DOSSIER TRADUCTION : JEAN-YVES COTTÉ, TRADUCTEUR

Traduit l’anglais

Comment êtes-vous devenu traducteur ?

Un peu par hasard, si tant est que ledit hasard en soit vraiment un… C’est arrivé sur le tard, après quelques expériences professionnelles plus ou moins lucratives (mais sans aucun intérêt à mes yeux) et une dizaine d’années à enseigner l’anglais en lycée professionnel – ce qui me convenait parfaitement mais devenait routinier, et j’ai donc décidé de faire autre chose. Mettons que c’était mon démon de la quarantaine, puisque c’est le besoin de redéfinir certaines priorités qui est à l’origine de ma démission puis du choix de devenir traducteur du jour au lendemain et sans expérience. Je me suis rappelé que c’était en traduction que j’avais les meilleurs résultats à la fac, que (comme pour l’enseignement) ça me laisserait de temps de faire et vivre d’autres choses en parallèle, et surtout que ça me permettrait de travailler chez moi, plus ou moins à mon rythme. J’avais conscience que c’est un boulot précaire et plutôt mal payé et guère mieux considéré, mais ça m’était assez égal et mes priorités étaient (et sont toujours) ailleurs.

Il me restait à trouver l’occasion, puisque je n’avais ni formation réelle ni réseau. La chance s’en en est mêlée et suite à un ami qui connaissait… j’ai rencontré une éditrice qui a tout de suite était convaincue et m’a donné du travail. Puis elle est a changé de maison d’édition et m’a encore donné du travail ; ses assistantes ont fait de même… J’ai donc commencé presque aussitôt et j’ai eu du travail puisque j’ai accepté de traduire ce que je n’avais pas toujours envie de traduire, mais ce qui s’est révélé très formateur : guides touristiques, livres de cuisine, beaux livres, et surtout livres d’art (ça c’était un vrai plaisir) puis romances. Mais je voulais traduire de la littérature, voire de la poésie contemporaine, et je n’ai cessé de proposer mes services et de me faire jeter pour « manque d’expérience ». Et puis, un jour, quelqu’un s’est intéressé à mon cas et j’ai commencé à traduire des auteurs classiques, puis des auteurs et poètes contemporains – toujours en choisissant et à mon rythme.

Quels sont les enjeux spécifiques de la traduction ? Ne traduisez-vous qu’une langue ?

Je ne traduis qu’une langue. Quant aux enjeux spécifiques, sincèrement je ne sais pas, je ne suis même pas certain qu’il y en ait. S’il doit y en avoir ce sont les miens quand je m’empare d’un texte : faire connaître un­e auteur·trice (je sais, c’est très présomptueux), et dans tous les cas respecter le propos, le style, les images de l’auteur·trice, sans pour autant m’effacer complètement car c’est impossible puisque c’est moi qui écris avec mes mots et mon style ; et, surtout, que le texte français soit le plus fluide possible, d’où l’importance de relire régulièrement à haute voix mon travail, au cours de la traduction et une fois la traduction achevée.

Pour rester fidèle au texte, il faut parfois l’adapter, le déformer, comment se passe cet aspect de la traduction ?

À l’instinct et uniquement à l’instinct. Je ne vois pas (et je ne cherche d’ailleurs pas) comment faire autrement. Sauf en cas de commande, je choisis un texte à l’instinct et quand je dois m’en éloigner je le fais à l’instinct. Je doute peu, voire pas du tout, mais je relis beaucoup au fur et à mesure pour voir si ça tient la route. J’échange aussi pas mal avec les contemporain·e·s (pour les classiques, je ne sais pas faire tourner les tables ah) pour m’assurer de certaines choses. Ils/elles sont toujours d’accord, voire enchanté·e·s.

Combien de temps dure un travail de traduction sur un livre de 300 pages, par exemple ?

Je n’en ai pas la moindre idée ! Ça dépend du texte, du style, des images … et de ma forme – il y a des jours où il vaut mieux aller se balader. Et puis il y a les auteur·trice·s qui me demandent moins d’efforts car je me sens chez moi (Jane Austen et Justin Grimbol, pour ne citer qu’eux.) En cas de commande avec un délai (au feuillet et pas à la page, d’ailleurs), je demande toujours à rallonger le délai, question de principe. Je peux passer une journée sur une page ou en faire 3 ou 4.

Quelles sont les qualités inhérentes à un bon traducteur, donc une bonne traduction ?

Passons sur le fait de savoir de travailler seul, chez soi, sans voir grand monde : si on en est incapable, il vaut mieux faire autre chose… Donc, je dirais : avoir une bonne culture générale (ou une vraie curiosité), être bon en grammaire dans les deux langues (pour le vocabulaire il y a les dictionnaires et Internet), maîtriser pleinement la langue d’arrivée (en l’occurrence le français) puisque c’est dans cette langue que le texte sera lu, savoir se remettre en question tout le temps, rechercher la précision et fluidité à tout prix. Et surtout, savoir que de temps à autre on est mauvais, vraiment mauvais, et qu’il y a des moments (je me répète) où il faut savoir lâcher l’affaire et se changer les idées.

Est-il possible de rester 100% fidèle à un texte ?

Je ne cherche pas à rester fidèle ou non à un texte. Je dirai même que ça m’ennuie d’entendre associer traduction et trahison… Quel que soit le chemin que l’on prend, on est fidèle à un texte et à son auteur·trice. Il n’y a que les mauvais textes auxquels on ne doit surtout pas rester fidèle et qu’il faut remanier. Mais dans ce cas, on n’est plus dans le domaine de la littérature.

À quel point êtes-vous familier avec la culture des pays dont vous traduisez les livres  ?

Je connais vraiment très bien les cultures américaine, anglaise, irlandaise, écossaise et australienne. Je n’ai jamais eu à traduire de textes d’autres pays anglophones (je pense à l’Inde, notamment). Ce n’est jamais que de la culture générale au sens large, et parfois on peut se passer de bien connaître telle ou telle culture. Une bonne culture générale et une utilisation judicieuse d’Internet peuvent pallier certains manques.