INTERVIEW Eric Vieljeux – 13e Note Editions : « The rock is easy but the roll is something else »

A l’annonce de la suspension des publications de 13e Note Editions pour une durée indéterminée, nous avons réagi :  nous continuerons à défendre cette maison, toujours. Parler de ses livres, de ses auteurs, de son univers si unique dans le paysage littéraire français. Passé le choc, nous avons également voulu en savoir plus, connaître l’état d’esprit de leur dirigeant et créateur, Eric Vieljeux. Sans langue de bois, mister 13e Note répond à nos questions.

13e Note Editions en berne : comment une telle situation est-elle arrivée ?

Nous aurons vécu en fait 6 années chroniquement déficitaires (1 de préparation et 5 de production), et j’ai repoussé cette échéance à laquelle je pensais déjà en 2012, jusqu’à ne plus pouvoir supporter ces charges. 5 années de ventes marginales, d’auteurs et de livres passés inaperçus pour l’essentiel, à l’ombre. La littérature étrangère coûte cher à produire,les charges afférentes à une maison d’ édition taille « peanut » sont démesurées : la diffusion/distribution ratisse 54% du prix du livre hors taxe et tutti quanti. Mais j’avais fait le choix de faire les choses au mieux de nos moyens du moment, de rester indépendant et de ne pas faire de polars qui me rasent mais font souvent de grosses ventes. Je n’aurais pas dû lancer la collection « Pulse-poche » avec des inédits, qui s’est avérée être un deuxième gouffre, ni publier tant d’auteurs jamais présentés en France ( 60% du catalogue ).

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Concrètement, quel est l’avenir envisagé pour la maison 13e Note ? Y a-t-il un espoir de la voir publier de nouveaux titres un jour ?

L’avenir en vérité est sombre. On a beau recoudre une pièce de tissu déchirée, ce n’ est plus la même. Avec Adeline et Patrice qui ont porté cette maison, nous avions trouvé un motus operandi basé essentiellement sur le plaisir de collaborer ensemble, même si des moments de tension sont inéluctables. Je suis navré de devoir me séparer d’ Adeline et Patrice dans cette période transitoire. C’ est ce que dit Keith Richards : the rock is easy but the roll is something else. Maintenant un partenaire solide peut se manifester, reprendre le catalogue, mais ce sont les ressources humaines qui comptent, et elles sont rarement inclues dans un deal de reprise. Araignée du soir, espoir…

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Pensez-vous qu’il existe un réel marché, même de niche, pour ce genre  de littérature ? Le style ne finit-il pas par s’essouffler ?

Comme au premier jour je maintiens qu’il y a un lectorat pour ce genre littéraire… Je ne l’ ai pas trouvé ce qui ne signifie pas qu’il n’existe pas. Nous avons démarré trop fort sur le tempo sex and drugs restricteur qui nous marque encore aujourd’hui. Ce que vous appelez  « le style » ne peut s’essouffler tant il est vaste comme l’est la nature humaine… Fiction, non-fiction, voyages, journalisme littéraire. Cette année devait être l’ année où nous emmenions les lectrices et lecteurs en voyage : Tchétchénie,Afghanistan, et à nouveau au Mexique puis au Chili et dans le sud des Etats-Unis.

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Que va-t-il advenir de ces écrivains, dont le lectorat est majoritairement français ? 

Ils vont continuer d’ écrire et mon seul souhait est qu’un éditeur les signent. C’est aussi la raison d’être de ces 2 anthologies cuisinées dans l’urgence. Et s’ il s’ avère que nous devons fermer cette maison, les auteurs récupèreront leurs droits. Nous les avons informés.

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Quel est le bilan de ces années 13e Note ?

Hormis le volet financier, il est formidablement positif et m’aura comblé de joies et de plaisirs… Celui de partager un texte avec des lecteurs qui l’apprécient et vous le font savoir, celui de dialoguer avec tous ces auteurs, de les rencontrer et passer du temps avec eux, celui d’avoir des collaborateurs qui dépassent mes attentes, celui de chercher un auteur pendant parfois presque un an, James Fogle le drugstore cowboy en prison à Portland, Kent Anderson reclus au Nouveau Mexique, Jake La Motta terré à NYC et tant d’ autres. Celui d’ offrir des bonus tels Michael Connoly pour Jesse Sublett, Robert Crumb pour JR Helton, James Frey pour Tony O’Neil, James Crumley via sa veuve pour Joel Williams, les filles de FX TOOLE pour leur défunt père, EM Williamson pour Richard Burgin ou Larry Fondation pour Barry Graham ,Jerry Stahl pour Patrick O’Neil. Toujours spontanément et généreusement offerts à ces auteurs par leurs compañeros.

Enfin celui de faire un vrai travail éditorial puisque plusieurs de nos titres n’ ont pas d’ équivalent dans leur langue originale… LE DERNIER DES DAMNÉS, UNE VIE EN NOIR, HOLD UP, AU TEXAS TU SERAIS DÉJÀ MORT, MADE IN CANADA, L’ ÉCUME DES FLAMMES, PAS DE SAISON POUR L’ENFER, NOTRE DAME DU VIDE, REGARDE LES HOMMES MOURIR et d’autres relèvent tous d’ un travail avec l’auteur portant sur la sélection de ses textes, leur agencement, illustrations etc., et n’ existent que que dans notre édition. Cela a toujours été notre objectif d’ offrir un vrai moment de plaisir ou de réflexion par la lecture à un prix raisonnable. JOB WELL DONE. Je resterai fier de tous ces auteurs qui nous auront fait confiance, et fier de l’ équipe qui m’a entouré et sans qui ces livres n’existeraient pas.

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