INTERVIEW express : John Rechy

Ecrivain culte, underground et américain, John Rechy reste peu traduit en France. La rentrée littéraire 2018 nous a donné l’occasion de découvrir, aux Editions Laurence Viallet, son roman « Numbers », initialement publié en 1967. 

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Comment avez-vous eu l’idée de ce livre ? 

J’étais retourné à El Paso, et j’ai fait un bref détour par Los Angeles dans ma nouvelle Mustang. Ma mère était venue avec moi rendre visite à ma soeur qui habitait là. Je séjournai dans un motel, mais j’ai passé le plus clair de mon temps dans Griffith Park, le parc du livre. Après ça, je suis retourné à El Paso et j’ai vu dans le rétroviseur le reflet de Los Angeles, avec des traits de soleil dans des nuages noir. C’était bizarrement biblique… J’ai attrapé le bloc note que ma mère gardait sur le tableau de bord et j’ai commencé à écrire Numbers en conduisant. 

 Quels sont vos sentiments pour Johnny ? Qui est-il pour vous ? 

Chales Casillo, un écrivain a écrit une biographie sur moi intitulée « Hors la loi : les vies de… » dans lequel il a condamné le caractère de Johnny Rio avec assurance en le décrivant comme égoïste, insensible, terrible, etc. Je désapprouve totalement. Oui, il est comme ça par moments, mais globalement, je ressens de l’empathie pour lui. Il est sous emprise au fur et à mesure que le livre se déroule, et son combat avec le Parc apparait comme futile. Il ne peut pas gagner contre le temps, (il vieillit), ou contre la mort (qui le poursuit sous la forme d’un homme étrange das une Cadillac qui le suit et lui dit « je pensais que tu me pourchassais ». Alors, oui, je ressens de la compassion pour Johnny dans son périple d’urgence… Une fois que le livre a été publié et que j’ai choisi de rester anonyme, je suis retourné au Parc et un type m’a rejoint. Il m’a dit que quelqu’un avait écrit un livre sur moi. Je lui ai demandé quel livre et qui l’avait écrit. Il m’a dit « ça s’appelle Numbers, par quelqu’un qui s’appelle… Mais ce n’est pas son nom, parce que personne ne voudrait écrire un livre pareil sous son vrai nom ». Incidemment, « L’Etranger » de Camus a influencé ce livre.

Qu’aimez-vous le plus dans l’écriture ? 

Je fais toujours beaucoup, beaucoup de brouillons dans tout ce que j’écris. Quand j’ai un « brouillon final », j’aime retourner dedans et d’affiner chaque effet que j’ai tenté. Dans « Numbers », au fur et à mesure que le livre progresse et que le Parc devient un piège pour Johnny, j’utilise une imagerie sombre et une prose nerveuse. J’aime affiner un personnage, également. Les premiers brouillons sont difficiles. L’exception a été « Numbers », que j’ai écrit en exactement 90 jours, en essayant de faire correspondre la frénésie du Parc-et-les-10-jours-de-Jphnny-Rio-sur-place. Réviser, ajuster, affiner, ce sont les meilleurs moments ! couv-numbers

Retrouvez la critique du livre sur l’Instagram de Bookalicious ! 


 

Et la V.O !

 

How did the story of this book came to your mind ? 

I had returned to El Paso, and I drove briefly toLos Angeles in my new Mustang.  My mother came with me to visit my sister who lived there.  I stayed in a motel; but I spent most of the time in Griffith Park, the park in the book.  After that, I was returning to  El Paso, and I looked in the rear-view mirror  a distant reflection of Los Angeles, slashes of sunshine and dark clouds. It was oddly like Biblical City that I was leaving..  I reached for a writing pad, my mother held it on the console, and I began to write « Numbers »  as I drove.         

 What are your feelings for Johnny ? Who is he for you ?

Charles Casillo, a writer, wrote a biography of me titled « Outlaw:  The Lives of …. »  In it, he excoriated the character of Johnny Rio very assertively, as selfish, insensitive, awful, etc.  I disagree strongly.  Yes, he is that at times, but overall, I feel great empathy for him.  He is driven powerfully as the book progresses and his battle with the Park looms as futile.  He can’t win against time (aging) or against death (which is in pursuit and in the form of the strange man in a Cadillac who follows him. and says to Johnny, « I thought you were following me. »  So, yes, I feel compassion for Johnny in his urgent journey….  After the book was published and I chose to remain anonymous, I went back to the park and a man drove up to where I was.  He told me somebody had written a book about me.  I asked him what book and who had written it.  He said, « It’s called Numbers, by someone called ….  But that isn’t his name, because no one would write a book like that and use his real name. »…  Incidentally, Camus’s « The Stranger » influenced that book.     

What do you like most in writing ? 

I always go through many, many drafts in anything I write.  When I have a « final draft, » I love going back into it and refining every effect I attempted.  The prose, yes  In « Numbers, » as the book progresses and the park becomes a trap for Johnny, I used dark imagery, urgent prose.  I love refining a character, too.  The first drafts are difficult.  The exception was « Numbers »–which I wrote in exactly 90 days, trying to match the frenzy of the park’s–Johnny Rio’s–10 days there.  The act of revisions, adjustments, refinements–that’s the best part.