Idées en vrac pour un manifeste d’Art  Debout

photo prise par Julia, The Frankly Speaking

Tout le monde en parle, de Nuit Debout. En long, large, de travers, aussi. En bien, en mal, en critique, en perspective. Moi, non. Rien de tout ça. Moi je parle de livres, c’est déjà bien assez complexe. 

Je ne vais pas chercher à savoir s’il faut insuffler un peu plus de «Marxisme dans cette manifestation petite bourgeoise, bobo, ado, sans perspective politique » . Non, il y a bien assez de penseurs et de poseurs pour ça, et honnêtement ? Honnêtement, je m’en fiche complètement, des « il faudrait », des avis sur tout et des grandes théories. Il faudrait toujours quelque chose, d’ailleurs. Gnagnagna, comme dirait ce grand philosophe de passage l’autre soir.

Ce qui me m’intéresse du haut de mes Stan Smith et de mon statut assumé de « kidulte », c’est cet élan. Cette soudaine fédération bordélique autour d’un idéal flou, qu’on soit âgés de 15, 20, 30 ou 45 ans, qu’on appartienne à la génération W, X, Y ou Z. Toutes ces idées qui jaillissent, qui éclatent et s’articulent. Un peu comme si, après des années dans une cave, on redécouvrait la lumière et marchait de travers en clignant des yeux comme des rat-taupes (ici un lien de rat-taupe, et c’est pas mignon du tout).

C’est la démarche politique au sens étymologique, « qui concerne le citoyen » qui me parle, aussi maladroite soit-elle pour l’instant. Justement, la maladresse, c’est ça qui m’inspire, ça qui me porte et me fait avancer. La perfection n’existe pas, et si elle existait, elle nous stresserait en nous mettant la pression. Enfin, disons qu’il est plus facile d’imaginer ressembler à Pete Doherty qu’à Mick Jagger. Et encore, Pete Doherty… Bref, passons.

Nous sommes nombreux à voir aux Nuits Debout la « Fabrication d’un nouveau mouvement ». A graviter, nous interroger un peu, nous dire que nous sommes peut-être quelques uns à avoir envie d’autre chose. Quoi ? Mais laissez-nous réfléchir cinq minutes ! Laissez-nous déjà nous interroger sur une utopie. Retrouver le goût du rêve et de l’idéalisme !

Depuis des mois, on nous assène qu’on est en « guerre », que nos vies sont menacées en permanence, que nous nous retrouverons coincés dans une attaque chimique (contre laquelle on ne pourra rien, à moins d’être Chuck Norris), ou nucléaire (encore moins) ou que toutes les capitales seront détruites dans un grand attentat simultané (vive la campagne). La pulsion de mort pulse à nos oreilles et nos inconscients déjà assez stressés depuis novembre.

Au milieu de ce verbiage et des grandes déclarations d’un gouvernement ambidextre qui semble avoir perdu le sens de l’orientation, pourquoi ne pas agir à coups de rêves  ?

Pourquoi ne pas Lire, Ecrire, Penser, Debout ? Vivre, tant qu’il en est encore temps ? Et essayer de changer deux ou trois choses au passage ?

Bien sûr, il y a des urgences. Bien sûr. Les migrants, le fascisme rampant comme une larve obèse, la condition des femmes, les pays détruits par nos accords de pays civilisés, les tests sur les animaux et les abattoirs, les tapis de bombes sur des populations innocentes, la faim, la soif, la sécurité… Oui, on sait, on a dit qu’on savait. La réalité pue, la réalité sent le tabac froid et l’alcool frelaté, le déodorant bon marché et la sueur rance. On s’en était rendus compte.

Je ne parlerai donc pas de politique ou de grandes mesures sociales, ça serait risible. Tout ce qui m’intéresse, c’est la Culture (oui, la politique fait partie de la culture, JE.SAIS, ma mère vient de la LCR). L’art, si tu aimes mieux. Le politique, en quelque sorte.

Qu’il fasse jour ou nuit, la culture est, et restera, ce qui nous fait tenir, debout, justement. Pourvu qu’on crée, idéalistes pris entre la réalité d’un monde déformé par le libéralisme, et nos aspirations maïakovskiennes ou rimbaldiennes ! Pourvu qu’on cherche à réinventer les modèles !

Pourquoi ne pas se prendre à rêver d’autres schémas dans le monde artistique ? Nous fédérer autour d’idées culturelles sans pour autant vouloir partir en campagne. Idéalistes, on a dit. Pas fous.

Un proverbe de quelque part dans le monde, ou peut-être était-ce une laide citation baveuse de bons sentiments, a dit qu’avoir une idée, c’était déjà lui donner une existence. Alors donnons vie à l’idée d’un Mouvement Culturel Pirate, d’un Manifeste Culture, catalysons un peu nos initiatives personnelles, fédérons-nous !

Debout, pour que nos voix comptent, nos mots.

Nos écrits et nos paroles. 

  • Pour que nos métiers artistiques soient considérés comme un vrai travail et plus des passe temps de romantiques du dimanche.
  • Pour ne plus devoir nous justifier aux yeux d’un monde qui court en rond et qu’on empêcherait peut-être de tourner par notre seule existence.
  • Pour que nos idées s’associent, s’imbriquent, se chassent et se retrouvent dans un feu d’artifice inventif.
  • Pour que « art », « intellectuel », « culture », ne soient plus, aux yeux de certains, des vilains mots réservés à des élites nanties.
  • Pour que le sens de nos vies ne soit plus conditionné par les K€.
  • Pour qu’on ne soit plus payés avec des lance-pierres sous prétexte qu’on écrit.
  • Pour avoir le droit de vouloir changer le monde avec des mots.
  • Pour avoir le droit d’aimer la culture et de vouloir la partager.
  • Pour avoir le droit d’être les artistes de nos propres vies, pour commencer.

Debout, auteurs, poètes, artistes. 

Debout, pour que notre idéalisme intime devienne un partage collectif. 

Debout, nous sommes invincibles car nos disparités nous unissent.

Nous ferons avancer la culture, pierre par pierre, pavé par pavé.

Nous édifierons l’avenir.

Nous fabriquerons le ciment d’une société émergente.

Nous sommes peut-être Tyler Durden.

Nous lirons, écrirons, avancerons.

Debout, debout et brisons nos entraves !

A vous de prolonger la liste…

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