[INTERVIEW] Juan F. Thompson : Fils de Gonzo !

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Hunter Thompson. Qu’écrire sur l’un des plus grands journalistes du 20e siècle ? L’une des plus grandes plumes de notre temps, notre père à tous et notre modèle absolu ? Notre idéal de journalisme, de professionnalisme et de création folle ? Nous, nous n’avons rien à dire, à part enfoncer une porte inexistante à force d’être ouverte. Nous, nous n’avons rien à ajouter. Par contre, son fils, Juan F. Thompson, lui, a des choses à dire. Sur l’homme, le génie, le politicien, le père qu’il était. Dans « Fils de Gonzo », ce « fils de » revient sur son enfance et son adolescence aux côtés d’un génie délirant, d’un homme ravagé par les excès, un travailleur infatigable, un homme en permanence aux prises avec lui-même. Ce livre touche, porte, et dépeint un homme en demi-teinte, vu à travers les yeux d’un fils fier et sincère. Rencontre, et longue discussion passionnante avec Juan F. Thompson, fils de gonzo. 

Quand avez-vous ressenti l’envie d’écrire ce livre, comment l’idée est-elle venue, comment la nécessité s’est-elle manifestée ? 

Quand mon père s’est suicidé en 2005, il y a eu un gros battage médiatique. Et l’une des choses les plus étranges, c’était de me tenir debout dans la cuisine de notre ferme quelque heures après qu’il soit mort, avec son corps toujours sur le sol, et de voir une banderole sur l’écran de télévision disant qu’Hunter Thompson est mort…  Et c’était très étrange pour moi de voir à quelle vitesse c’est devenu un événement médiatique, comment dans les 24 heures, il y avait des camions régie garés le long de la route… Et la couverture qui était faite était vraiment focalisée sur Raoul Duke, le personnage fou.

Je pense que ce personnage est intéressant, distrayant, mais au fond c’est vraiment sans importance

Le personnage public… 

Oui, pour le meilleur et pour le pire, c’est devenu son personnage public et je ne suis pas sur qu’il ait vraiment prévu ça, mais c’est comme ça qu’il s’est retrouvé coincé dedans. Et ça me contrariait vraiment… Je pense que ce personnage est intéressant, est distrayant, mais au fond c’est vraiment sans importance. Et ça n’a rien à voir avec son écriture et ses contributions. Alors j’ai trouvé qu’il était important de donner une autre perspective, et là j’ai eu l’idée que je pourrais écrire un livre, de mon point de vue. Et je me suis dit que le meilleur moyen, au lieu d’essayer d’écrire une biographie, que ça aurait plus de sens de ne même pas essayer de prétendre être objectif, mais de le faire comme des mémoires. Alors c’est ça : c’est l’histoire de ma relation, de notre relation de mon point de vue, avec mes souvenirs, justes ou erronés. C’est très intéressant de voir combien les souvenirs ne sont pas fiables, mais  combien ils sont importants par leur influence… les décisions et les croyances, et pourtant on ne peut pas s’y fier ! Je pense qu’on décide de se souvenir, de garder des souvenirs, d’en découvrir d’autres, de mal se rappeler les choses ou dans le mauvais ordre, peut-être même des choses qui ne se sont pas passées. C’est très intéressant de réaliser que toute l’histoire sur qui était mon père peut être juste ou non. Et alors ça m’a pris beaucoup plus de temps que prévu. Je n’avais jamais écrit de livre, je pensais « est-ce que ça va être difficile  ? C’est juste un long article… »

Vous avez mis 7 ou 9 ans à l’écrire ? 

10 ans ! Je n’avais pas réalisé que ça serait aussi difficile d’écrire quelque chose de vraiment long… Donc ce que j’ai fini par faire, c’est le décomposer. J’écrivais juste « ok voilà un événement ou un moment, écrire sur ça ou quelque chose d’autre » mais je n’ai pas essayé de les écrire dans l’ordre… Quand j’ai eu les vignettes et les éléments, j’ai réfléchi à quoi faire avec. Et entre temps, avoir une famille et un travail à plein temps, et parfois aucune envie de travailler sur un livre… C’était dur ! Je pense qu’il y a des écrivains qui n’attendent que de s’asseoir et d’écrire !

Oui, « j’écris tous les jours »… 

C’est marrant ! J’adorerais écrire, mais non, ce n’est pas le cas du tout ! Je ne sais plus qui l’a dit, mais quelqu’un a dit « la meilleure partie de l’écriture, c’est d’avoir écrit ». Je pense que c’est tellement vrai. Mais ça ne veut pas dire que ce n’est pas gratifiant, je dirais juste que je n’ai pas beaucoup apprécié le processus d’écriture. Je n’attends pas de m’asseoir et de m’y mettre, c’est dur.

Peut-être était-ce aussi parce que le sujet est délicat, parce que vous écriviez des mémoires sur une légende, un homme très important, mais qui était aussi votre père. Ce livre est bien sûr un mémoire, mais c’est aussi un livre sur la relation père-fils, sur la paternité, la masculinité, et la relation difficile d’un fils dont le père est un génie du journalisme, mais toujours un homme… Donc ça a dû être un peu compliqué de choisir quoi dire, comment, et ce qui était important ou non…

Oui, oui. Et j’ai réalisé rétrospectivement que c’était bien de ne pas avoir terminé le livre en un an, parce que quand j’ai commencé à écrire, j’étais encore endeuillé et je n’avais écrit que sur les côtés héroïques de l’écrivain. Et quand j’étais sur la fin, je me suis rendu compte que le tout premier chapitre, sur les funérailles, avait une tonalité totalement différente des chapitres écrits plus tard. C’était très intéressant, comme dans la littérature grecque et les chants héroïques qui célèbrent la mort de héros, d’essayer de trouver le mot juste… Tandis que dans les chapitres ultérieurs, il n’y avait pas cet angle, pas ce sens de la célébration. Au fil du temps, je me suis senti moins contraint de me focaliser juste sur ça. Et si je l’avais écrit en un an, il n’y aurait eu qu’une face.

50 ans d’alcool, ça a forcément un impact sur le corps

C’est très intéressant d’avoir pris ce temps de l’écriture propre et pas d’un mode journalistique et factuel. Vous avez pris le temps d’affronter vos souvenirs, était-ce un genre de psychothérapie ? 

On m’a posé cette question « le procédé d’écriture vous a-t-il permis de travailler sur la relation ? ». Et j’ai répondu non, parce que nous avions fait des progrès avant sa mort. Donc de ce point de vue, ce n’était pas thérapeutique. Je pense que ça l’a été dans le sens de m’amener à comprendre que je n’avais pas besoin de le protéger. Enfant, j’ai appris à le protéger, comme tout le monde qui avait affaire à Hunter. Au fur et à mesure que le temps passait, j’ai avancé, et au fur et à mesure que j’avançais, je ne ressentais plus la même nécessité de ne présenter que certains aspects de lui. En fait ça avait l’air vraiment important de révéler… Je ne dirais pas tout, parce qu’il ne m’avait pas révélé tous ses aspects, d’inclure des mémoires et des faits qui ne le flattaient pas. J’ai décrit sa colère, ou plus tard dans le livre, son infirmité physique.

J’ai lu que la presse américaine et anglaise avait l’air choqué, mais c’est aussi la vérité et ça n’empêche pas HS Thompson d’être un grand écrivain…

Non, non, pas du tout !

C’est normal ! 

ça le rend humain. Et je pense vraiment, même si ça n’était pas mon propos d’insister sur la drogue et l’alcool, que c’était un aspect important de sa vie, et il me semblait nécessaire de  montrer le point auquel ça l’a affecté. 50 ans d’alcool, ça a forcément un impact sur le corps…

ça peut aussi affecter un génie, l’être humain. Et le rendre encore plus humain…

La grande tragédie, c’est que tout ça a affecté sa capacité à écrire. Et écrire est la chose la plus importante pour lui. C’est ce qu’il recherchait. C’était bien plus important que sa famille. Il n’accordait pas beaucoup d’importance à l’argent, sauf dans la perspective où il en avait besoin pour faire ce qu’il voulait, mais il se fichait de gagner de l’argent.

Il a détruit ses propres capacités en fait. C’es triste à voir, parce qu’il n’y avait rien à faire. 

C’est un mystère pour moi mais il a eu beaucoup d’opportunités de s’arrêter, et beaucoup de femmes lui ont posé des ultimatums « tu arrêtes de boire ou je pars », eh bien elles sont parties. ça ne l’intéressait pas de s’arrêter. Peut-être ne pensait-il pas que ça allait l’affecter. Je ne sais pas mais c’est un paradoxe et une tragédie. Je me demande s’il ne s’est pas sabordé, qu’aurait-il pu créer ? Je suis sûr qu’il se demandait ça aussi.

J’ai découvert qu’il m’était vital d’écrire pour quelqu’un d’autre

Quand vous avez écrit votre livre, pensiez-vous à quelqu’un ou quelque chose ? Avez-vous choisi d’écrire ce livre pour vous, votre famille, votre père ? Est-ce une combinaison de ces éléments ? 

C’est une excellente question ! Ce que j’ai rapidement réalisé, c’est qu’il n’y avait aucun intérêt à écrire pour moi. C’est une activité sans intérêt ! Pourquoi ferais-je ça, m’asseoir et me parler à moi-même ? Il y a des écrivains, c’est ce qui les motive ! Il n’y a pas de bonne ou mauvaise façon d’écrire, c’est juste une question de motivation. J’ai découvert qu’il m’était vital d’écrire pour quelqu’un d’autre, j’écris pour communiquer à quelqu’un d’autre quelque chose qui m’est important. C’est la seule manière pour moi de condenser, donner forme à ces pensées et ces mots, quand j’imagine m’adresser à quelqu’un qui n’a pas idée de ce dont je parle. Je ne pensais à personne en particulier, je n’écrivais pas pour ma famille, par exemple. Ecrivais-je pour Hunter ? Pas comme lui en tant que lecteur. Mais j’ai ressenti comme une obligation de finir le livre, c’était très important. Je me suis souvent dit « est-ce que ça vaut le coup? ». Mais quand je me mettais à penser ne pas le finir, je me disais « non, non, ce n’est pas une option ».  Je sentais juste que ce serait quelque chose que je regretterais profondément. J’avais le sens du devoir envers Hunter. Parfois, on me demande « que penses-tu qu’Hunter penserait du livre? » Et honnêtement, qui sait ? C’est très difficile de dire ce qu’Hunter penserait de quoi que ce soit. Mais j’aime penser que dans l’ensemble, il approuverait, il serait content que je l’aie fini, il serait contre que je sois honnête et que je n’ai pas essayé de le blanchir. Je pense qu’il aurait été déçu que je fasse ça.

Vous restez fidèle à Hunter, même en révélant des détails plus personnels, vous êtes resté fidèle à l’homme et à l’écriture en montrant combien l’alcool et les drogues l’ont détruit. C’est un hommage à l’homme et à l’artiste.

Je suis content que vous le perceviez ainsi ! Je voulais juste être honnête sur qui il était, aussi bien que je m’en souvienne. Et je pense que si on lui demandait, il ne dirait pas « oui c’est la bonne chose à dire », mais « c’est bon parce que je suis mort. Parce que si tu avais écrit ça de mon vivant, ça n’aurait pas été la même ». Il n’aurait pas été content du tout.

En écrivant, vous êtes-vous parfois dit « devrais-je dire ça » ou « qu’est-ce qu’Hunter penserait » ? Etait-il présent pendant votre écriture ? 

D’une certaine manière… Au bout d’un moment, l’alcool… ça détruit le système nerveux et les nerfs ne fonctionnent plus et on ne peut plus contrôler son corps aussi bien. Ce qui amène un effet secondaire, l’incontinence. Et c’était quelque chose dont il avait vraiment honte. Ce serait le cas de tout le monde !

Oui, bien sûr ! Et il avait l’air d’avoir mauvais caractère mais d’être fier. Et ça a dû être horrible pour lui, une des pires choses qui puisse lui arriver. C’est à la fois pas très grave et très humiliant.

Oui, c’est humiliant, exactement. Et j’ai pensé « ai-je envie d’en parler, de l’inclure ? » et je me suis demandé ce qu’il en penserait. Ce n’était pas indispensable, ce n’était pas mon leitmotiv du genre « s’il n’aimerait pas, je n’en parlerais pas », mais juste « comment se sentirait-il ? ». Mon sentiment à la fin était « non, continue, met le »… J’ai essayé d’être respectueux, de ne pas aller dans les détails, mais c’était important de le faire et je pense qu’il l’aurait voulu.

Je pense qu’il disait la vérité dans son écriture

Peut-être que l’homme aurait eu honte, mais que l’écrivain et le journaliste auraient vu les faits objectivables. Peut-être aurait-il dit « ok j’ai honte en tant qu’homme mais en tant que journaliste, je suis content que tu aies donné les faits ». 

Je pense effectivement, surtout dans la mesure où il n’a pas du avoir à affronter ça de son vivant. Et je pense qu’il disait la vérité dans son écriture. Je pense que c’est une part essentielle des raisons pour lesquelles il écrivait, de ce qui a fait de lui un grand écrivain. Ce puissant désir de dire la vérité, même si elle n’est pas populaire.

C’est comme s’il vous avait donné, ou lancé quelque chose « bon maintenant je suis mort, c’est ton tour, fais quelque chose » !

Oui ! Et je pense qu’il serait fier « hey tu as écrit un livre » ! Il en serait fier. Mais c’est drôle de constater qu’il faut qu’il soit parti pour que je puisse faire ça. C’est compliqué. Je pense qu’une des raisons pour lesquelles il s’est suicidé, c’est parce qu’il était évident qu’il ne pouvait plus écrire.

couv-thompson-gonzoJuan F. Thompson. Fils de Gonzo. Editions Globe.

 


And now, ladies and gentlemen, the « version originale », in english.

Enjoy and imagine Tara’s sweet french accent ! 

When did you feel like writing this book, how did it come up to your mind and how did you feel it was necessary to write this book ?

Hum, after my father committed suicide in 2005 there was a lot of media coverage. And one of the strangest thing was standing in the kitchen of our farm a few hours after, you know, he had died, his body was still there on the floor, and seeing a cross, hum a banner running across the bottom of the screen of a television saying Hunter S. Thompson is you know dead and… I mean that was very strange to see, how quickly it became a media event, and within 24 hours there was media trucks parked along the road and… And the kind of coverage that came out of it really focused on the Raoul Duke, the wild man persona.

The public person…

Yah, that, you know, for better of for worse, that became his public persona and I don’t think he really planned it that way, but it’s the way he got stuck with. And, that just really bothered me because it was uh… I think that persona is entertaining, is interesting, but I think ultimately it’s really irrelevant. You know, that has nothing to do with his writing and his contribution. So I felt that it was important to give another perspective, and then I had the idea I could write a book from my point of view. And then I figured the best way to do that was instead of trying to write a biography, that it would give the most sense not to even pretend to be objective you know, but to do as a memoire, so this is, it’s a story of you know my relationship, our relationship from my point of view and with my memories, right or wrong. And one interesting thing to realize is just how unreliable my memories are, they are so important that they influence you know… decisions and believes, and yet they’re really quite unreliable ! I think we just choose to remember, to keep memories or some of them, to discover others, just remembering things wrong or in wrong order, maybe things that didn’t even happen. So it’s really interesting to realize that you know a whole story about who my father was, may or may not be accurate, you know ! Uh… and then it took a lot longer than I thought it would. I’ve never written a book, I thought “well how hard could it be, it’s just a long article or something”…

It took you nine years or seven years to write it ?

Ten years ! Yah, I just did not realize how difficult it is to write something really long… So what I ended up doing was breaking it down, I would just write “okay, here is an event or a time, you know, write about that or write about something else” but not try to write them in any order… Once I had the vignettes, or pieces, I figured what to do with them. And between you know having a family and working a full-time job, and just sometimes not really want to work on a book ! It was hard ! I guess some writers, they look forward to sitting down and writing !

Yes ! Really, everyday I write and…

It’s fun ! I’d love to write, but no, I really don’t ! I don’t know who said it, but somebody said that “the best part of writing is having written” ! I think it’s so true. And that doesn’t mean it’s not rewarding, but I wouldn’t say I enjoy the process of writing, I don’t look forward to sitting down, it’s hard.

But maybe it was because the subject was a bit tough, because at the same time you wrote a memoire about a legend, a very important man, but at same time this important man was you father. So I thought this book was at the same time obviously a memoire, but also it’s a book about father and son, fatherhood and manhood, and the difficult relationship a father and a son can have even if his father is a genius of journalism and a great writer but he’s still a man… So it must have been a little bit tough for you to figure out what to say and how, and what was important or interesting or not…

Yes, yes… And I realized in retrospective that it was a good thing that I didn’t finish the book in a year, because when I started writing I was really in a full grieving mode, and I was really focused on the heroic aspects as a writer. And I realized when I was going over the final lines, I realized that the very first chapter I wrote, which was about the funeral, has a completely different tone than chapters I wrote later. Well that’s really interesting you know, it’s much more about – trying to figure out the right word – but you know, like in a greek literature the tone used, like a poem celebrating the death of a hero, you know… Hum, whereas in later chapters it was more… they didn’t have that bias, they didn’t have that sense of celebrating. As time went on, I felt less compelled to just focus on that. And if I just finished it that first year I think it would have been very one-sided.

Oh okay, so that’s very interesting that you took the time of your own writing and of your own memories, not only the very journalistic : “this happened, this happened” and so on. You really took the time to face your memories. Was it like a psychotherapy for you ?

Uh… You know one question I got was “did the process of writing the book help me work out the relationship ?”. And to that I say no, because we had come to a good place before he died. Hum, so in that sense it wasn’t therapeutic. I think what was therapeutic was the process of realizing that I din’t have to protect him. And as a child, you know, I learned and everybody in the house, everybody who dealt with Hunter, that was an explicit rule, you know, to protect him… And, as I got further, time passed, and I got further, I didn’t feel that same compulsion to only present certain aspects of him. And in fact it seemed really important to reveal, to talk about hum… I would say all of it because you know he didn’t reveal all of his aspects to me, but you know to include memories and events that were not flattering to him. I portrayed his anger, or especially later in the book, toward the end, you know his physical infirmity.

I saw people in the American press or English press seemed shocked, but it’s also the truth and it doesn’t prevent Hunter S. Thompson from being a great writer…

Not at all, not at all !

It’s just normal !

It makes him human though. And I really think – it wasn’t my intention to call out, you know, his drinking and drugs as a focus – but that was an important aspect of his life and I felt it was important to, you know uh, to tell the truth about how that affected him. Fifty years of drinking is gonna have an effect on your body…

And it can also affect the genius ! The human and makes them more human…

And I mean I really think the tragedy of that is that it affected his ability to write and writing was the most important thing in the world to him. That’s what he looked for. That was far more important than family. And you know he didn’t really value money except in the extent that he needed it to, you know, do what he wanted to do, but he didn’t care about accumulating money.

He destroyed his own capacity actually. This is really sad, just to see, because there was nothing to do.

Yes. And you know, one of the mysteries was, I mean he had opportunities to stop and many women along the way, you know presenting ultimatum like “you stop drinking or I leave”, well they left ! He had no interest in stopping ! And maybe he didn’t believe that it was going to affect him… I don’t know, but it is, it’s a paradox and a tragedy. I mean, I wondered what if he hadn’t undermined his self, what else could he have created, you know ? And I’m sure he wondered that too.

And when you wrote your book, did you think about somebody or something ? Did you choose to write this book for you or your family, for literature, for your father ? Is it a combination of all these ?

Oh, that’s a great question ! What I realized really quickly is that I had no interest in writing it for myself. Writing for myself is a pointless activity ! Why would I want to do that, why would I want to sit down and talk to myself ? You know, and I know some writers, that’s what motivates them ! And you know, there is no right or wrong to it, it’s just what motivates you. But what I found for myself is that it was vital that I write for somebody else, that I’m writing to communicate something that is important to me, to somebody else. Because that’s the only way that I can… hum… try to condense and shape those thoughts and words, when I imagine, I’m trying to communicate this to somebody else who doesn’t know what I’m talking about. And I wasn’t imagining a specific person, I wasn’t writing for you know my family… and it’s interesting, was I writing for Hunter ? Well, not for him as a reader. Hum, but I did feel an obligation to… I felt it was really important to finish the book, you know there was a long time or many times where I thought “god, do I… is it worth it ?”. But when I seriously think about not finishing it, it was like “no, no it’s not an option”. It just felt like it was something I would deeply regret. And, that part of it was this sense of obligation to Hunter to tell the story – you know some people ask me “what do you think Hunter would think of the book ?”, hum… I mean honestly who knows ? It’s very difficult to say what Hunter would think about anything… But I would like to think that overall he would approve, he would be glad that I finished it, and he would be glad that I was honest about and that I didn’t try to whitewash him and just portray a certain aspect. I think he would have been disappointed if I had done that.

Because you were faithful to him, even revealing these details you stayed faithful to the man he was and also to his writing, saying that he has been destroyed by drugs and alcohol. It’s like an homage to the man he was and to the artist he was. 

I’m glad you feel that way ! I just wanted to be honest about who he was to the best of my knowledge and ability. And I think if he was asked he wouldn’t  say “yes that was the right thing”, but he would say “yes, the right thing : because i’m dead” ! “Now if I had been alive while you were writing this that would have been a whole different deal !”, he would not have been happy about that at all !

While writing, did you sometimes wonder “should I write this” or “what would Hunter think” or… was he in your writing actually while you were writing ?

In a sense of you know when I think… an example is in the last couple years of his life, you know, the alcohol… it just starts to basically dissolve your nervous system, and so your nerves don’t work as well and you can’t control your body as well, and so that means one of the side effect is incontinence, hum and you know that was something he was really ashamed of, gosh anybody would be…

Yes, of course ! And he seemed to be quite moody, but very proud ! So this must have been the most awful thing that could affect him because it was at the same time not very serious but very humiliating.

Yes, yes humiliating, exactly. And I thought “oh do I want to talk, do I want to include that ?”, and you know I thought “how would he feel about that”, not that it was necessary, hum it wasn’t my guide in the sense of “oh he wouldn’t like that well I’m not writing it”, but just “how would he feel about that”. But my feeling at the end was “no, go ahead include that”, you know… And, I tried to do it respectfully, not going to descript the details, hum… but it’s important to include that and I think he would want me to include that.

Maybe the man could be a little bit ashamed, but the writer and the journalist would be “okay it’s a fact, so…”, so maybe he would have said “okay, I’m ashamed as a man, but as a journalist I’m happy that you get the real fact”.

I think so you know, as long as he didn’t have to be you know alive… hum, as long as he didn’t have to deal with this humiliation while he was alive.Yes, and I think you’re right, you know he was uh… I mean telling the truth, in his writing I think that was an essential part of why he wrote or what made him a great writer. That powerful desire to tell the truth even if that was unpopular one.

So, it’s as if he gave you, maybe throw something to you, “now okay I’m dead, it’s your turn, do something” !

Yah, yah ! And I think he would be proud, you know, “hey you’ve done a book” ! And I think he would be proud of that. But it’s funny that he required him to be gone for me to consider doing that. That’s uh… yah, it’s such a complicated area. You know I really believe that one of the reasons he chose to commit suicide is because it had become clear to him he could no longer write. I mean for years, even writing something short was really difficult and required other, couple of people to…

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