Elsa Pierrot, programmatrice du Festival Raccord(s) : “L’objectif reste le même depuis 7 ans : faire découvrir la richesse de la création littéraire”

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Dur dur d’être un festival par les temps qui courent. Entre risques et restrictions, entre survie et sécurité, les espaces de rencontres et de partage publics s’amenuisent. Reporté à septembre, le Festival parisien Raccord(s), qui se tient habituellement entre avril et mai, fait partie de ceux qui passent entre les gouttes. Focalisé sur l’édition indépendante, il conserve une programmation éclectique et propose des événements atypiques où les genres artistiques se rencontrent. Elsa Pierrot, programmatrice du festival, nous livre sa genèse et les temps forts de son édition 2020.

Le Festival Raccord(s), qu’est-ce que c’est ? Comment est-il né ? 

Le Festival Raccord(s) voit le jour sous l’impulsion des Editeurs associés, une association née il y a seize ans. En 2004, un groupe d’éditrices à la tête de quatre maisons d’édition indépendantes – les éditions A propos, Chandeigne, Esperluète et Points de suspension – créent l’association Les Editeurs associés pour promouvoir la création de l’édition indépendante en se fédérant autour de manifestations collectives. Elle a repris depuis trois ans l’ancienne librairie des éditions José Corti, dans laquelle sont présentés aujourd’hui les catalogues d’une quarantaine d’éditions. En 2014, l’idée d’un festival germe avec l’envie de faire connaître l’édition indépendante plus largement, auprès de nouveaux publics, en décloisonnant les formes de rencontres avec le livre et en trouvant de nouveaux lieux à investir pour les présenter. 

Sur le principe du « raccord » bien connu dans les milieux du bâtiment et du cinéma, les éditeurs relèvent le défi chaque année de créer un lien entre une œuvre (roman, album, essai, BD…) et d’autres formes artistiques, des courants de pensée, et des domaines en tous genres : le sport, la cartographie, le féminisme, le mail art… pour n’en citer que quelques-uns au hasard. S’ajoute une autre « contrainte » (comme Georges Perec, la contrainte nous sert de moteur, de carburant), celle de trouver un lieu partenaire original pour accueillir ces événements, qui ne soit pas nécessairement lié au livre, et qui résonne avec la forme et le livre. Piscines, péniches, Catacombes, églises, restaurants, mais aussi lieux de la culture, musées, cinémas, salles de spectacle, centres cuturels… et bien sûr librairies et bibliothèques, dans lesquelles est organisé chaque année un premier parcours en amont du temps fort.

Quels sont les axes de sa programmation, son positionnement ? 

A partir de son architecture à trois branches (un éditeur – un événement – un lieu), le festival mue et change de forme d’année en année, avec la participation et le souffle de nouveaux éditeurs invités. Chaque année, l’association invite une dizaine de nouvelles maisons à participer et à imaginer des formes originales autour de leur catalogue. Le festival est riche de l’imagination d’une cinquantaine d’éditeurs et d’une centaine de lieux partenaires. L’objectif reste le même depuis 7 ans : donner à voir le travail d’auteurs.trices, d’artistes, faire découvrir la richesse de la création littéraire, le savoir-faire de l’édition indépendante qui réinvente sans cesse des formes, de nouvelles maquettes, s’affranchit des normes littéraires, décloisonne les genres et se risque à arpenter des domaines plus discrets.

Le festival reste un moment où l’on peut laisser libre cours à son envie, inviter des musicien.ne.s, des comédien.ne.s, des artistes, des scientifiques, des universitaires, des sportifs… à élaborer une forme autour d’un livre. Autant que possible, nous essayons de proposer des événements gratuits, pour qu’ils soient accessibles au plus grand nombre, et que le public ait les moyens, s’il le souhaite, d’acheter les livres présentés. 

Cette année, nous avons proposé aux éditeurs participants un fil rouge thématique, autour du voyage et du transport, pour nous aider à dessiner une programmation cohérente, qui fasse sens dans son ensemble, tout en donnant à voir la singularité de chacun.

Quelles sont les événements forts qui vont jalonner ce festival, ce qui selon vous fait sa signature ? 

Cette première thématique de voyage et de déplacement nous a emmenés, par association d’idées, dans toutes les directions. Matrimoine littéraire, mail art, art du hula hoop, l’art de la pasta italienne, la chimie poétique, les jeunes hommes en colère, le jazz, l’histoire de l’automobile… on peut dire que les univers sont variés et la programmation éclectique !

L’autrice-illustratrice Teresa Arroyo Corcobado invitera les plus jeunes à laisser vagabonder leur imaginaire dans de nouveaux paysages lors d’un atelier de mail art au Musée de la Poste, qui vient de rouvrir en 2019. 

Le public pourra faire voyager ses papilles vers les côtes napolitaines grâce au savoir-faire d’Alessandra Pierini, autrice de nombreux livres sur la cuisine et les produits italiens, lors d’une dégustation à la librairie des Editeurs associés

On s’aventurera dans une excursion théâtrale dans les Catacombes, avec les comédiens Anna Jacob et Jean Joude, qui liront un texte de l’écrivain argentin Pablo Katchadhian

On fera aussi des voyages dans le temps avec Béatrix Beck, romancière du 20e siècle présentée par la primo-romancière Justine Arnal à la Bpi.

Et plus loin encore avec Virginia Woolf lors d’une lecture musicale à la Bibliothèque de l’Ecole des Mines avec le comédien Miguel Decleire et le violoniste Jean-Pol Zanutel

On s’interrogera sur la nécessité du transport rapide lors d’une conférence critique sur l’automobile inspirée par un roman documentaire d’Ilya Ehrenbourg avec le journaliste et éditeur Pierre Thiesset, dans le café-lieu de vie Le Lieu-Dit

Retrouvez l’intégralité du programme !