[INTERVIEW] Trames XYZ « Les choses changent. Le rapport des éditeurs aux agents aussi. »

Bureau de presse attaché à défendre de nombreux éditeurs indépendants, Trames XYZ et son équipe 100% féminine nous parle aujourd’hui d’une autre de ses compétences : le métier d’agent. Encore peu (et mal) connu en France, l’agent littéraire apparaît comme un élément clé du secteur, loin des clichés véhiculés par le cinéma. Rencontre avec Camille Paulian, Sylvie Pereira, Violaine Faucon et Kinga Wyrzykowska, quatre femmes pour qui l’abécédaire du milieu littéraire n’a aucun secret.  

Quelle est la mission d’un agent, en quoi consiste son travail auprès d’un écrivain ? 

Il y a deux images que nous aimons bien utiliser pour définir le métier d’agent : la première est celle de la bouée : nous sommes là pour entourer, accompagner l’auteur une fois qu’il se jette à l’eau, dans le grand bain. C’est en particulier vrai pour les auteurs qui publient leur premier roman et qui peuvent se sentir perdus dans ce monde totalement nouveau pour eux. Mais ça peut-être le cas pour des auteurs plus aguerris également. La deuxième image est celle de la passerelle, entre un auteur, un manuscrit d’une part et l’éditeur d’autre part. Nous sommes là pour faciliter les échanges, le dialogue.  A nous les sujets qui peuvent fâcher ou crisper comme la négociation du contrat. Nous sommes là pour défendre les intérêts de nos auteurs, mais également pour jouer un rôle pédagogique, pour leur expliquer les choix de l’éditeur quant à la date de parution, le premier tirage, les cessions en poche ou à l’étranger, etc.

Pourquoi la profession est-elle si peu représentée et éventuellement mal vue en France, alors qu’elle est naturelle dans les pays anglo-saxons ? 

Les choses changent. Le rapport des éditeurs aux agents aussi. Nous nous sentons plutôt bien accueillies pour le moment. En plus, chez Trames nous avons l’habitude de travailler avec des maisons d’édition qui nous confient leurs relations presse, libraires ou encore leurs cessions de droits. Les éditeurs qui nous font confiance savent que quand lorsque nous représentons les droits d’un auteur,  nous nous mettons également un peu à leur service. Et que nous n’hésiterons pas à accompagner nos auteurs dans des festivals, des librairies et que nous irons boire des verres jusqu’à l’aube s’il le faut…

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous ouvrir à cette compétence ? 

Quinze ans dans les métiers de l’édition (Camille Paulian a été attachée de presse pour  Le Seuil , l’Olivier, Plon, Autrement… Sylvie Pereira  « le couteau suisse » de Viviane Hamy pendant des années, Violaine Faucon travaille aux éditions de L’Olivier comme cessionnaire de droits et Kinga Wyrzykowska est autrice et donc la première à avoir manqué parfois d’un manque de pédagogie) nous ont donné envie de lier nos différents métiers et de partager nos « solutions ». Nous en avons conclu qu’une petite structure, qui fonctionnerait comme un intermédiaire, un facilitateur d’échanges entre les auteurs et les éditeurs pouvait s’avérer utile. 

Comment se passe le choix des maisons à qui proposer un manuscrit, sur quels critères vous basez-vous ? 

Nous écoutons d’abord les désirs de l’auteur. Certains ont une idée précise des maisons qui les font rêver et d’autres, au contraire, ont du mal à s’y retrouver dans la multitude des maisons existantes. Puis nous leur conseillons les maisons qui nous semblent le plus adaptées à leur univers, leurs besoins : être accompagné dans le travail d’écriture ou au contraire être respecté dans leur désir d’indépendance. Nous faisons en sorte qu’ils soient défendus dans leur singularité,  avec leurs caractéristiques propres et leur personnalité, et qu’ils soient accueillies accueillera enthousiasme et conviction. Il va de soi que la décision finale appartient à l’auteur. Nous faisons simplement en sorte qu’il puisse avoir un choix raisonné.

Quels sont les auteurs que vous défendez ? 

La première autrice à nous voir fait confiance est Cécile Coulon que nous lisions depuis ses débuts. Son prochain roman paraitra d’ailleurs à la rentrée prochaine aux éditions de l’Iconoclaste. Puis nous avons découvert un texte tout à fait singulier dans la veine de la littérature française des années 1930-40 signé Jean-Pierre Ancèle. Il y a quelques mois, nous sommes tombées complètement sous le charme du premier roman de Millie Duyé. Nous avons également confié les drôlissimes et très contemporaines  chroniques de la vie d’un jeune père, Julien Chavanes, à Plon qui publiera son manuscrit en octobre 2019. Et nous sommes plongées dans la lecture de plusieurs manuscrits de premiers romans ou d’auteurs confirmés qui nous intriguent, nous enflamment et qui suscitent régulièrement des débats entre nous !