Chez mon libraire : Aurélie Janssens, libraire chez Page&Plume

Nouvel espace sur BooKalicious : un genre de « corner librairie ». Non, nous ne vendons pas de livres, nous donnons la parole à des libraires. De tous horizons, de toutes spécialités. Nous aimons les libraires, leurs goûts littéraires précis, leur amour de la lecture et leurs conseils avisés. Ils orientent, accompagnent, transmettent, recommandent, ruinent votre porte-monnaie et peuvent changer votre vie. Inauguration de la rubrique avec Aurélie Janssens de la librairie Page et Plume à Limoges!

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On peut être libraire et avoir un joli pull!

Comment êtes vous devenu libraire ?

J’ai fait des études de littérature comparée (Master), mais je ne voulais pas enseigner (pas la patience, la vocation). La seule certitude : j’aime les livres, la littérature, j’aime en parler. J’ai commencé à travailler en job d’été à la librairie Page et Plume, rayon scolaire, la reprise des manuels durant l’été. On m’a demandée à la rentrée si compléter le tiers-temps d’un libraire m’intéressait, j’ai dit oui, au départ comme job d’appoint pour payer mes études, puis définitivement.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?

Les livres, partout, tout le temps, des piles, des nouveaux, lorsqu’on ouvre un carton de nouveautés, c’est comme un gosse qui ouvre ses cadeaux le matin de Noël, et ça c’est plusieurs fois par semaine. Et puis, une fois lu, tombé sur un super bouquin, l’envie d’en parler à tout le monde. Si la personne le lit, l’aime, le retour est hyper important. L’échange.

Quel est votre secteur de prédilection ? Pourquoi ?

Je travaille depuis huit ans au rayon littérature avec un prédilection pour la littérature étrangère (anglo-saxonne, allemande, sud-américaine). J’ai découvert tard que la littérature française ce n’était pas que des crises de couples quarantenaires dans un appartement parisien (nombrilisme et entre-soi), mais que de bons auteurs français pouvaient aussi nous emmener loin, nous ouvrir des portes, nous raconter des histoires fascinantes. Un peu de polar de temps en temps, histoire de jouer à se faire peur. Et quelques essais littéraire (ma passion première).

 

Les librairies physiques n’ont pas les armes pour lutter contre ces machines de guerre

 

Avez-vous observé un changement dans le job de libraire ? 

Oui, bien sûr. Deux choses majeures ont changé. Les gens vont plus facilement vers le format de poche. Avant, il souffrait d’une image de « livre du pauvre », aujourd’hui les couvertures, les papiers choisis, le soin apporté à ces formats, en font des objets désirables, et le budget accordé aux livres, par les temps qui courent n’est pas extensible, on peut avoir deux-trois poches pour le prix d’un grand format, ça joue. Et l’arrivée de sites marchands en ligne. Avant lorsqu’on annonçait à un client qu’on ne possédait pas l’ouvrage mais qu’on pouvait le lui commander, délai d’attente 4-5 jours, ça faisait partie du jeu. Aujourd’hui le client sait qu’en cliquant, il l’a le lendemain dans sa boîte aux lettres. Les librairies physiques n’ont pas les armes pour lutter contre ces machines de guerre. On peut juste sensibiliser les clients à leur pouvoir en temps que « consom-acteurs » et croire encore en leur confiance.

Quels sont vos coups de cœur du moment ?

Cette rentrée est riche de belles surprises.  En attendant Bojangles  d’Olivier Bourdeaut publié chez Finitude en est une très belle. Un premier roman magnifique, poétique, tendre et parfois cruel, qu’on finit en pleurant le sourire au lèvres (si, si c’est possible!). Puis Plateau  de Franck Bouysse, publié à la Manufacture de livres (dont je vous encourage vivement à feuilleter le catalogue riche et passionnant), un roman noir, rural et noir. Une langue juste au service d’une histoire prenante. Rural noir  c’est aussi le titre d’un roman de Benoît Minville qui paraît en février à la Série Noire chez Gallimard et là aussi c’est une sacrée lecture (adolescence, violence, rêves et désillusions). Enfin, un petit bouquin sorti il y a déjà quelques mois mais que je continue de conseiller : Papa, tu es fou,  de William Saroyan, dans la collection Z/a de chez Zulma, un très beau texte sur la transmission du métier d’écrivain, comme un artisanat, d’un père à son fils.

Comment peut-on énerver un libraire ? 

En lui demandant de reprendre un livre commandé sur Amazon ? En demandant un conseil de lecture, arrêtant le libraire au bout de la première phrase d’un « non » catégorique et au bout de dix conseils partir avec finalement un prix littéraire…

Êtes-vous ringarde, psychorigide et désagréable sans raison avec vos clients ? (c’est ce qu’on m’a raconté sur les libraires, j’enquête)

C’est nécessaire, vital pour être libraire, c’est même dans la convention collective ! (Je plaisante bien sûr!)

 

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La Librairie Page et Plume  : 2-4 place de la Motte – 87000 LIMOGES

Tel : 05 55 34 45 54

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