[CHRONIQUE] Olivier Martinelli et Julien Martin chez Zinc Editions

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Avant de parler du contenu, il y a la forme. Zinc éditions publie des livres-concepts, illustrés, ou ludiques. De beaux petits objets, à taille humaine, comme ces deux titres de la collection « Béton Armé », des nouvelles « où la ville sert de scène au récit »  Des livres cartonnés, qu’on dirait façonnés à la main, avec cette écrin rigide et rugueux sous les doigts. Un livre qui se touche, qui reste imprimé dans la peau, c’est rare. Oui parce qu’un livre, ça se lit, on est d’accord. Mais ça se touche, aussi, ça se respire, ça se soupèse. On l’emporte partout, on dort avec parfois, alors autant l’apprécier déjà pour son aspect extérieur! (on parle toujours d’un livre, pas de sous-entendu, merci).

 

 

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 L’ombre des années sereines d’Olivier Martinelli 

Olivier Martinelli, on vous en a parlé il y a quelques temps, à l’occasion de la sortie de son roman chez E-Fractions. On le suit depuis longtemps et comme un peu tout le monde, on parlait de lui en le qualifiant d’écrivain rock. Sauf que « écrivain rock », c’est un peu comme « coiffure rock », « blouson rock », « maquillage rock », bref, comme tous ces concepts marketing, ça ne veut pas dire grand chose. Est-ce qu’on imagine Mick Jagger se demander si cette veste est « rock » ? La midinette du 16e, oui, on imagine bien sa session shopping « est ce blouson il est rock ? trop pas! ». Bref, que de digressions. Olivier est tout simplement un écrivain qui aime une certaine littérature et se débrouille toujours pour lui faire un clin d’oeil. Bukowski, Fante, Céline… Surtout Fante, toujours. Or ici, pas de guitares ni de récits de concerts, pas de perfecto ni de musique. Ou si, celle d’une guerre civile, racontée par un père qui l’a vécue, à son fils qui veut savoir dans quel contexte il est né. Son père raconte, les fusillades, les meurtres, la peur, la résistance. Pourquoi cette guerre, menée par qui, on s’en fiche totalement. Ce qui nous intéresse, c’est ce récit qu’on entend, narré d’une voix courte, émue par les souvenirs et la peur du moment. On trouve aussi, comme souvent chez Olivier Martinelli, un rapport père/fils touchant, une forme de reconnaissance, de complicité. On peut difficilement en dire plus sur cette trentaine de pages. A part qu’on adore cette musicalité et cette évidence dans l’écriture d’Olivier Martinelli, cette fluidité familière.

 

couv-plo-1 Appel Illimité de Julien Martin

Vertige halluciné dans cette nouvelle, très courte, très rythmée, course folle vers un objectif fantôme qui réveille d’autres spectres. Le narrateur court de cabine téléphonique en cabine téléphonique (oui ça existe encore, vestiges d’un autre monde que nous ne voyons même plus, vissés à nos smartphones qui remplacent même l’Autre dans notre solitude pixellisée), pour appeler une certaine M. qui ne répond pas à ses appels et semble ne plus vouloir entendre parler de lui. C’est un genre de jeu de l’oie qu’il poursuit sous nos yeux, de cabine en cabine, toujours tombant sur un répondeur ou une messagerie de portable. Jamais sur M. Julien Martin a le sens des mots, de la musique et du rythme. Normal, il est chanteur et habitué des lectures de poésie (les siennes). C’est rapide comme une montée de parano ou de speed, le texte scande l’obsession, la fixation du narrateur qui nous entraîne avec lui. La question est : y-a-t-il encore des cabines, d’autres cabines ?

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