Chez mon libraire : Vincent Ladoucette, libraire chez Privat

Notre « Chouettes Libraires Tour » continue. Aujourd’hui, nous vous emmenons du côté de Toulouse, à la rencontre d’un libraire au beau t-shirt (à croire que dans le monde du livre, les t-shirts cool sont de rigueur). Rencontre avec un libraire spécialisé en littérature étrangère et qui en parle très très bien!

IMG_3527Comment êtes-vous devenu libraire ?

J’ai eu la chance d’être élevé par des parents qui considéraient la lecture comme fondamentale et qui m’ont transmis cette passion dès mon plus jeune âge. Il y a toujours eu beaucoup de livres à la maison, que nous achetions ou empruntions à la bibliothèque municipale.

Après avoir échoué à trouver un emploi en médiathèque, au moment où j’ai réfléchi aux éventuelles perspectives professionnelles, il m’a semblé impossible de travailler dans un autre secteur que celui du livre. J’ai d’abord été caissier à la librairie Gibert Joseph, boulevard Saint-Michel, puis on m’a proposé de remplacer un collègue au rayon policier, où je suis resté plusieurs mois, avant de partir à Vaulx-en-Velin, dans la banlieue de Lyon. Depuis un an, je travaille à la librairie Privat, à Toulouse.

L’élément déterminant, à mes yeux, c’est l’échange

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ? 

L’élément déterminant, à mes yeux, c’est l’échange, que ce soit avec les clients, les confrères, les éditeurs, les auteurs ou les traducteurs. Écouter des personnes évoquer leurs lectures et les sensations qu’elles leur ont procurées est une expérience formidable. Que le livre permette de multiples rencontres, suscite des interrogations et des discussions me paraît extrêmement prometteur et encourageant pour l’avenir de la librairie.

Il me semble que la spécialisation vient naturellement, au gré des lectures

J’ai entendu dire que vous aviez un goût certain et affirmé pour la littérature étrangère. Pourquoi ? Comment un libraire se spécialise-t-il peu à peu ? 

En effet, la littérature étrangère est un domaine qui m’attire particulièrement. J’aime beaucoup les écrivains hispanophones, notamment Roberto Bolaño, Enrique Vila-Matas, Rodrigo Fresán et Alan Pauls. Le roman noir selon David Peace et James Sallis me passionne, et des auteurs plus expérimentaux, comme Thomas Pynchon, Ben Marcus, Brian Evenson et David Foster Wallace ont radicalement transformé ma vision de la littérature. Leur manière de jouer avec les codes, de considérer la littérature comme un espace d’exploration et de réflexion sur notre rapport au monde me paraît absolument admirable.

Il me semble que la spécialisation vient naturellement, au gré des lectures : quand un écrivain qu’on apprécie cite un auteur qu’on ne connaît pas, on veut souvent en apprendre davantage, la curiosité motive et nourrit, ce qui est aussi le cas lorsqu’on discute avec des lecteurs. Peu à peu, on réalise qu’il y a un type de romans qui nous séduit plus que les autres, parce qu’il nous touche, et on sait que ce n’est pas un hasard, même si on n’est pas toujours capable de l’expliquer.

Bien que cette inclination pour les écrivains étrangers n’ait pas faibli, je lis de plus en plus d’auteurs français. Depuis quelques années, les membres du collectif Inculte et ceux qui gravitent autour de lui sont devenus une sorte de seconde famille pour moi, car ils m’offrent exactement ce que j’attends de la littérature : une écriture de très grande qualité, des réflexions sociologiques, philosophiques ou politiques passionnantes et une certaine exigence artistique, à laquelle ils ne semblent jamais renoncer.

j’ai l’impression d’assister à une uniformisation des prescriptions et à une certaine polarisation des achats

Avez-vous observé un changement dans le job de libraire ? (nouvelles demandes, nouvelle clientèle, modifications habitudes)

Je n’ai pas suffisamment de recul ni de connaissances pour aborder les changements fondamentaux, mais j’ai l’impression d’assister à une uniformisation des prescriptions et à une certaine polarisation des achats. C’est là, à mon sens, que nous avons un rôle important à jouer, en défendant des ouvrages vers lesquels les lecteurs ne seraient peut-être pas spontanément allés, pour essayer, dans la mesure de nos moyens, de garantir l’avenir d’une production littéraire diversifiée.

Le libraire chauve, barbu et à lunettes est un archétype de plus en plus répandu

Chauve, à lunettes, hargneux, coincé… le libraire est souvent rangé dans la catégorie « méchant », pourquoi selon vous ? Vous êtes comme ça parfois ? 

Le libraire chauve, barbu et à lunettes est un archétype de plus en plus répandu, car nous avons été nombreux à subir l’influence de Sébastien Wespiser, un véritable précurseur en la matière.

Plus sérieusement, je ne crois pas que nous puissions être foncièrement méchants dès lors que nous exerçons un métier fondé sur le partage et la transmission. L’affirmation des choix peut parfois donner naissance à des débats enflammés, mais je n’ai jamais eu affaire à des gens hargneux, dans ce milieu. Grâce au développement des réseaux sociaux, le phénomène d’ouverture s’est en outre amplifié, et le libraire coincé est une figure qui tend à disparaître.

Quels sont vos coups de cœur du moment ?

L’Infinie comédie, de David Foster Wallace, est un roman incroyable, foisonnant, drôle et triste à la fois, qui s’est imposé comme l’un de mes favoris, toutes époques confondues. Récemment, j’ai été très impressionné par les livres de Mathieu Larnaudie, (Notre désir est sans remède), Pierre Senges (Achab, séquelles), Mika Biermann (Booming), Vincent Message (Défaite des maîtres et possesseurs), Max Porter (La Douleur porte un costume de plumes) et Charles Robinson (Fabrication de la guerre civile). Essentiellement de la littérature française, en somme.

Rayon littérature Privat

Librairie Privat

14 rue des Arts 31000 Toulouse
Tel : 05 61 12 64 20

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