[FEATURING] Emily Vaquié, de Café Powell : Les livres & Moi

10353465_854342581304810_7884757178326282818_oIl y a quelques semaines, Tara répondait aux chouettes questions d’Emilie Vaquié pour le très bon webzine culture Café Powell (dont dépend aussi le très bon The American Break). Aujourd’hui, Emily nous parle de son rapport à la lecture

 

Je suis née dans une famille de lecteurs : sur l’album de ma naissance, mes deux parents avouent bien volontiers, entre un intérêt pour les puzzles, le modélisme ou la chorale, leur passion pour la lecture. Il y a peu, mon père a même confessé avoir installé tout un couloir de bibliothèques dans notre maison afin, peut-être, de susciter de l’intérêt chez ses deux filles. Je me souviens, enfant, avoir laissé courir mes doigts sur le dos de ces livres, m’étonnant de la récurrence des « J’ai lu » et autres « Livre de poche », mes parents étant visiblement adeptes de ce format bien pratique…

J’ai bientôt voulu partager cette passion pour l’écrit : on me promit qu’une fois entrée au CP, le grand secret me serait révélé. Je pensais qu’au terme de la rentrée, je serai porteuse d’un nouveau savoir tout neuf à étrenner le soir même avec les livres parentaux. Ce ne fut bien sûr pas le cas et je sortis de cette première journée à la grande école en larmes. A ma grand-mère, inquiète, qui me demandait ce qui n’allait pas, je répondis en sanglotant que je ne savais toujours pas lire… Quel drame !

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Bien sûr, j’appris en réalité bien assez tôt, pour ne jamais m’arrêter. Dès sept ans, j’avais ma propre bibliothèque dans ma chambre : le luxe ultime ! Dédaignant les livres d’enfance de mes parents – jugés trop « ringards »… pensez-vous, les héros avaient des noms de « parents » ! -, je me plongeais avec délice dans la production éditoriale jeunesse des années 90, faisant feu de tout bois…  Harry Potter fut à l’époque mon premier coup de cœur. Jamais je n’ai retrouvé depuis cette sensation délicieuse d’être face à un livre cristallisant tous mes désirs littéraires… L’enfant de huit ans que j’étais alors venait d’asseoir définitivement sa passion pour les livres.

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Arrivée au collège, je fis de la bibliothèque de la ville mon quartier général : je crois qu’en quelques années, je fis le tour du rayon jeunesse et adolescent car, bien sûr, mon argent de poche ne suffisait pas à assouvir mon besoin toujours grandissant de lecture ! Sur une pique de ma grand-mère maternelle, je décidai en 2003 de comptabiliser scrupuleusement le nombre des livres lus. « Tu participes au concours de boulimie de lecture ? » me dit-elle, vaguement moqueuse. Sur un cahier, de mon écriture encore enfantine, j’inscrivis donc avec soin « record du monde de boulimie de lecture » en haut de la première page avant de commencer à compter pour de bon chacun des livres lus. Douze ans plus tard, je continue : jamais je ne me serais crue capable d’une telle discipline ! C’est avec une certaine émotion que je relis maintenant les lignes à l’encre déjà un peu passée. J’aime redécouvrir quels livres ont compté un jour pour moi, et les relier avec des moments importants de ma vie. Ainsi, je peux dire que Patricia Cornwell a bercé l’été de mes douze ans, qu’Anne Rice et Robin Hobb, dans des genres très différents, ont été les révélations de mon année de première, que je lisais Une pièce montée de Blandine Le Callet quand j’ai commencé à fréquenter celui qui deviendra très bientôt mon mari (roman de circonstance, en réalité !) ou encore que j’avais le nez dans De l’eau pour les éléphants quand je m’apprêtais à emménager dans notre tout premier appartement. C’est avec une émotion non dissimulée que je feuillette ce cahier, qui a survécu à pas moins de trois déménagements, à mes années collège, lycée, fac ! Quand le souvenir s’émousse, je peux voir ce que, dans la marge j’ai écrit au sujet d’un livre lu des années auparavant.

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A la lecture de ce cahier, je peux dire que de nombreux livres ont marqué ma vie de lectrice : je remarque cependant que, depuis la fin de l’adolescence, ils semblent moins nombreux à me toucher en plein cœur. Ai-je entre temps aiguisé mon esprit critique, suis-je devenue blasée ? Difficile de trancher. Cependant, une chose est certaine : au fur et à mesure que je noircissais les pages de ce cahier, les livres s’installaient toujours plus durablement dans ma vie, au point de me détourner de mon projet professionnel initial… Travaillant désormais (avec bonheur !) dans l’édition et chroniquant mes lectures avec enthousiasme sur la toile, je suis, et pour toujours je l’espère, une lectrice chaque année plus passionnée…

Emily Vaquié

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