[INTERVIEW] Blandine Fauré – programmatrice : “Le festival Effractions entend mettre en avant la diversité des écritures du réel”

C’est un nouveau festival littéraire qui voit le jour en 2020, à la Bibliothèque Publique d’Information du Centre Pompidou, à Paris. Du 27 février au 1er mars, rencontres, débats, ateliers se succèdent autour de l’exploration des liens entre littérature et réel en confrontant des écrivains à des thématiques et des questions sociétales. Blandine Fauré en est la programmatrice et la pilote.

Le festival Effractions, qu’est-ce que c’est ? Comment est-il né ? 

Effractions est un festival de littérature contemporaine qui vise à mettre en avant l’actualité littéraire tout en explorant les liens entre littérature et réel. Porté par la Bibliothèque publique d’information, ce projet a été mûri de longue date avant de pouvoir se concrétiser. En éclairant la façon dont les écrivains s’approprient les problématiques actuelles dans l’écriture, la Bpi est en cohérence avec son identité de bibliothèque d’actualité tournée vers les débats contemporains. C’est un temps fort qui conforte aussi son rôle dans la valorisation de la littérature, puisque la bibliothèque a déjà une programmation littéraire tout au long de l’année. 

Nos choix de programmation reflètent également la façon dont la littérature peut se situer à la croisée d’autres disciplines,

Quels sont les axes de sa programmation, son positionnement ? 

Le festival Effractions entend mettre en avant la diversité des écritures du réel, au-delà de la question des genres littéraires, et au-delà notamment de la frontière entre fiction et non-fiction. Aujourd’hui, la question du réel est présente tout autant dans des romans, avec des écrivains qui se saisissent de la fiction pour donner à lire notre monde, que dans des livres de non-fiction et des documentaires littéraires notamment. Il y a une réelle hybridité des formes que l’on constate parfois dans des textes qui sont donnés à lire comme des « romans » mais qui sont à mi-chemin entre le documentaire, le témoignage, l’autofiction ou même l’enquête romancée ou poétique… Ce qui nous intéresse, outre la qualité littéraire qui est un critère sur lequel le comité de programmation ne transige pas, c’est vraiment la façon dont les œuvres donnent matière à penser ce lien viscéral entre littérature et réel, comment elles explorent la porosité de la frontière entre réalité et fiction.  Pour la première édition, nous recevons donc autant des romanciers comme Vincent Message, qui revendique la forme romanesque comme moyen d’exploration du réel, que Kapka Kassabova, autrice écossaise d’origine bulgare qui écrit surtout de la non-fiction, et qui est considérée comme héritière de Svetlana Aleksievitch.

Ce qui pourrait être notre signature, c’est la façon de recevoir les auteurs et d’aborder les livres, nous voulions que cela corresponde à notre orientation générale.

Quelles sont les thématiques que vous allez explorer, avec les invités de cette année ? 

Le spectre des thématiques abordées lors du festival est large : les questions sociales et économiques sont très présentes, que ce soit par le prisme du monde du travail (Vincent Message, Cora dans la spirale), des violences et injustices engendrées par nos organisations sociétales (Guy Gunaratne, Au rythme de notre colère, Sylvain Pattieu, Forêt-Furieuse ou Arno Bertina, L’Âge de la première passe) ou même à travers les questions de fracture culturelle et sociale (Eric Chauvier, Laura) ou de réflexion métaphorique sur les dérives politiques (Martin Mongin, Francis Rissin). La question environnementale sera très présente également, soit comme toile de fond de textes qui nous ouvrent à d’autres cultures et à d’autres modes de rapport à la nature (Bérengère Cournut, De pierre et d’os, Nastassja Martin, Croire aux fauves, Anne-Sophie Subilia, Neiges intérieures) soit par des fictions qui illustrent et approfondissent la théorie de la collapsologie (Antoinette Rychner, Après le monde). Il y a aussi les auteurs qui nous font réfléchir sur l’histoire ou la mémoire (Laurent Binet, Marie Cosnay, Hélène Gaudy…), ceux qui nous plongent dans les lieux d’ultra-contemporanéité (Valérian Guillaume) ou de résistance (Olivia Rosenthal). Et la question bien évidemment du féminisme avec une table ronde sur le thème d’écrire après #Metoo. Nous consacrerons aussi une table ronde au thème des écritures du réel, afin d’éclairer cette question d’un point de vue littéraire. Nos choix de programmation reflètent également la façon dont la littérature peut se situer à la croisée d’autres disciplines, sociologie, anthropologie, sciences avec des formats « Collusion » qui font dialoguer un auteur et un spécialiste d’une autre discipline. 

Quelles sont les événements forts qui vont jalonner ce festival, ce qui selon vous va faire sa signature ? 

De mon point de vue, toutes les rencontres sont intéressantes car nous avons aimé tous les livres qui vont être mis en avant ! Ce qui pourrait être notre signature, c’est la façon de recevoir les auteurs et d’aborder les livres, nous voulions que cela corresponde à notre orientation générale. Aussi, les différents formats sont pensés en fonction de la thématique du réel : il y a les « chantiers de fouille » où un auteur nous invite à sa table de travail (documentation, genèse du texte, intentions…), les « revues de presse » de l’écrivain, où ils vont évoquer leur rapport à l’information et à la presse ; les « regards croisés » qui sont des tables rondes de plusieurs écrivains autour d’une thématique donnée ; et les « collusions » dont je parlais plus haut, qui rassemblent autour d’un texte un écrivain et un spécialiste d’une autre discipline, scientifique, artiste, universitaire,  sociologue… Nous avons la chance par exemple de recevoir Jacques Testart pour un dialogue avec Emmanuelle Pireyre autour de son roman Chimère, ou bien Mona Chollet qui interviendra à propos du roman de Vincent Message Cora dans la spirale. Il ne faudra pas manquer également, en ouverture du festival, la lecture par Bérengère Cournut de son roman De pierre et d’os, qui sera accompagnée pour la première fois par Philippe Le Goff, compositeur et artiste spécialiste du Grand-Nord. En exclusivité également, la lecture musicale par Amandine Dhée d’A mains nues, accompagnée au violoncelle par Timothée Couteau. Et puis des grands entretiens, avec Maylis de Kerangal, Regis Jauffret ou Laurent Binet. 

 A écouter !  

A l’occasion du festival Effractions, le webmagazine de la BPI proposera une série de podcasts appelés “Réelles Fictions”. Composée de 5 épisodes, cette série de podcasts se base sur les 5 ouvrages en lice pour le Prix Effractions de la Société des Gens de Lettres.

Disponibles sur Soundcloud et YouTube (ainsi les autres plateformes de podcasts), les épisodes mettront en lumière :

10/02 : épisode 1 Les Furtifs d’Alain Damasio, animé par Cyril avec Thierry Paquot (philisophe de l’urbain)

17/02 : épisode 2 Avant que j’oublie d’Anne Pauly, animé par François avec Pierre-Louis Fort (professeur de littérature à l’université de Cergy) 

24/02 : épisode 3 Cora dans la spirale de Vincent Message, animé par Floriane avec Catherine Marry (sociologue spécialiste du travail et études de genre)

02/03 : épisode 4 Francis Rissin de Martin Mongin, animé par Marina avec Philippe Guazzo (librairie, le comptoir des mots dans le XXe)

09/03 : épisode 5  Un monde sans rivage, d’Hélène Gaudy animé par Inès avec Adrien Genoudet (chercheur en histoire visuel)