[FEATURING] Déborah Larue, de Spanky few : Mes livres

11118066_10153006865198071_1711158848_nAprès son passage sur Spanky Few pour parler des maisons d’édition indépendantes, Tara m’a demandé de lui parler de ma perception de la lecture et d’un de mes coups de cœur littéraire. Pas si facile de parler de soi quand on a l’habitude parler des projets des autres. Surtout quand on doit parler de quelque chose qui nous tient autant à cœur que les livres. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé lire. Et plus que cela, le livre en tant qu’objet m’a toujours fasciné.

Ça a commencé vers l’âge de six ans, quand ma mère a installé sa vieille collection de Club des Cinq dans ma chambre. Impatiente de pouvoir lire, j’en ouvrais un hasard, écoutais le craquement de la couverture en carton qui s’ouvrait. Je plongeais mon nez dans les pages brunes pour en renifler l’odeur. Un univers s’ouvrait à moi. Qu’allait-il se passer dans ce livre ? Est-ce que Claude et Dagobert allaient résoudre le mystère ? Quand j’ai eu finis la collection des Club des Cinq, je suis allée voir ma mère l’air de dire « qu’est ce que je fais maintenant ? »

Alors elle a installé ses vieux Alice, détective et je suis passée de la Bibliothèque Rose à la 1967_quine_alicedetectiveBibliothèque Verte. Et puis un jour, j’ai terminé les Alice. C’est à peu près à ce moment-là que ma boulimie de lecture a commencé. Je dévorais tout ce qui me passait sous la main, même les Nous Deux de ma grand-mère y passaient. Les bibliothécaires me connaissaient et savaient quoi me mettre de côté. Je puisais dans les stocks de ma grand-mère, fidèle abonnée à France Loisirs. Là encore, tout y passait. Les romans à l’eau de rose où John quittait Courtney pour Diana, les sagas familiales où le père de l’oncle du cousin était en fait le frère de se future femme et les romans policiers obscurs où un chat résolvait l’enquête.

Même les lectures obligatoires du collège et du lycée m’enchantaient. Les Colette, Maupassant et autres Tourgueniev. Seul Jean-Paul Sartre ne passa pas. Et plus tard Christine Angot. Mais ça, c’est une autre histoire.

Rapidement, les livres sont devenus des amis. J’avais plaisir à en relire certains, comme on a plaisir à retrouver un vieil ami. Je trépignais toute la journée à l’idée de retrouver une bonne histoire le soir et je passais des heures dans les rayons des supermarchés et des librairies à traquer celui qui serait mon prochain compagnon.

Mais j’ai vite fini par tourner en rond, lasse de lire toujours les mêmes histoires, de deviner la fin avant d’avoir atteint la vingtième page d’un roman. J’avais une espèce de crise de foi envers les livres et je ne savais plus vraiment vers qui me tourner parce que je savais que Marc Levy serait toujours Marc Levy et que Anna Gavalda me parlerait toujours d’amours perdus.

11160420_10153011955298071_1059647631_nEt puis un jour, vers l’âge de dix-neuf ans, j’ai acheté un bouquin parce que j’avais flashé sur la couverture. Je l’ai laissé trainer dans un coin avant de me décider à le lire. Ce livre, c’était Bye-Bye Blondie de Virginie Despentes. Et au moment où je l’ai ouvert pour la première fois (il y eut bien d’autres fois après celle-là), je ne savais pas encore qu’il allait bouleverser ma perception de la lecture et changer radicalement mes goûts littéraires.

Ce n’est pas facile d’expliquer pourquoi ce livre m’a autant touchée. Peut-être était-ce l’histoire de l’héroïne, peut-être était-ce la forte présence de la musique dans l’histoire. Tout ce que je sais, c’est que jamais je n’avais lu un livre où on sentait si bien la psychologie du personnage, où on pouvait si bien s’identifier. Gloria – le personnage principal – ça aurait pu être moi, la fille qui me vendait du pain ou le mec assis à côté de moi dans le métro. C’était une héroïne de tous les jours, une fille ordinaire avec un destin que Virginie Despentes rendait extraordinaire. Pour la première fois, les sentiments d’un personnage paraissaient réels, me touchaient, me blessaient ou me rendaient heureuse. Et cela, parce que Virginie Despentes rendait Gloria vivante, en tout cas bien plus vivante que n’importe quel personnage que j’avais croisé auparavant. Et en cela, elle la rendait attachante.

Bye-Bye Blondie a été mon premier pas dans ce que certains appellent la « littérature trash ». Après Virginie Despentes, il y a eu le fabuleux (mais trop méconnu) Bubble Gum de Lolita Pille puis une amie m’offrit un livre d’Ann Scott. Et à ce moment-là, j’ai su que je serais toujours prise au piège de ces héroïnes bouleversantes de sincérité, meurtries et si familières. Et ce sont ces héroïnes qui me redonnèrent foi en la littérature.

Déborah Larue  11125229_10153006865183071_2138281226_n

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *