Festival Hors Limites : Rencontre avec Sophie Joubert et Arno Bertina

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Qui sont-ils et comment travaillent-ils, les programmateurs d’un festival littéraire ? Comment apportent-ils leurs compétences afin de structurer un programme en adéquation avec l’esprit d’un événement ? Quelles sont les particularités du festival Hors Limites, qui prend place dans le département de France le moins bien pourvu en librairies ? 

Ils sont deux, les programmateurs du festival Hors Limites : Sophie Joubert et Arno Bertina. Rencontre.

 

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© Nataniel Halberstam

 

Quelles volontés, culturelles, politiques, sociales, président à la création de Hors-Limites ? 

Cela fait maintenant sept ans que je travaille avec l’association Bibliothèques en Seine-Saint-Denis. L’idée du festival est de promouvoir une littérature vivante sur un vaste territoire (un département entier) et de donner envie au public de pousser la porte des bibliothèques. Tous nos événements sont gratuits et nous essayons de proposer des formes et des thématiques originales en lien avec les envies des bibliothèques et les attentes de leur public. Nous pensons notre programmation pour les habitants de Seine-Saint-Denis en tenant compte de la richesse et de la diversité du territoire. Au fil des années nous avons tissé des partenariats avec des lieux spécifiques comme la Basilique St-Denis, Mains d’oeuvres ou parfois des équipements sportifs (une piscine l’an dernier). Nous essayons d’inciter le public à sillonner le département en créant des parcours sur une journée dédiés à un auteur (Eric Vuillard cette année) ou un thème (le sport l’an dernier) pour lesquels nous mettons un bus à disposition. Pour résumer, les volontés qui président à la programmation de Hors-Limites sont : donner envie, faire tomber les barrières sociales et géographiques.

Hors-Limites est donc le festival des bibliothèques du département

Vous travaillez conjointement avec les bibliothèques, pourquoi ? Comment ? 

Le festival est porté par l’association Bibliothèques en Seine-Saint-Denis. Hors-Limites est donc le festival des bibliothèques du département. Arno Bertina et moi ne sommes pas des « programmateurs » comme il en existe dans beaucoup de festival littéraires mais des « conseillers à la programmation ». L’idée de départ vient toujours des bibliothèques et de leurs lecteurs qui, dès le mois de septembre, émettent des souhaits d’inviter un auteur ou de travailler sur une thématique particulière (guerre d’Algérie, Espagne, francophonie, travail etc). Nous engageons alors un dialogue avec eux en fonction des livres que nous avons lus (nous travaillons essentiellement avec l’actualité éditoriale de l’année en cours, les livres sortis entre septembre et janvier) et nous essayons de satisfaire leurs attentes du mieux que nous pouvons. Nous veillons aussi à la cohérence de l’ensemble de la programmation et à la variété des propositions (rencontres simples, rencontres croisées, formes musicales ou performances). Nous évaluons aussi la capacité de chaque bibliothèque à porter une ou plusieurs rencontres et à faire venir du public. L’idée n’est pas d’inviter un auteur simplement pour « faire joli » sur le programme.

Nous ne tenons pas spécialement à avoir des stars mais plutôt des écrivains qui s’investissent, aiment le festival, le département et ses habitants

La littérature est souvent vue comme snob ou élitiste, comment travaillez-vous pour la rendre accessible à un public plus large ? 

En partant des attentes des bibliothécaires, de leurs thèmes de prédilection, nous essayons précisément d’éviter de plaquer une programmation hors-sol qui n’intéresserait pas le public. En proposant des formes originales (lectures musicales, couplage avec des projections de film ou des spectacles, rencontres croisées avec des historiens, des scientifiques etc) nous essayons de donner envie aussi à des non lecteurs. Les auteurs que nous invitions et qui acceptent de venir le font parce qu’ils croient à notre projet et ont envie de rencontrer les habitants de Seine-Saint-Denis. Nous ne tenons pas spécialement à avoir des stars mais plutôt des écrivains qui s’investissent, aiment le festival, le département et ses habitants. Au fil des années, nous avons fédéré autour du festival des auteurs aujourd’hui très connus qui nous suivent depuis le début : Lydie Salvayre, Laurent Gaudé, Maylis de Kerangal ou cette année Eric Vuillard. Tous ont eu envie de revenir car ils ont apprécié les échanges avec les lecteurs et les bibliothécaires.

Nous avons aussi mis en place depuis plusieurs années des formations à la modération, pour que les bibliothécaires animent elles.eux-mêmes les rencontres. C’est à notre avis un moyen supplémentaire de créer des liens avec le public pour qu’il s’approprie les rencontres et se sente moins intimidé.

Au fil des années et des éditions, observez-vous un changement dans la fréquentation du festival ? 

Nous avons chaque année un peu plus de monde. Nous remarquons une augmentation des festivaliers, c’est à dire des gens qui vont assister à des événements hors de leur ville et qu’on retrouve à plusieurs reprises au cours du festival.

 

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Comment choisissez-vous les intervenants du festival ? 

Nous lisons la rentrée littéraire à partir du mois de juin et nous voyons ce qui se dégage (thématiques éventuelles) ainsi que les livres que nous avons envie de défendre. Ensuite, comme je l’ai dit plus haut, nous recueillons les propositions des bibliothèques et nous essayons de faire coïncider leurs envies et les nôtres. Nous organisons aussi en amont du festival deux « journées plateau » lors desquelles nous invitons des auteurs que nous avons envie de faire découvrir aux bibliothécaires. Ce sont souvent des auteurs peu médiatisés dont les bibliothécaires n’ont pas forcément entendu parler. C’est un premier contact qui déclenche ensuite des invitations. Cette année par exemple nous avions invité en juin Aline Kiner (« la Nuit des Béguines », Liana Levi) qui est plusieurs fois dans la programmation finale, seule ou en rencontre croisée avec un historien. L’an dernier c’était le cas d’Elitza Gueroguieva, auteure d’un premier roman et qui avait fait une performance très remarquée lors de la matinée plateau d’octobre.

La littérature existe d’abord dans les livres et le but du festival est d’inciter les gens à lire.

Pensez-vous que l’avenir de la littérature soit dans son côté « vivant » et pluridisciplinaire ? 

La littérature existe d’abord dans les livres et le but du festival est d’inciter les gens à lire. Il ne s’agit pas de substituer des formes spectaculaires à la lecture. Mais, en effet, ces formes vivantes et pluridisciplinaires peuvent déclencher des envies de lecture en rendant plus facile et ludique le contact avec la littérature. Les deux sont complémentaires.

Quelle est votre définition idéale de la culture ? 

Je n’ai pas vraiment de définition mais j’aimerais qu’elle soit un lieu de partage et non d’exclusion. Une façon de relayer les énergies, ou de se montrer curieux du présent, de tous les présents.


sophie-joubertSOPHIE JOUBERT est journaliste en radio et en presse écrite dans les domaines de la culture et de la science. Elle travaille actuellement pour l’Humanité et RFI.

 

arno-bertinaARNO BERTINA est romancier, ancien pensionnaire de la Villa Médicis à Rome, collaborateur pour diverses revues de création ou de critique (NRF, Esprit, Prétexte, …), auteur d’études et de fictions biographiques sur des personnalités diverses du monde de la littérature et de la musique (Nicolas Bouvier, Jim Harrison, François Bon…), de créations radiophoniques, et membre du collectif Inculte.

 

 

Retrouvez la programmation du festival Hors Limites ICI

 

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