, les derniers préparatifs : imprimer mon Excel en triant mes lieux par ordre de prise de vue, ne pas oublier de prendre le livre avec moi pour pouvoir relire les extraits une fois sur place, emporter également ma feuille de route avec le détail des trajets et prendre ma batterie portative puisque je fais toutes les photos avec mon téléphone. 

A emporter

III. Les photos

Et maintenant, une fois équipée ?

Je monte dans le métro, direction Belleville, et je profite du trajet pour relire les extraits et me mettre dans l’ambiance de la nouvelle.

Dans le métro

Lorsque c’est possible, je préfère prendre toutes les photos sur une même journée. Ça me permet d’être totalement plongée dans le texte ce qui fait, pour moi, totalement partie de l’expérience de la balade.
C’est aussi pour ça qu’en général, j’écoute en boucle une même musique pendant toute la durée de mon parcours (musique qui n’a absolument aucun lien avec le texte, je préfère être honnête). De cette manière, je suis totalement coupée du monde extérieur et je peux vraiment me concentrer sur les extraits et sur l’environnement que j’observe. Par ailleurs, ça me permet aussi d’éluder les éventuelles remarques des passants, lorsque je me retrouve dans des positions scabreuses pour prendre mes photos. Car oui, parfois, je monte sur des plots ou je m’agenouille par terre pour essayer de trouver un angle un peu sympa, ce qui ne manque pas de susciter quelques réactions face au ridicule de ma posture. 

Souvent, j’ai besoin de rester longtemps sur les lieux pour m’imprégner de l’atmosphère et trouver comment capter des images évocatrices du livre choisi. Je sais donc qu’il faut prévoir un temps assez long, surtout quand certains lieux nécessitent des recherches sur place, comme c’était le cas ici avec cet “Hôtel Boutha” que je n’ai jamais trouvé ! J’ai donc cherché un immeuble, avec vue sur le parc, qui me semblait évocateur de celui de la nouvelle. 

Hotel Boutha ?

Ensuite, une fois la balade faite, comment traites-tu tes photos ?

Après environ cinq heures à errer entre Belleville et Pigalle, c’est bon, les photos sont dans la boîte !
Il faut maintenant les retravailler pour qu’elles correspondent bien à l’ambiance du texte. En général, j’utilise surtout les filtres Instagram mais je peux aussi passer par Photoshop, en fonction du traitement qui me semble le plus pertinent. 
Parfois, j’ai une idée avant d’aller faire les photos mais, dans la majorité des cas, elle vient après que j’ai été sur place. 
Pour cette balade, dans le métro, je me suis dit qu’utiliser directement un filtre Instagram proposé en story et qui donne un effet dessin au crayon en noir et blanc pourrait être pas mal pour l’ambiance roman noir. Problème : c’est un filtre qui ne permet pas vraiment de reconnaître les lieux. Le parti pris de départ, à savoir faire un lien entre réalité et fiction, s’en trouve un peu contrarié.

Exemple filtre choisi


Je pense donc poster, pour chaque extrait, un carrousel avec la photo ultra filtrée et une autre photo du lieu, sans filtre. Sauf que… j’y ai pensé après coup et que je n’ai pas eu la bonne idée de faire exactement les mêmes photos avec et sans filtre à chaque fois.

Comment choisis-tu tes photos ?

Là, j’ai pris environ 200 photos. Je reprends mon Excel et, pour chaque extrait, je fais des tests en retravaillant les photos originales. Si je suis convaincue, je coche la case “OK” dans la colonne “Photo”. Ensuite, je reviens sur celles qui me posent problème.
Ici, léger passage par Photoshop pour les photos qui ouvriront et clôtureront la balade car le filtre choisi ne met pas assez en valeur la couverture du livre. Je feinte avec un petit montage : je détoure la couverture sur une photo prise sans filtre et, en arrière plan, j’ajoute une photo de la rue avec filtre.  

Photoshop

Comme je poste un extrait tous les deux jours sur les réseaux, les balades s’étalent sur plusieurs semaines. Pour éviter de me tromper au moment de poster, je créé un album spécifique à la balade sur mon téléphone où je regroupe les photos définitives.

IV. La balade et ses dérivés

Vient ensuite l’heure de poster sur Insta et sur ma page Facebook ! Là, ça se passe de commentaires et je vous invite à venir voir par vous-même sur mes réseaux !

Clic sur l’image pour accéder à l’Instagram
Clic sur l’image pour accéder à Facebook

À la fin de chaque parcours, j’organise un concours où je fais gagner le livre dont il a été question ainsi que l’album-photo de la balade que je fais sur le site Photobox. 

Quand je lance la promenade, je me mets donc à faire toute la mise en page de l’album, pour que tout soit prêt au moment du concours. Je récupère les extraits sur mon Excel et les photos, sauvegardées sur mon ordi.

Albums photo

Enfin, je viens tout juste de lancer un site internet pour réunir toutes les balades déjà réalisées ! Il va donc falloir ajouter une étape : une fois le parcours terminé sur Instagram et Facebook, il sera mis sur mon site :

Clic sur l’image pour accéder au site

J’espère que ces élucubrations sur mes balades littéraires vous auront intéressés et donné envie de venir voir ce que ça donne sur mes réseaux ! Et, bien évidemment, si vous avez envie de partir en balade sur les traces de certains romans, n’hésitez pas à me faire part de vos suggestions !