[NOUVELLE] Chance, par Mark Safranko

 

CHANCE

par Mark Safranko

(Traduit de l’anglais par Tara Lennart & M.Achille)

La vie de Christian Denton n’était rien autre que du succès. Après quelques petits efforts à la vingtaine, il avait réussi à trouver un public pour son travail, écrire des romans, des histoires et des scénarios, dont deux avaient été achetés par Hollywood. Il comptait des fans, très dévoués pour la plupart, tout autour du monde. Il réalisait qu’il avait parfois du mal à apprécier les choses tellement la chance lui avait sourit tôt dans la vie : presque tout avait suivi son bon vouloir, de son entrée à Princeton, où il avait étudié l’écriture et la littérature aux pieds de Prix Nobel, jusqu’à sa nomination pour le National Book Award. L’idée selon laquelle la plupart des grands artistes étaient le produit de vies pleines d’humiliations et de rejet ne l’avait jamais perturbée car il ne l’aurait pas comprise.

Parfois, il y avait des nuages à l’horizon du ciel idyllique de Denton, le plus souvent sous la forme de rêves perturbants où il était séparé de sa femme. Mais quand il se réveillait et voyait la belle chevelure blonde d’Ashley, emmêlée sur l’oreiller à côté, il lâchait un soupir de soulagement. Ce n’était qu’un rêve, pas de quoi s’inquiéter. Son monde était toujours intact. D’ici quelques minutes, les enfants seraient debouts, et la charmante vie de Denton reprendrait son cours normal.

Quelques fois, il pensait avec nostalgie à toutes les femmes qu’il avait eues avant Ashley, et il en comptait un certain nombre. Ensuite il se lamentait sur les flirts avortés – dans les résidences d’auteurs, les conférences, les tournées promotionnelles, même en ligne – depuis qu’il était marié à sa femme quinze ans plus tôt. Il aurait pu pousser les choses plus loin, mais le bon sens finissait par prendre le dessus. De toute façon, aucune de ces filles ne valait la moitié de sa femme, alors ça n’avait pas d’importance.

Mais quel homme sur terre ne souffrait pas des vagues de regrets en pensant aux occasions manquées ?

Peut-être, songeait-il interdit, fermant les yeux encore, du jour où il pourra profiter de ces avantages. Si personne ne le découvrait, qui en serait blessé ? Il avait atteint l’âge où il méritait un peu plus d’aventures et un peu moins de devoir. Après tout, n’était-ce pas un des avantages du fait d’être un winner ?

Quand il sortit du lit quelques minutes plus tard, c’est par un tweet qu’il apprit qu’il était nommé pour un prestigieux prix littéraire. Denton ne pouvait pas attendre : il fallait qu’il se Googlelise et voit ce qui était écrit au sujet de son dernier triomphe.

***

Une semaine plus tard, l’auteur reçut un coup de fil lui annonçant que sa mère avait été hospitalisée d’urgence. Denton prit un coup. Il ne s’attendait pas du tout à cette nouvelle et son père restait avare de détails. Depuis qu’il vivait loin de sa famille, il attendait des nouvelles en espérant que tout se passait bien. Il ne pouvait pas faire grand chose de plus.

Il retourna à son bureau et essaya de travailler, mais il était trop distrait pour finaliser quoi que ce soit. Au fil du temps, Denton avait acquis l’inestimable capacité de compartimenter sa vie, mais là, les murs de son cocon étaient ébranlés. Sa mère n’était pas si vieille et elle n’avait jamais rencontré le moindre problème de santé par le passé. Pire encore, les médecins n’avaient pas l’air de comprendre ce qui lui arrivait.

« Je suis sûr qu’elle ira bien dès que nous auront trouvé le bon diagnostic » le rassurait son père. Et Denton rassurait Ashley et ses enfants son tour.

Il n’y avait pas de raisons pour qu’il doute de ce qu’on lui disait, le père de Denton n’était pas alarmiste. Bientôt, il en était certain, on lui dirait que sa mère était en plein rétablissement.

Le lendemain, le téléphone sonna pendant que Denton buvait son café et lisait le Times. Au bout du fil, la voix étrangement triste de son père.

« Elle est partie » dit-il dans un murmure rauque.

« Qu’est-ce que tu veux dire par « Elle est partie ? » »

« Elle est décédée ce matin à 7h15. »

Denton laissa tomber le téléphone. Sa mère, son plus fidèle soutien après sa femme, n’était plus de ce monde. Denton oublia où il était, qui il était, et ce qu’il était en train de faire. C’était la première terrible épreuve de sa vie.

***

Même si Denton était capable de reprendre le travail, il se sentait comme amputé, d’un bras ou d’une jambe, enfin quelque chose comme ça, il ne savait pas. Il supposait qu’avec le temps, il retrouverait son équilibre. Après tout, des gens meurent tout les jours, non ? La mort faisait partie du processus. La vie devait continuer.

Peu de temps après, la nièce de Denton, la fille de sa seule soeur, était frappée par une forme rare et brutale de cancer surgie visiblement de nulle part. On lui donnait quelques mois, peut-être semaines, à vivre. Denton n’était pas proche d’elle comme il l’avait été de sa mère, mais l’approche de deux tragédies à intervalles aussi réduits étendit un voile sombre sur son éclatant paysage.

***

La nièce de Denton mourut aussi.

Son livre n’obtint pas le prix où on l’avait nommé. Il était dévasté par la rebuffade, peut-être parce qu’il était à fleur de peau après ce qui lui était arrivé. Tout ça semblait si injuste – son livre méritait de gagner. Il avait lu le travail des autres participants et il n’y avait pas photo. Pour couronner le tout, l’édition traversa une crise et l’une des plus grosses chaînes de librairies du pays – le plus important client de Denton – mit la clé sous la porte. Il restait persuadé qu’il traverserait l’orage, comme il l’avait toujours fait par le passé. L’optimisme le constituait.

Mais cette supposition naïve rendit ce qui lui arriva par la suite totalement inattendu et inexplicable : son nouveau roman fut refusé. « Il y a eu des changements dans les données du marchés », lui expliqua Gerhardt, son agent, au téléphone. Et la direction que prenait Denton dans son travail, plus sombre et expérimental, était bien trop risqué pour les équipes commerciales de l’éditeur.

« Anna » – l’éditeur de longue date de Denton – « pourrait à peine le présenter. Elle a désapprouvé. » ajouta Gerhardt. « Crois moi, j’ai fait tout ce que j’ai pu. Je suis désolé mon ami. Peut-être le prochain – si tu redescends sur terre ? Et ça serait peut-être une bonne idée que tu me soumettes tes idées d’abord, hm? »

« Bien et il n’y a pas d’autres éditeurs ? » demanda Denton.

« Malheureusement, je suis forcé d’être d’accord avec Anna », dit Gerhardt. « Je ne pense pas que le livre marchera, et c’est sans doute encore pire de s’obstiner ».

C’était la première fois que Gerhardt ou Anna Knox avaient refusé quoi que ce soit de la part de Denton, et l’écrivain était indigné. Après tout l’argent que j’ai apporté à ces enfoirés, pensait-il malgré lui. Il ne pouvait pas écrire un roman sur commande en une semaine ou deux. ça prenait des mois, des années de plannings, d’écriture, de révision et de finitions avant qu’il ne sorte un manuscrit de ses mains. Ces gens non créatifs étaient des crétins ! Il se résolut à trouver un nouvel agent et un nouvel éditeur, mais les réponses à ses ballons d’essais furent glaciales.

Denton était abasourdi et déprimé. Comment quelqu’un avec ses antécédents pouvait-il soudain devenir persona non grata ? ça n’avait aucun sens.

Il ne savait pas quoi faire. Il décida de garder Gerhardt et Anna en lice jusqu’à ce qu’il puisse les jeter. Mais malgré des efforts intensifs, Denton ne parvint pas à trouver de remplaçants à ses champions d’autrefois.

***

Il dormait profondément quand le vacarme surgit : des heurts, des coups violents, un fracas et le son désagréable du verre brisé. Il s’assit, stupéfait. Il n’arrivait pas à comprendre ce qui se passait de l’autre côté de la porte.

Quand il entendit un cri plaintif, il bondit hors du lit. Où était sa femme ? Il se souvint vaguement qu’Ashley était sortie boire des verres avec des amis, un peu plus tôt dans la soirée.

Il se précipita hors de la chambre et chercha maladroitement la lumière du couloir. Quand il l’alluma, il vit Ashley recroquevillée au pied des escaliers, une flaque de sang noir s’élargissant autour de sa tête. Elle tenait un tesson de verre brisé dans la main.

Il se précipita en bas des escaliers en appelant sa femme. Il y avait un voile flou dans ses yeux bleus.

« Je ne sais pas ce qui s’est passé », murmura-t-elle. « J’ai cru que j’entrais dans la chambre …»

Denton avit le cerveau embrumé par le sommeil. Il ne savait pas quoi faire. Il essaya, en vain, de faire tenir Ashley assise. Elle commença à convulser et sa peau devint violette. Wes, le fils de 10 ans de Denton se précipita à son tour – il dormait aussi- et commença à pleurer. « Qu’est-ce qui va arriver à maman ? Qu’est-ce qui va arriver ? »

Denton envoya son fils chercher des serviette pour éponger le sang, et enroula sa femme dans une couverture. Il la porta jusque dans la voiture avec son fils et l’amena à l’hôpital. Ce n’est que plus tard que Denton réalisa qu’il aurait plutôt dû appeler une ambulance.

***

On diagnostiqua à la femme de Denton un choc sévère. On lui recousit le crâne, traversé par une longue blessure. Elle resta à l’hôpital pendant deux jours.

Après, elle ne fut plus la même. Elle demanda un congé d’invalidité à son travail de cadre dans une boîte de communication et passa l’été dans le jardin, une couverture sur les épaules, le regard encore habité par les séquelles du choc.

On consulta des spécialistes mais il semblait qu’il n’y avait rien à faire pour Ashley, à part s’assurer qu’elle se sentait bien et qu’elle se reposait. Les chocs, insidieux événements, pouvaient avoir des conséquences sinistres sur le long terme.

Un après-midi, une fois que Denton avait terminé de travailler sur son lot de pages quotidiennes, il ouvrit une bière et installa une chaise près de sa femme. Il essayait de lui tenir compagnie aussi souvent qu’il le pouvait.

« ça fait longtemps que j’aimerais te parler » dit Ashley en regardant le gazon parfaitement tondu. « Mais jusqu’ici je n’en ai pas eu pas la force »

« A quel sujet? » demanda Denton. Il espérait qu’elle allait lui dire qu’elle se sentait mieux et allait reprendre le travail. Il voulait la maison pour lui tout seul, à nouveau.

« Je sais que tu as vu Renee. »

Denton fronça les sourcils. Il n’avait aucune idée de ce dont elle parlait.

« Vu… qui? »

« Renee. Je sais tout. »

Denton ne pouvait rien faire d’autre que fixer sa femme, et d’attendre qu’elle lui dise pour quelle obscure raison elle le faisait marcher. Et ça serait d’autant plus étrange qu’Ashley n’avait jamais été une boute en train.

Mais Denton pensa comprendre à quoi elle faisait allusion. Renee était cette voisine de trente et quelques années, aux longs cheveux noirs que de nombreux hommes regardaient et, sans aucun doute, rejoindraient bien au lit. Mais si Denton avait parfois été l’un d’entre eux, de temps à autres, il n’aurais jamais fait un geste envers elle. Tu ne fais pas ça dans le genre de banlieue où Denton et sa famille vivait.

« Je ne vois pas Renee, » protesta-t-il. « Qu’est-ce qui peut bien te laisser penser ça? »

Ashley secoua la tête avec l’air de quelqu’un de tristement convaincue. « Tu n’as pas besoin de me mentir, Christian. »

Il éclata de rire . « Mais je ne mens pas! »

Il continuèrent comme ça jusqu’à ce que Denton aie, pour la première fois,la désagréable impression que sa femme ne tournait pas rond. La chute dans les escaliers lui avait vrillé le cerveau. Il fait été prévenu par le médecin qu’il pouvait y avoir des manifestations à long terme, et cette situation en était la preuve.

Le problème était qu’il ne avait pas quoi faire, ni s’il y avait seulement quelque chose à faire. Néanmoins, il continua à clamer son innocence.

***

On enleva les points de suture du crâne d’Ashley et après quelques mois, elle retourna à son travail. Denton était ravi de retrouver sa vieille routine, même s’il avait la constante peur qu’il arrive quelque chose à sa femme. À chaque fois qu’il lui demandait, elle lui répondait qu’elle se sentait de mieux en mieux, « presque comme avant », mais le flou dans ses yeux démentait ses propos et continuait à le déranger.

Les semaines passèrent, puis les mois. Un matin de novembre, Ashley ne put sortir du lit. Elle pointa faiblement sa tempe.

« Oh… oh… ma tête se fend en deux » murmura-t-elle dans un halètement avant de tomber dans les vapes.

Denton la secoua doucement.

« Ashley… Ashley… »

Elle ne répondit pas. Son pouls commença à battre la chamade, il essaya de la réveiller, sans succès. Inquiétant. Très inquiétant.

Il décrocha le téléphone et appela le 911.

***

Plus tard dans l’après-midi, Ashely mourut d’une hémorragie cérébrale. Denton avait été prévenu par les médecins que c’était un risque, mais ne l’avait jamais pris au sérieux. La chose la plus difficile à admettre pour lui était qu’il avait perdu sa femme deux fois – la première quand sa personnalité avait disparu après sa chute dans les escaliers, et maintenant pour toujours.

Sa première préoccupation était ses deux enfants, mais il savait qu’il était lui-même perdu.

Comment pourrait-il s’en sortir dans la vie ? C’était sa femme qui, malgré son travail prenant, élevait ses enfants, qui lui donnait l’espace et la liberté d’écrire, qui rendait leurs vies possibles.

Il ne parvenait pas à imaginer ce dont il avait l’air, debout près du cercueil, à part une masse de confusion et d’hébétude. Il ne ressentait rien. Il ne pouvait pas pleurer. Le deuil était impossible si tôt après la mort d’Ashley. Tout ce dont il était capable, c’était de constater qu’il y avait beaucoup de gens au cimetière. Les plus étranges étant ces deux hommes en noir et portant des lunettes qu’il ne connaissait pas. Ils ne s’étaient pas présentés et ne lui avaient pas adressé de condoléances, ce qui était inhabituel. Il se demanda vaguement de qui il pouvait s’agir, puis les oublia totalement.

***

La voix au téléphone appartenait à un détective, Pomono. Denton n’avait jamais entendu parler de lui avant et ne reconnaissait pas ce nom. Qu’est-ce qu’un policier pouvait avoir à lui dire ? Quelques jours à peine après la mort de sa femme, il ne se sentait toujours pas d’attaque pour parler à qui que ce soit d’autre que ses enfants.

« Je voudrais que vous veniez au commissariat » annonça Pomono. Son ton était déplaisant – brusque. Comme le ton de ces personnes qui travaillent sous une voiture, dans un garage.

« Pourquoi faire ? » demanda Denton. Peut-être y avait-il eu un crime dans le voisinage qui lui avait échappé, dans la folie des dernières semaines ?

« C’est mieux si on pouvait se voir » répliqua le détective qui, d’après Denton, était évasif pour une raison bien précise.

« Bien… OK » répondit Deton, soudain responsable d’avoir un devoir civique à remplir. Mais il était dans un tel état qu’il se fichait pas mal de l’insistance du flic.

« Vous pouvez venir maintenant ? »

« Vous voulez dire, tout de suite ? »

Oui, c’était ce que Pomono avait en tête. Denton était ennuyé, mais il se dit qu’il était mieux de se débarrasser au plus vite de ce problème. Il y a tellement de choses à faire quand l’un de vos proches décède.

***

Pomono était un homme d’âge moyen, sans particularité aucune, un peu bedonnant et avec une moustache tombante, pas du tout ce à quoi Denton s’attendait. Sa cravate était tachée et l’un de ses boutons de sa chemise Oxford s’était ouvert tout seul. En vrai, il avait l’air beaucoup moins impressionnant qu’au téléphone.

Il reçut Denton dans une pièce appelée «Entretiens ». Pourquoi l’amenait-on dans une pièce habituellement réservée aux présumés criminels ?

« Asseyez-vous »

Pomono s’assit également et commença à bavarder. Sur tout et rien, le pneu crevé de la veille, ce qu’il avait mangé à midi, le temps pourri. Denton se crispa rapidement. Il n’avait pas de temps à perdre, particulièrement avec quelqu’un qui semblait n’avoir rien de mieux à faire.

La conversation prit une tournure plus tendue. Soudain, Pomono voulu parler de la femme de Denton – Ashley. Comme par hasard, un autre flic, quelqu’un du nom de Brody, entra et s’assit sur la dernière chaise libre. La pièce parut bien plus remplie. Beaucoup trop remplie.

« Y a-t-il quoi que ce soit que vous vouliez nous dire ? » demanda Pomono, regardant Denton avec sincérité.

Denton était éberlué. « A quel sujet? »

Il y eut un long silence dans la petite pièce grise.

« Monsieur Denton, votre femme est venue nous voir quelques temps avant sa mort. »

Denton était abasourdi. « Mais de quoi vous parlez ? »

Il n’avait aucune piste. Un sentiment désagréable l’avait traversé aussi vite qu’un éclair dans le ciel.

Brody chercha dans ses poches et sortit un petit vidéo cassette sans fil. Il le rembobina et la voix fantomatique d’Ashley résonna dans la pièce.

« … alors j’ai senti ses doigts dans mon dos. La seule chose dont je me souvienne après, c’est de voler. Je ne sais toujours pas ce qui s’est passé… »

Denton écarquilla les yeux. Il ne pouvait pas croire ce qu’il entendait : Ashley l’accusait de l’avoir poussé dans les escaliers. Elle était persuadée qu’il avait essayé de la tuer. Il avait changé, il y avait une autre femme dans sa vie, et il ne voulait plus d’elle dans les parages. La police devait savoir tout ça, au cas où quelque chose de grave arriverait.

Denton se sentit devenir glacé. C’était de la folie. Il était piégé dans un cauchemar, et il allait se réveiller.

Il secoua la tête. Assez. Il ne voulait pas en entendre plus. La petite pièce puante tournait autour de lui.

« A la fin, je ne savais plus qui était Ashley. Vous devez comprendre qu’elle n’était plus la personne que j’avais épousée » protesta-t-il.

« C’est parce que vous avez essayé de la supprimer. »

« Quoi? Non! Elle ne savait pas ce qu’elle disait sur cette cassette. Il devait y avoir un caillot de sang dans son cerveau. Elle était malade, elle ne pouvait pas s’en empêcher. Et là c’est tout… ça! »

Il désigna l’enregistreur avec dégoût. Les flics le regardaient, attendant qu’il avance des billes.

« Pourquoi aurais-je voulu me débarrasser d’elle ? Nous étions heureux ensemble » plaida-t-il.

Mais Pomono et Brody n’en crurent pas un mot. Il arguèrent le contraire, que Denton était insatisfait, que sa femme avait découvert sa double vie, l’autre femme, ce qui avait fait empirer les choses. Ils continuèrent sur cette lancée, essayant de lui faire reconnaitre quelque chose, jusqu’à ce que Denton commence à se demander s’il n’avait pas été dans son tort sans même s’en rendre compte.

Non, non, non, continuait-il à dire, mais à la fin ils n’écoutaient plus. Il les défia de prouver qu’il avait trompé sa femme. Ils répondirent qu’il y avait plus que des évidences. Et que c’était suffisant. Après ce qui lui sembla des jours de torture, on lui lut ses droits et on lui passa les menottes. Christian Denton était en état d’arrestation pour le meurtre avec préméditation de sa femme.

***

Denton était assis dans sa cellule, en train de penser. Il n’y avait pas grand chose d’autre à faire à part penser, en prison, sans fin. Quand la police saisit son ordinateur, il découvrirent qu’il visitait des sites de rencontres et des sites pornos, même des centaines de fois, et ce fut retenu contre lui, même s’il ne fut jamais prouvé qu’il était passé à l’acte. On l’avait condamné à mort par injection létale pour le meurtre de sa femme et il ne parvenait pas à le réaliser. Le pire dans tout ça, c’était que ses enfants avaient été incapables de plaider sa cause. Sous serment, ils ne pouvaient pas jurer que leur père n’avait pas assassiné leur mère dans la mesure où ils n’avaient rien vu. Leur incapacité à l’aider à ce moment crucial signifiait beaucoup pour le jury.

Mais parmi toutes ces pensées, la seule chose que Denton ne parvenait pas à se sortir de la tête était la façon dont tourne la chance. En un clin d’oeil. Peut-être que tout avait commencé à partir de travers quand sa mère était morte, mais ça n’avait plus d’importance maintenant. C’est la seule chose qui semblait avoir lancé le train invisible du destin dans la mauvaise direction.

Christian Denton se voyait comme un mec bien. Il était une fois où il avait été chanceux, mais toujours quelqu’un de bien. Il n’avait vraiment jamais rien fait de mal dans sa vie, et pourtant, une terrible calamité s’abattait sur lui. C’était un profond mystère, un de ceux qu’on ne comprend pas dans ce monde. Il avait essayé de prier, mais ça ne l’avait pas aidé. Ce dont il avait besoin, c’était de quelqu’un qui l’écouterait, et plus encore, le croirait.

Il y avait toujours des cris de colère qui résonnaient dans la prison. Tout le monde ici avait l’air en colère, et Denton comprenait pourquoi.

Il descendit de sa couchette et donna un coup de poing dans le mur, fracassant tous les os de sa main.

Il commença à pleurer, mais personne ne l’entendit. Derrière les barreaux, le soleil semblait avoir commencé à se coucher, éteignant les derniers éclats bleu du crépuscule, le laissant dans une obscurité amère.

FIN

Mark Safranko est un écrivain américain né en 1951. Très apprécié en France, il a publié 4 romans chez 13e Note Editions. Il est également auteur de pièces de théâtre, chanteur et compositeur. 

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 Et pour tester votre chance, la VO ! 

LUCK

     Christian Denton was nothing if not a success in life. After a brief struggle in his twenties he succeeded in finding an audience for his work, which included novels and stories and screenplays, two of which were purchased by Hollywood. He had fans, many of them adoring, all over the world. He realized that he sometimes failed to appreciate it because he’d been lucky so early in life: pretty much everything had gone his way, starting with his acceptance at Princeton, where he studied writing and literature at the feet of Nobel Prize winners, all the way up to his nomination for a National Book Award. He never even troubled himself with the notion that most truly great artists were the product of painful lives full of humiliation and rejection because he wouldn’t have understood it.

Occasionally there were clouds on the horizon of Denton’s blue sky, mostly in the form of disturbing dreams in which he got somehow separated from his wife. But when he awoke and saw Ashley’s lovely blonde head in slumber on the adjacent pillow, he let out a sigh of relief. It was just a dream, nothing to fret over. His world was still intact. In a matter of minutes the kids would be up and about, and Denton’s charmed life would resume its normal rhythm.

Sometimes he thought nostalgically of all the women he’d had before Ashley, and there’d been quite a few. Then he’d sigh over the flirtations he’d survived — at writers’ retreats, conferences, on promotional tours, even online — since he married his wife fifteen years ago. He could easily have allowed them to go further than they did, but common sense prevailed in the end. Anyway, none of those women were half of what his wife was, so it didn’t matter. But what man on the face of the earth didn’t occasionally suffer a pang of regret over lost opportunities?

Maybe, he mused, closing his eyes again, one day he’d permit himself to take advantage of some of those enticements. If nobody caught on, who would it hurt? He’d reached the age where he deserved a little more adventure and a little less duty. After all, wasn’t that one of the perks of being a winner in life?

When he climbed out of bed a few minutes later, it was to a tweet that his latest novel was nominated for a prestigious literary prize. Denton couldn’t wait to Google himself and read about his newest triumph.

*****

     A week later the author got a call that his mother had suddenly taken ill and been rushed to the hospital. Denton was shaken. The news was completely unexpected, and his father was thin on details. Since he lived at a formidable distance from his family, there was nothing he could do but await further word and hope for the best.

He retreated to his study and tried to work, but he was much too distracted to accomplish anything. Over the years Denton had developed the invaluable facility of compartmentalizing his life, but now the walls of his cocoon had been penetrated. His mother wasn’t that old, and she’d never had any serious health issues in the past. Worse, the doctors couldn’t seem to figure out the problem.

“I’m sure she’ll be fine as soon as we get the correct diagnosis,” his father assured him, and Denton in turn reassured Ashley and his children.

There was no reason for him to doubt what he was being told. Denton’s father wasn’t an alarmist. Soon, he was sure, he’d be hearing news that his mother was in complete recovery.

The next morning the phone rang when Denton was drinking his coffee and flipping the pages of the Times. On the other end was the uncharacteristically doleful voice of his father.

“She’s gone,” he whispered hoarsely.

“What do you mean, she’s gone?”

“She passed away this morning at seven-fifteen….”

Denton dropped the phone. His mother, next to his wife his staunchest supporter, was no longer among the living.

Denton forgot where he was, who he was, and what he was doing. It was the first truly terrible thing that had ever happened to him.

*****

     Even though Denton was eventually able to get back to work, he felt as if he were operating without a limb — an arm or a leg — or something else, he didn’t know what. With time, he figured, he would regain his equilibrium. After all, people died every day, didn’t they? Death was merely part of the process. Life had to go on.

Shortly afterwards, Denton’s niece, the daughter of his only sister, was stricken with a rare, aggressive form of cancer that had erupted seemingly out of nowhere. She was given a matter of months, perhaps only weeks, to live. Denton wasn’t nearly as close to her as he’d been to his mother, but the appearance of two tragedies in such close proximity cast a longer shadow over his otherwise sunny days.

*****

     Denton’s niece passed away too.

His book was denied the prize it had been nominated for. He was devastated by the rebuff, perhaps because of his increased sensitivity over the terrible things that had recently happened. It felt so unfair — his book had deserved to win. He’d read the work of his competitors, and it couldn’t hold a candle to his. On top of everything, the publishing industry underwent a crisis and one of the nation’s great bookstore chains — Denton’s biggest customer — went belly up. He was convinced nevertheless that he’d weather the storm, as he had in the past. Optimism had been built into him.

But that naïve assumption made what happened next utterly unexpected and inexplicable: his new novel was rejected. “There’s been a shift in the whims of the marketplace,” Gerhardt, his agent, explained over the phone, and what Denton had done with his latest offering — striking out in a different, more darkly experimental direction — was deemed too risky for his publisher’s sales team.

“Anna” — Denton’s longtime editor — “could hardly get through it. She turned thumbs down,” Gerhardt added. “Trust me, I did everything I could short of begging. I’m really sorry, my friend. Maybe the next one — if you bring it a little closer to earth? And it might be wise for you to run your ideas past me first, hm?”

“Well, aren’t there other publishers?” demanded Denton.

“Unfortunately, I’m inclined to agree with Anna,” said Gerhardt. “I don’t think the book works, and it’s probably worth trying to fix.”

It was the first time Gerhardt or Anna Knox had ever rejected anything from Denton, and the author was indignant. After all the money I made those bastards, he couldn’t help thinking. As far as his “next one” was concerned, it wasn’t like he could just pop novels out to order in a week or two. It took months, years, of planning and writing and revising and polishing before he let a manuscript out of his hands. These non-creative types were idiots! He resolved to find a new agent and a new editor, but when he sent out feelers, the response was shockingly lukewarm.

Denton was bewildered and depressed. How could someone with his track record suddenly become persona non grata? It made absolutely no sense.

He was at a loss for what to do. He decided that he’d keep Gerhardt and Anna on the line until they could be safely jettisoned. But despite extensive efforts, Denton couldn’t find replacements for his erstwhile champions.

*****

     He’d been in a deep sleep when the din broke through: bumps, thumps, and crashes, and finally the ugly sound of shattering glass. He sat up in disbelief. He couldn’t begin to comprehend what was happening beyond the bedroom door.

When he heard a plaintive moan, he leaped out of the empty bed. Where was his wife? He fuzzily remembered that Ashley had gone out with some friends for drinks earlier in the evening.

He threw the door open and fumbled for the hall light. When he flipped it on, he saw that Ashley lay crumpled in a heap at the foot of the staircase, a billowing pool of dark blood framing her head. In her hand was the shard of a drinking glass.

He hurtled down the steps, calling his wife’s name. There was a dumb glaze over her blue eyes.

“I don’t know what happened,” she whimpered. “I thought I was walking into the bedroom….”

Denton’s brain was bleary from sleep. He didn’t know what to do. He tried to make Ashley sit up, but she couldn’t. Instead, her body began to convulse and her skin turned purple. Denton’s ten-year-old son Wes ran down the stairs — he’d been asleep too — and immediately began to cry. “What’s going to happen to Mom? What’s going to happen?”

Denton sent the boy for towels to stanch the flow of Ashley’s blood, then ripped a blanket from the sofa to wrap her in. He and Wes ferried her out to the car, and they set off for the hospital. It was only later that Denton realized that he should have summoned an ambulance instead.

*****

     Denton’s wife was diagnosed with a severe concussion. Her scalp, which had sustained a deep, long, jagged contusion, was stapled back together in the emergency room. She remained in the hospital for two days.

Afterwards, she wasn’t the same person. She took a leave of disability from her job as a mid-level executive for a communications company and spent the entire summer convalescing on the backyard deck, a blanket draped over her shoulders, the remnants of shock and daze in her eyes. Specialists were consulted, but it seemed that nothing could be done for Ashley except to make sure she was comfortable and continued resting. Concussions could be tricky, insidious things that could have dire consequences down the road.

One afternoon after he’d managed to struggle through his pages for the day, Denton cracked a beer and dragged a chair next to his wife’s. He tried to keep her company whenever he could.

“I’ve wanted to talk to you for a long time,” said Ashley, looking out over the perfectly groomed lawn. “But until now I haven’t had the strength.”

“About what,” Denton answered absently. He was hopeful that she might announce that she was finally feeling better and ready to return to her job. He wanted the house to himself again.

“I know that you’ve been seeing Renee.”

Denton’s brow furrowed. He had no clue what she was talking about.

“Seeing…who?”

“Renee. I know all about it.”

Denton could do nothing but stare at his wife, and wait for her to tell him that she was pulling his leg for some bizarre, unfathomable reason. And that would be odd enough, since Ashley had never been a practical joker.

By now Denton thought he understood who she was referring to. Renee was a thirty-something neighbor with long black hair who lots of men looked at and, no doubt, would love to go to bed with. But if Denton was ever one of them, and he was from time to time, he would never even have considered making a move on her. You didn’t do that in the type of suburb — much too insular for comfort — where Denton and his family lived.

“I’m not seeing Renee,” he countered evenly. “What in the world would give you that idea?”

Ashley shook her head with a sadness born of stubborn conviction. “You don’t have to lie to me, Christian.”

He barked out a laugh. “But I’m not lying.”

They went back and forth like this, until Denton for the first time had the disconcerting sensation that something might be seriously wrong with his wife. That tumble down the stairs had scrambled her brains all right. He’d been warned by her doctor that there could be long-term ramifications, and this delusion was the proof.

The problem was that he didn’t know what, if anything, to do about it. Nevertheless, he continued to proclaim his innocence.

*****

     The staples were removed from Ashley’s scalp and after a few months she did go back to her job. Denton was grateful for the return to the old routine, though he had a nagging fear that something bad might still happen to his wife. Whenever he asked, she maintained that she was feeling better and better, “nearly all the way back” to herself, but the distance in her eyes belied her words and continued to disturb him.

Weeks passed, then months. One morning in late November Ashley couldn’t get out of bed. She pointed weakly at her temple.

“Oh…oh…my head is splitting,” she whispered haltingly, then fell back into a swoon.

Denton stood over her and touched her shoulder.

“Ashley. Ashley….”

She was unresponsive. His pulse began to pound like a kettle drum in his ears. He tried again to rouse his wife, but to no avail. Alarming. Very alarming.

He reached for the phone and dialed 911.

*****

     Later that afternoon Ashley died of a cerebral hemorrhage. Denton had been warned by the doctors that it was a possibility, but not once did he think it would actually come to pass. The most difficult thing for him was that he’d lost his wife twice — the first time when her personality disappeared after she fell down the stairs, and now forever.

His first concern was his two kids, but he also knew that he was in need himself. How would he deal with the rest of his life? It was his wife, who, despite her demanding job, guided their children, who gave him the space and environment to work, who made their lives possible.

He couldn’t imagine what he must look like standing beside the coffin, except for a mass of confusion and shock. He felt nothing. He couldn’t cry. Grieving was impossible so soon after Ashley’s death. All he was capable of was noticing that there were lots of people at the cemetery, most oddly a pair of men in dark clothes and sunglasses whom he didn’t know. They didn’t introduce themselves or offer condolences, which was also unusual. He wondered vaguely who they might be, but after a few moments completely forgot their presence.

*****

     The voice on the phone belonged to one Detective Pomono. Denton had never heard it before and didn’t recognize the name. What would a policeman want with him? So few days after his wife’s death he still didn’t feel up to talking to anyone except for his kids.

“I’d like you to come in to headquarters,” Pomono suggested. His tone was unpleasant — gruff. It conjured someone who worked under cars in a garage.

“What for?” asked Denton. Maybe there’d been some crime in the neighborhood that had slipped his notice in the madness of the past week?

“It’s better face to face,” countered the detective, who Denton felt was being evasive for some reason.

“Well — okay,” agreed Denton, suddenly mindful of his civic duty. But he didn’t much care for the cop’s insistence when he was in such a low state.

“Can you come now?”

“You mean right now?”

Yes, that’s what Pomono had in mind. Denton was annoyed, but he felt it was better to get this nuisance out of the way sooner rather than later. There was so much business to attend to when someone close to you passed away.

*****

     Pomono was a nondescript, middle-aged man with a substantial paunch and a drooping walrus mustache, not at all what Denton imagined him to be. His tie was stained and one of the buttons at the bottom of his Oxford shirt had popped open. In person he seemed much less threatening than he did over the phone.

He showed Denton into a room marked “INTERVIEWS.” Why was he being ushered into a place usually reserved for suspected criminals?

“Have a seat.

Pomono sat too and began rambling — about anything and everything, from the flat tire he had yesterday, to what he had a hankering for at lunch to me, to the lousy weather. Denton quickly grew impatient. He had no time to waste, especially with someone who seemed to have nothing better to do.

Then the conversation took a pinwheel turn. Suddenly Pomono wanted to talk about Denton’s wife — Ashley. As if on cue, another cop, someone named Brody, walked in and took the last empty chair. Suddenly the room seemed much more crowded. Too crowded.

“Is there anything you’d like to say to us,” Pomono said, peering at Denton earnestly.

The writer was startled. “About what?”

There was a long silence in the little gray box.

“Mister Denton, your wife was in to see us a few times before she died.”

Denton was stunned. “What the hell are you talking about?”

He’d had no inkling whatsoever. An ominous feeling stole over him as swiftly as a streak of lightning across the sky.

Brody reached into his jacket and produced a small cordless tape recorder. He fumbled it on, and the ghostly voice of Ashley rippled through the chamber.

“…then I felt his fingers in the small of my back. The next thing I knew, I was flying through space. I still can’t remember what happened next….”

Denton’s eyes widened. He couldn’t believe what he was hearing: on the tape Ashley was accusing him of pushing her down the stairs. It was her suspicion that he had tried to kill her. He’d changed, there were other women in his life, and he didn’t want her around anymore. The police should know all this, in the event something worse happened.

Denton felt himself go cold. This was insanity; he had to be trapped in a nightmare, and soon he would wake up from it.

He shook his head. Enough. He didn’t want to hear any more. The smelly little room was spinning around him.

“At the end, I didn’t know who Ashley was anymore. You have to understand, she wasn’t the same person I married,” he protested.

“That’s because you tried to do away with her.”

What? No! No. She didn’t know what she was saying on that tape. There must have been a blood clot in her brain, don’t you see? She was ill, she couldn’t help herself. And now it’s all…this.”

He gestured with disgust at the recorder. The cops kept staring at him, waiting for him to give them more.

“Why would I want to get rid of her? We were happy together,” he pleaded.

But Pomono and Brody would have none of it. They argued just the opposite, that Denton was bitterly dissatisfied, and that his wife had found out about his other, secret life, the other women, which made things worse. They kept going over and over the same ground, trying to get him to admit to something, until Denton himself began to half-believe that he might have committed some transgression and hadn’t even realized it.

No, no, no, he kept saying, but in the end they refused to listen. He challenged them to prove that he’d ever cheated on his wife. They said they had more than enough evidence. And it was a motive. After what seemed like days of grilling, he was read his rights and handcuffed.

Christian Denton was under arrest for the premeditated murder of his wife.

*****

     Denton sat in his prison cell, thinking. There wasn’t much else to do in a prison cell but think, endlessly, endlessly think. When the police seized his computers, they discovered that he’d visited dating and porn sites, scores, even hundreds of times, and this evidence was used against him, even though it was never proven that he’d acted on any of his fantasies. He had been sentenced to death by lethal injection for the murder of his wife and he still couldn’t process it. The worst part was that his own children had been unable to plead his case. Under oath they could not testify that their father had not murdered their mother since they hadn’t witnessed what happened. Their inability to help him in his hour of need had obviously signified something to the jury.

But amongst this plague of thoughts, the single thing Denton could not get out of his mind was how the luck of a man could change so perfectly in the blink of an eye. Maybe it had all started going downhill when his mother died, but it didn’t really matter now. The only thing that did was that at some point the invisible train of fate had begun moving in the wrong direction.

Christian Denton thought of himself as a good person. He’d been a lucky man too once upon a time, but he’d always been a good person. He’d really never done anything wrong in his life, and yet for some reason a terrible calamity had befallen him. It was a profound mystery, one that he didn’t think he would ever understand in this world. He’d tried praying, but so far it hadn’t helped. What he needed above all was someone who would listen to him, and, more importantly, believe him.

There were always shouts and cries of rage from different corners of the prison. Everyone here seemed to be angry about something, and now Denton understood why.

He got off his bunk and slammed his fist into the wall, shattering all of the bones in his hand.

He began to weep, but no one heard. Outside the bars, the sun seemed to have slipped away, extinguishing once and for all the blue refulgence of twilight, leaving him in utter darkness.

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