[FESTIVAL LITTERATURE ETC] Interview de Manon Labry

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Il y a quelques semaines, nous vous présentions Aurélie Olivier, tête pensante de la littérature en mouvement. Nous vous annoncions le premier partenariat de Bookalicious avec un Festival : Le Festival Littérature Etc, qui se tient du 25 septembre au 21 octobre, au Pays d’Opale et Dunkerque, au Pays de Mormal, dans le Sud Artois et la métropole lilloise

Afin de fêter cette vision commune de la littérature, nous avons invité quelques auteures présentes à l’édition 2017 de Littérature etc. dont la thématique est « Hors Normes ». Un sujet porteur que Geneviève Peigné, Chloé Delaume, Manon Labry et Maryam Madjidi décortiquent au prisme de leur écriture singulière. Sortez des sentiers battus et soyez Hors Normes !

 

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Les auteur.e.s Manon Labry et Maxime Delcourt partageront leurs vivifiants textes respectifs : Riot Grrrls, Chronique d’une révolution punk féministe (éd. Zones) et 2PAC, me against the world (éd. Le mot et le reste). Pour se mettre dans l’ambiance, lectures à voix haute d’extraits de textes, dirigés par la metteuse en voix Fanny Bayard. Puis, pour s’immerger encore un peu plus dans les mondes anormaux, vastes et brillants du punk féministe et du gangsta rap, échanges de mots et de morceaux impulsés par l’infinie Milady Renoir. Et enfin, pour faire sauter les dernières normes qui tiennent lieu de cage, concert du duo de rappeuses queer Dykes sbire, en autres à l’origine du tube Pardon Maman !

« «  Girls to the front  » («  Les filles devant  » prend à cette occasion tout son sens, et c’est un flyer, rédigé (apparemment par Jo Johnson des Bears) à la suite d’incidents survenus dès les premiers concerts de la tournée, qui l’explique et qui sera dès lors distribué à toutes les dates suivantes  : «  Pourquoi  ??? Parce que je suis une artiste femme et que j’ai été agressée verbalement/physiquement pendant que j’étais sur scène et que pour moi, c’est vraiment flippant quand ce sont des hommes qui occupent les premiers rangs. (…) Ce n’est pas cool ou punk rock d’aucune manière que des gars se fracassent contre nous ou se frottent à nous pendant qu’on essaie de regarder un concert. (…) CE N’EST PAS SUBVERSIF DE TE COMPORTER COMME TON ONCLE.  » » (Manon Labry, Riot grrrls)

«  À Baltimore, ce look de miséreux ne posait pas de problèmes. Son bagout et son sourire jouaient en sa faveur. Autre quartier, autres moeurs : Tupac est de nouveau exposé aux moqueries de son entourage. On rit de ses fringues usées, on le rabaisse pour sa maigreur. (…). « Je suis arrivé en Californie pour échapper à la violence… Arrivé à Marin City, j’ai découvert qu’il y en avait encore plus. Je commençais à voir le point commun entre tous les Noirs : la pauvreté. J’ai finalement compris que ce n’était pas que moi. J’ai vu tout l’ensemble. Mon peuple se faisait avoir. Tout le monde, pas que ma famille. » ( Maxime Delcourt, 2PAC, me against the world)

«  S’autoriser à dire non. Porter la barbe ou la stache et donner le ton aux heures qui suivront. J’aurais voulu kinger ma mère. La voir apprivoiser le podium la barre crâne rasé binder jambes écartées à séduire l’assemblée. Te voir Mman gagner le concours tu l’as si souvent vu faire 28 ans de mariage autant que ça te donne un privilège, non  ? Te voir sans détour me choquer juste une fois devant moi te sentir pleine d’assurance.  » (Pardon Maman, Dykes sbire)

(présentation extraite du programme du Festival)

 

 Le problème étant que la norme reste norme une dizaine de minutes sur l’échelle de ce que l’on ignore

 

Quelle est votre définition à vous du concept « Hors-Normes » ? 

Nom composé principalement d’un tiret, néanmoins agrémenté d’un neutre+fem, au genre et à la sexualité finalement donc indéfinis, le tout s’inscrivant en faux mais pourtant validant la validité virile de « l’étalon posé comme naturel et par rapport auquel tout ce qui dévie est considéré comme anormal ». Si l’on revient à ce basique, proposé par et pompé sur l’infaillible CNRTL, et quand on pense que tout le système capitaliste se fonde sur un cheval destiné à la reproduction, on comprend mieux comment les hippiques des années 70 ont tout niqué rapport au concept, et rapport à la norme. Sans compter tout le reste.

En quoi vous sentez vous « Hors-Normes » ? (personnellement, artistiquement…) 

Artistiquement, j’ai commencé à avoir des doutes avec mes premiers ronds de jambes sur Ellen Alien au StarshipMilleniumNeumbeurouane. J’étais persuadée que je dansais vraiment très bien, et puis un jour une copine hors normes a commencé à utiliser des guillemets pour qualifier ma « danse ». Je me suis mise à questionner le concept de « copine hors normes ». A partir de là c’est la descente en enfer. On commence à écrire, d’abord on trouve ça normal, puis on fait semblant que ça devient chronique. Mais surtout, on se souvient des paroles de Richard Cocciante. C’est une question de feeling, entre guillemets. (Je préfère vous éviter le personnellement.)

Un artiste peut-il être dans la norme ?

Voir plus haut, c’est une question de feeling. C’est sans doute plus facile pour les disc jockeys rapport au système des hippiques des années 70. Mais finalement, Ellen Alien aussi a été incomprise, entre guillerets et même si elle a tourné les talons. De toutes façons, tout poulain, mis avec un porc mangera des ordures, confer tout. Donc pour conclure, revenons sur le concept d’artiste. Oui, le plus souvent, il l’est dans la norme, l’artiste, celui que le système a daigné nommer « fou ». Le problème étant que la norme reste norme une dizaine de minutes sur l’échelle de ce que l’on ignore, et que le vocabulaire a ses limites itou.

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LECTURES-RENCONTRES avec/depuis/parmi LA MUSIQUE HORS NORMES

Le 17 octobre à 20h 

Antre deux, 1 bis Rue Lefèvre Lille

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