[RENTRÉE LITTÉRAIRE 2016] Valérie Manteau : Calme et Tranquille

LA CHRONIQUE

capture-decran-2016-10-13-a-21-08-28Au coeur de ce bouleversant roman, la violence, les violences, plutôt. Violence familiale, d’abord, avec l’incompréhensible suicide d’une grand-mère qui déclenche la volonté d’écriture chez cette jeune femme. Encouragée par ses collègues, les membres de la rédaction d’un certain Charlie Hebdo… La violence sociale, l’horreur, prennent le pas sur le poids intérieur. Au drame familial  s’ajoute l’exécution publique du 7 janvier, les amis et les collègues meurent. Entre Paris, Marseille et Istanbul, l’auteur vacille, navigue, tangue.

Valérie Manteau dessine le portrait d’une femme aux prises avec son époque, en pleine plongée dans ce fracas, au plus près des larmes et des balles de Kalachnikov qui s’invitent dans nos quartiers. L’ailleurs, l’amour, les évocations d’un pays plus chaud, plus lent, permettent de garder les pieds à Paris, de garder un lien à la vie et au bonheur. Le style, à la fois fluide et intériorisé, comme tenue du plus près du corps, porte cette trajectoire à la fois si singulière et si ancrée dans une époque tumultueuse et déchirée. Calme et Tranquille – Valérie Manteau. Editions du Tripode

L’INTERVIEW

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Le fait d’écrire ce livre a-t-il été comme une sorte d’hommage à vos amis et collègues qui vous encourageaient à prendre la plume ? 

D’hommage, franchement pas! Ils ont eu leur dose d’hommages à tort et à travers je crois, et je peux imaginer ce qu’ils en auraient pensé s’ils avaient vu ça – je pense à un dessin de Charb sur Cavanna [http://stripsjournal.canalblog.com/archives/2014/01/31/29087041.html ]

qui résume bien l’espèce de pirouette qu’il a fallu faire pour écrire sur eux sans les imaginer ricanant sur mon épaule… Je n’avais pas du tout envie d’en faire les héros d’une histoire qui devait mal finir et moi dans le rôle de la pleureuse. Si Charb m’a beaucoup encouragée à écrire, comme je le raconte dans le livre, c’était surtout pour que j’arrête de chouiner. Il croyait aux vertus du travail, je me suis un peu raccrochée à ça. Mais le mot d’ordre décisif a été une injonction faite par Luz, après les attentats: « Vous êtes Charlie? Prouvez-le. En dessins, en images, en textes… »

Ce livre a-t-il une vertu cathartique pour vous ? 

La question du suicide est très présente dans le livre. Dans le livre et dans ma famille. De façon générale, c’est compliqué de parler du fait qu’on pense au suicide, quand on se sent hanté, tenté. L’écriture a un côté fascinant, car elle permet de jouer avec ses peurs. De se faire des frayeurs. On peut incarner la pulsion de mort – j’en ai fait un danseur -, et l’apprivoiser. Prendre une bière avec. On peut se mettre en scène au bord du gouffre, et s’en faire sortir. Dans mon livre, parce que c’est moi qui l’ai écrit, il y a quelqu’un qui tend la main au bon moment, et qui a les bons mots… Je ne sais pas si ça suffit à faire catharsis. Mais ça redonne une prise sur ce qui nous arrive…

Vous sentez-vous « calme et tranquille » ou toujours « Ecorchée » ? 

Je ne crois pas qu’on pourra être à nouveau calmes et tranquilles. Ca ne me paraît même pas souhaitable. C’est l’option suicidaire, disons. J’ai passé pas mal de temps en Turquie ces derniers mois parce que je me sens mieux en étant, d’une certaine manière, au coeur de la bête. Vu d’Istanbul, l’indécence et la médiocrité de la scène politique et médiatique française me révoltent. On ne peut pas se permettre de se replier davantage. On a raison de trembler mais je crois qu’il va falloir, plus que jamais, se forcer – parce que c’est une force – à s’ouvrir au monde.

 

L’EXTRAIT

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