[INTERVIEW] CLAUDINE JACQUES “j’ai une véritable passion pour mon pays”

Publiée depuis plus de 25 ans, Claudine Jacques fait partie des voix de la littérature de Nouvelle-Calédonie. Romancière prolifique, elle accorde également une importance particulière à la nouvelle. Dans ses textes, elle met en scène la culture Calédonienne, son fonctionnement, ses difficultés, tout ce qui forge la richesse d’une culture que nous connaissons mal, en France. Très investie dans la vie culturelle de son pays, Claudine Jacques est à l’origine de nombreuses initiatives littéraires, festivals, rencontres, ateliers d’écriture…

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ? 

La lecture, sans doute. J’ai appris à lire très tôt, alors j’ai lu, lu tellement, qu’enfant, c’était la seule punition que je redoutais, perdre cette autorisation, je cachais des livres partout pour ne pas en être privée. Et puis j’ai compris que je pouvais écrire, on lisait mes rédactions à haute voix, d’année en année, puis mes dissertations. Je savais que c’était ma voie. 

Vous écrivez beaucoup de nouvelles, qu’est-ce qui vous plaît dans ce genre littéraire ? 

La magie de la nouvelle, c’est sa concision. L’unicité de l’action. Un final en apothéose. Et puis j’aime le temps alloué à l’écriture d’une nouvelle, beaucoup plus court qu’un roman qui s’étale dans le temps, et souvent plus intense. 

Qu’est-ce qui vous inspire dans la société Calédonienne ? 

Tout et tous. J’ai une véritable passion pour mon pays et son parcours identitaire. 

La Nouvelle-Calédonie est une « collectivité française », mais que savons-nous de la réalité qui s’y passe ? 

De loin, c’est toujours difficile à appréhender. Si je regarde les informations télévisées et que j’apprends ce qui se passe dans le monde, je n’ai qu’une idée partielle de la réalité. Il en est de même pour le regard extérieur posé sur notre pays, la NC est très complexe à saisir. Revendication d’indépendance par le peuple premier, oui mais pas par tous les océaniens, revendication d’appartenance à la France, oui mais dans le respect des spécificités insulaires. Nous vivons tous ensemble et nous avons un destin commun à imaginer. Nous essayons de nous focaliser davantage sur ce qui nous rassemble que sur ce qui nous sépare mais les vieux démons de la discorde dinent encore à nos tables. 

Vos nouvelles sont-elles une manière de montrer cette réalité ? 

Je m’intéresse à ce qui nous fait mal, à ce qui nous tue. Les violences faites aux femmes dans notre société, pour ce qui concerne plus précisément Caledonia Blues, toutes les injustices, et surtout le moment précis où tout bascule. Ce glissement qui fait que rien ne sera plus jamais comme avant.  

Caledonia blues. Claudine Jacques. Editions Au vent des iles