[INTERVIEW] Marine Gabriel : “j’ai eu envie d’écrire un livre dénonçant les Violences Obstétricales et Gynécologiques pour toucher le plus large public possible”

Difficile de trouver les mots pour qualifier les ressentis à la lecture de ce livre, “La vérité au bout des lèvres”. Difficile d’imaginer qu’en France, en 2020, on trouve normal de maltraiter les femmes dans un cadre médical, de l’abus verbal au viol en passant par des mutilations et abus sexuels. “On” : les gynécologues, les médecins, les accoucheurs, les sage-femmes, tout ce personnel supposé accompagner et soigner. Victime de violence obstétricale et gynécologiques à la naissance de son premier enfant, Marine Gabriel décide de prendre la parole et d’inciter les dizaines de femmes dans son cas à faire de même. Balance ton utérus est né sous forme d’un site internet, d’un compte Instagram et un livre afin de libérer la parole, briser un tabou et faire, à force, changer les choses.

Vous avez d’abord créé un compte Instagram dédié aux Violences Obstétricales et Gynécologiques (VOG), comment vous est venue l’idée du livre ? 

J’ai créé le compte Instagram Balance Ton Utérus qui a pris beaucoup d’ampleur rapidement. Suite à cela j’ai eu envie d’écrire un livre dénonçant les Violences Obstétricales et Gynécologiques pour toucher le plus large public possible. Pouvoir sensibiliser et avertir un maximum de monde sur ces pratiques dramatiques. 

Vous racontez que votre compte Instagram est parti d’une VOG dont vous avez été victime, comment avez-vous passé le pas et choisi de « l’ouvrir » ? 

Après ma grossesse et mon accouchement, j’ai été très perturbée et choquée. Je n’avais aucune idées de ce qu’étaient les VOG avant de tomber sur ce terme sur internet après quelques recherches. Je me suis rendu compte que c’était un sujet très tabou. Que peu de personnes et de média en parlait réellement. J’ai donc décidé dans un premier temps de créer le compte Instagram Balance Ton Utérus dans l’idée de trouver des femmes avec qui échanger. Des femmes qui auraient vécu des choses similaires aux miennes. Malheureusement, j’ai été très surprise de constater que ce n’étaient pas 2-3 femmes qui étaient touchées par mon compte mais des dizaines… Le compte a pris beaucoup d’ampleur en très peu de temps. 

Comment tout ce que vous décrivez, à un niveau parfois insoutenable, peut se passer en toute impunité et dans les plus grands tabous ?

Je pense que ce tabou vient surtout de la banalisation de ces actes. En effet, on se soumet bien souvent aux actes médicaux car on “pense” que le praticien qui est face à nous veut uniquement notre bien, et que tout ce qu’il fait est dans notre intérêt. Du coup, on se laisse faire. On ne dit rien. On pense que tout est NORMAL. Beaucoup de femmes subissent des VOG sans même s’en apercevoir car pour elles c’est banal et normal. On ose pas en parler, on ose pas dire stop car c’est eux qui ont le savoir. Mais c’est là ou nous nous trompons. La seule et unique personne qui connaissons parfaitement notre corps, c’est nous même. Par exemple si nous allons consulter car nous avons terriblement mal pendant nos règles, que nous sentons qu’il y a quelque chose qui n’est pas normal, et que le praticien nous dit simplement c’est normal d’avoir mal pendant ses règles. C’est une forme de violence. Il ne nous écoute pas. Nous croit pas. C’est cette banalisation et normalisation qui est le véritable problème. 


Comment peut-on agir ? Faire que ça cesse et que les personnes qui pratiquent ces violences soient punies ? 

Je pense que la clé principale dans un premier temps est la sensibilisation. Plus on parlera des VOG à notre entourage, plus il y aura de personnes qui auront connaissance de cela plus les professionnels de santé feront attention. La connaissance est un pouvoir énorme. Lorsque l’on va consulter, notre corps nous appartient. Voici un article du code de la santé publique : ” Aucun acte médical ni aucun traitement ne peuvent être pratiqués sans le consentement libre et éclairé de la personnes et ce consentement peut être retiré à tout moment. “

La vérité au bout des lèvres. Marine Gabriel. Editions Kiwi.