[INTERVIEW] Aminder Dhaliwal : “je voulais décrire le genre masculin comme un cheveu sur la soupe

Barrée, décalée, pertinente, l’illustratrice canadienne Aminder Dhaliwal imagine, avec son premier roman graphique, Woman World, une utopie féministe loufoque et pertinente. Dans un futur proche, les hommes ont disparu. Et avec eux, la violence, les guerres, l’oppression. Enfin tranquilles !

Comment vous est venue l’idée de “Woman World” ?

Tout a commencé en 2017, quand je suis allée à une marche des femmes avec des amies. C’était une période tendue mais une journée très sympa. Nous avons vu des tonnes de pancartes qui disaient “The Future is Female” (le futur est féminin), et c’est là que l’idée est venue. Elle a persisté jusqu’à ce que je finisse par dessiner la première BD. Initialement, je voulais faire plusieurs BD sur cette idée, mais quand ça a démarré, j’ai continué à poster et explorer le monde et les personnages.

Quel est le message qui sous-tend votre travail ?

Quelque part existe l’idée que les féministes sont des femmes qui “haïssent les hommes” et “veulent s’en débarrasser”. Je ne sais pas d’où vient cette haine, mais je voulais m’en saisir. Oui, le message implicite de Woman World est, bien sûr, le féminisme, mais je voulais faire une bande dessinée légère avec une approche compréhensible du féminisme.

Qu’est-ce que ça fait d’imaginer un monde sans hommes ?

La partie la plus difficile dans le fait d’imaginer un monde sans hommes, c’est le point auquel c’est compliqué. Tellement de choses changeraient dans notre monde actuel par cette simple différence de population – avant même de commencer à prendre les questions de genre en considération ! La majeure partie des femmes de Woman World n’ont jamais connu les hommes, je voulais donc décrire le genre masculin comme un cheveu sur la soupe. Les personnages de la BD sont perturbées par des événements du passé (la Fête des Pères ?), des produits (il y a une différence entre les rasoirs pour femmes et pour hommes ?), et des différences culturelles (Paul Blart doit être la version idéalisée du genre masculin). C’est drôle pour le lecteur, qui connaît toutes ces références du 21e siècle.

Quelle serait votre description du féminisme ?

La même que pour tout le monde ! L’égalité des droits de tous et toutes

Travaillez-vous sur un nouveau projet ?

Je suis actuellement en train de travailler à une BD avec des Cyclopes, sur Instagram, qui s’appelle Cyclopedia Exotica. Elle me permet d’explorer la question des problématiques de minorités par le prisme des cyclopes. C’est sur mon compte Instagram !

Woman world. Aminder Dhaliwal. Traduction de Clémentine Beauvais. Editions La Ville Brûle

Aminder Dhaliwal, à l’honneur du podcast spécial littérature féministe !