[INTERVIEW] Aurélie Olivier : Festival Littérature etc.

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Il y a les surprises, il y a les rencontres, il y a les découvertes, il y a les verres entre deux concerts, ou pendant, il y a les… Oui, nous parlons bien de festival. Oubliez votre tente et votre coupe-vent, nous vous invitons à découvrir les coulisses d’un festival littéraire : Littérature etc. ! Scoop : nous serons partenaires de ce festival indépendant à Lille (et dans toute la région) et avons posé quelques questions à sa tête pensante, l’infatigable Aurélie Olivier. 

 

Comment avez-vous eu envie de créer des festivals littéraires ? Pourquoi ?

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Le premier festival Littérature, etc. (Littérature, love, etc.) concentrait de nombreuses envies. Parmi celles qui sont avouables, majeures et conscientes, il y avait celle d’inviter des auteur.e.s dont j’aimais les textes mais qui n’étaient pas invités à Lille, celle de créer des dispositifs de rencontres qui soient du côté de la chaleur et qui liquident cette idée selon laquelle la littérature contemporaine serait la chasse gardée de l’élite et de l’ennui… Des dispositifs sans dissonance avec les textes qu’il s’agissait de faire circuler, en fait. A l’époque, je me demandais pragmatiquement pourquoi j’étais souvent la plus jeune personne à assister aux lectures des textes qui me galvanisaient et pourquoi je n’y rencontrais pas les personnes qui assistaient aux concerts ou au projections auxquelles j’assistais également moi-même…

Quels sont ces festivals, leurs particularités, leur identité respective ?

Chaque festival est lié à un thème qui pendant presque un an est l’occasion de diriger mes lectures (ou de nourrir mes obsessions…). De ce thème découle une sélection de textes, des invitations d’auteur.e.s, des personnes qui vont délier leurs langues, le travail des comédiens, une sélection de courts-métrages, de groupes de musique, l’imagination de soirées sur-mesures, la prise de contact avec des lieux partenaires, une identité graphique… Chaque rencontre débute par une lecture qui permet de prendre la température du texte dont on parlera ensuite. En 2016, on a travaillé sur Littérature, Apocalypse, etc. Le prochain thème est Littérature, hors-normes, etc. Avec ce thème, l’idée est de faire circuler des textes qui tentent d’en découdre avec la douleureuse fiction engendrée par les normes dominantes. Parmi nos heureuxse invité.e.s, il y aura entre autres Maryam Madjidi et Nina Yourgekov sur le sentiment d’être étranger, Geneviève Peigné et Mary Dorsan sur le milieu médical, Simon Allonneau et Sophie G. Lucas sur l’enfermement, Chloé Delaume, la musicienne Kinoko, l’autrice DJ Anne Laure Jaeglé et le collectif de la nouvelle revue Sorcières pour une Nuit des Sorcières à la médiathèque de Lille, Emmanuelle Guattari, sur l’expérience inouïe de grandir à La Borde, cette endroit imaginé par son père où les soignants et les fous vivaient ensemble, une soirée autour de la musique hors-normes avec Manon Labry qui a écrit sur les géniales riot grrrl et Maxime Delcourt sur le rappeur américain 2pac, l’inouï groupe de rap Dykes sbires, une soirée autour de la dernière performance d’Emmanuelle Pireyre intitulée Chimère, une soirée anticonformises avec les détonnants Gaëlle Obiégly et Philippe Artières et la projection du dernier film sur la grande Grisélidis Réal, une soirée queer avec plein de courts-métrages chauds et poétiques et Wendy Delorme avec Insurrection en terrioire sexuel et Rachel Easterman-Ulmann qui proposera l’un de ses tests de personnalités au public, un brunch avec les tradructrices de bell hook et de Liv Strömquist qui ne pensent pas du tout du tout que le masculin l’emporte sur le féminin, (…) une soirée avec Valentine Gallardo et Mathilde Van Gheluwe qui dessinent la manière dont les angoisses tues des adultes pèsent sur les enfances, et une après-midi jeunesse avec une illustratrice dans la superbe médiathèque de Roubaix…

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Comment se passe la structuration d’un événement de ce type, de l’idée à l’inauguration ?

Des lectures, des lectures, des lectures. Parmi elles des textes puissants qui nous donnent envie de trouver de l’argent (si jamais, on cherche toujours des mécènes aimant.e.s) qui permettra de démultiplier l’explosion des neurones et de réunir les énergies magiques qui créeront l’éclairage idéal pour chaque rencontre. En 2016, Pascaline Mangin, qui a dirigé l’Escale du Livre à Bordeaux et le Centre Régional du Livre de Franche Comté, a rejoint Littérature, etc. En plus d’être une grande lectrice, elle a énormément contribué au développement (jusqu’à lors un brin anarchique) du festival qui de 2013 à 2017 est passé de 3 jours à Lille à 1 mois de programmation dans toute l’ex région Nord-Pas de Calais !

Comment choisissez-vous les participants à un festival ?

Des lectures, des lectures, des lectures (mais en vrai, jamais autant que je voudrais). Et puis le désir partagé des deux côtés, évidemment.

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En quoi le festival est-il plus intéressant, plus porteur qu’un salon ?

Si toutes les soirées du festival sont accompagnées par une librairie indépendante, la rencontre n’est pas centrée sur la vente du livre. Il n’y a pas si longtemps, pour des raisons économiques, je ne lisais pas de livres grands formats hors ceux empruntés à la bibliothèque ou acheté chez les bouquinistes. Un salon du livre n’aurait pas eu beaucoup d’intérêt pour moi et pourtant j’imagine que mes pratiques de l’époque ne sont toujours pas marginales pour nombre de lecteurs…

Pensez-vous que l’avenir de la culture, et en particulier de la littérature, soit dans l’interaction, la rencontre avec les artistes ?

Pas uniquement et ça dépend des moments. Ce serait mentir de nier le plaisir à traîner au lit avec pour seule compagnie des livres partout autour. Mais comme le plaisir est fait pour être partagé et que les tailles des lits sont standardisées…

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Chaque édition de festival est-elle un genre de nouveau défi à relever ? Financier, bien sûr, mais aussi au niveau des concepts, des artistes à inviter, etc. ?

Oui, comme on change de thème à chaque fois et que les auteur.e.s invité.e.s sont diablement singuliers, chaque festival a son lot d’équations à résoudre. De toute façon, la répétition de gestes mécaniques, je ne saurais pas faire sans être malheureuse.

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Et vous, votre parcours, vos idéaux, vos aspirations, vos motivations, vos projets, vos folies ?

Enfant, je lisais les livres France Loisirs pour adultes qui arrivaient à la maison tous les mois. Puis, dans mon collège à la campagne, j’ai dévoré une bonne partie des livres du CDI (Jean le documentaliste, si tu me lis, merci d’avoir été là!). J’ai commencé à travailler en librairie à 18 ans, l’été. A l’époque, je lisais Breton et avec mes ami.e.s du lycée, on se déclarait surréalistes. J’ai découvert la littérature contemporaine en ouvrant des cartons et en rangeant des rayons. Pas la plus intéressante, au début. Mais j’ai toujours eu la chance de rencontrer des personnes qui m’ont mis de bons livres entre les mains. J’ai souvent eu envie d’arrêter mes études, mais j’ai finalement obtenu un Master 2 métiers du livre à Paris X. Depuis 7 ans, j’ai fait plusieurs métiers (diffuseur pour éditeurs indépendants, chargée d’économie du livre, conceptrice-rédactrice, community manager pour un réseau social de lecteurs..) que j’ai souvent appris sur le tas mais qui avaient pour point commun de mettre en lumière des textes qui me semblaient importants. En ce moment, parallèlement à Littérature, etc., je travaille avec Jean-Max Colard sur un nouveau festival dédié à la littérature hors – livres qui se déroulera du 6 au 10 septembre au Centre Pompidou.

Pour mes futurs projets qui je l’espère seront des folies, de celles qui ont la sérénité du long cours, j’ai déjà quelques envies, mais j’y réfléchirai à tête reposée fin octobre, après Littérature, hors-normes, etc. !

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