Readlist : Toujours (être) ailleurs

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Les yeux vers l’est et les mains vers l’ouest, à moins que ça ne soit le contraire, peu importe, l’idée est là. Pour ceux qui travaillent, qui partent plus tard, qui ne partent pas, mais qui rêvent d’horizons qu’on approche en soulevant la poussière sous nos semelles, rêvent de forêts hostiles ou d’une autre époque. Pour ceux qui partent et rêvent de sauter dans le premier train, à l’aveugle… Le premier billet de train, d’avion ou de vaisseau spatial en notre possession, c’est un livre ! 

couv-black-no-more-blog14_an2Black no more –  George S. Schuyler. Traduction de Thierry Beauchamp. Attention, livre énorme ! Le wombat, ce gros marsupial herbivore aux allures de nounours, a encore frappé. Dans une Amérique en pleine prohibition, il est mal vu (encore plus que maintenant) d’être Noir. Schuyler décrit une société contre-utopique où un parfait charlatan met au point un traitement destiné à rendre les Noirs, Blancs. Oui, comme Michael Jackson, mais en 1931. On se demande donc si le racisme pourra ainsi être éradiqué vu qu’il n’y aura plus de « nègres » mais seulement des blancs dans ces beaux Etats-Unis… A mi-chemin entre Orwell et Vian (période Et on tuera tous les affreux), ce roman à la fois drôle et glaçant joue allègrement avec les codes, les préjugés et les idées sur le racisme. Il s’avère qu’il n’y a ni victimes ni bourreaux mais un sacré ramassis d’abrutis qui agissent de façon irréfléchie et parfois dangereuse pour leurs concitoyens. Et on s’amuse beaucoup à lire cette fresque sociale au vitriol qui nous embarque dans une drôle d’Amérique… Editions Wombat

couv-simple-titaynav5Une femme chez les chasseurs de têtes – Titaÿna. Quand on lit ce livre, autant roman d’aventures que récit journalistique, on pense à, entre autres, une chose : c’était mieux avant. Avant, dans les années 1920, quand une petite bonne femme partait à l’aventure au fin fond de l’Indonésie ou d’ailleurs, rencontrer des tribus de « chasseurs de têtes » et faisait face à la réalité, armée seulement de sa plume. Aujourd’hui, il y a bien des femmes reporters de guerre, mais il n’y a plus d’aventuriers. Il y a eu peu d’aventuriers, quel que soit leur genre, qui ont écrit avec cette vivacité, avec cette précision poétique et cette rigueur. Parlait-on déjà de féminisme, quand une femme partait braver les éléments et la nature sauvage et non analysée par Google ? De démarche révolutionnaire ? Sans doute ce génie du journalisme avait-elle d’autres choses en tête, qu’elle a bien gardée… Quelle brillante idée d’avoir édité ces textes, jalonnés d’illustrations et magnifiquement mis en page ! La creative non fiction n’a pas été inventée par Vice, au cas-où certains le croiraient encore… Editions Marchialy

Tully-vagabondsdelavie-site-500x755Vagabond de la vie – Jim Tully. Traduction de Thierry Beauchamp. Beat avant même l’idée de la beat. En 1924 paraît ce livre, écrit par un type qui a déjà connu mille vies. Hobo professionnel, certes, mais aussi boxeur et conseiller scénaristique à Hollywood, Jim Tully se destine à une carrière d’écriture dans le courant des années 1920. Avant de devenir écrivain et chroniqueur pour de nombreux magazines comme Esquire ou Vanity Fair, Jim Tully voyageait sur des trains de marchandise, sillonnant les USA en pleine période de dépression et prenant des notes sur ce qu’il voyait… Il se dégage un souffle, une vie, une liberté de ces lignes  d’une écriture parfaitement conteomporaine, qu’on se surprend à ce demander quelle est cette époque triste et désenchantée qui nous voir évoluer. Jim Tully parle de sa vie et de ses expériences, des passes à 1$ et des rêves d’aventures… Dans ce magnifique roman aussi autobiographique que « nature writing » ou témoignage du début du siècle, il rend hommage à une époque, un mode de vie, un pays. Sans doute n’est-ce pas pour rien si cette écriture et cette pensée sont nées aux USA, cette terre de contrastes où tout est (était?) possible ! Editions du Sonneur

couv rivireFausse piste – James Crumley. Illustrations de Chabouté. Traduction de Jacques Mailhos. Ah les détectives privés… Que serait la profession sans toute la mythologie urbaine dessinée par les auteurs de polars ? Ce personnage qui a forcément un peu raté sa vie, boit trop, sait jouer de la gâchette quand il faut… Milo Milodragovitch appartient à cette catégorie de privés, celui du brave gars amoché qui s’embarque dans une enquête sordide. Le frère d’Helen Duffy, jolie jeune femme affriolante, a disparu, et elle est prête à tout pour le retrouver. Pitch simple qui, toujours dans les bons polars, va soulever une montagne de réactions et d’embrouilles en chaînes. Sous les magouilles et les crimes se dégage une poésie frappante pour le contraste qu’elle apporte, la douceur et la précision des descriptions, la justesse des métaphores et associations… Le style parfois cynique ou moqueur de l’auteur, dans la plus pure tradition off-noir, distille des moments de grâce comme Milo des coups. Quand aux illustrations en noir et blanc, elles rappellent l’ambiance des pulp des années 30. Bref, à la fois rigoureusement classique et totalement revisité, ce polar réinvente le genre en jouant des codes avec brio. Editions Gallmeister

personnages-secondaires-couvPersonnages secondaires – Joyce Johnson. Traduction de Brice Matthieussent. Beat un jour, beat toujours ! Amusant comme on découvre avec délectation qu’il y avait bien des hommes, avec leurs qualités et leurs défauts, leurs aspirations et leurs obligations, derrière les génies de la Beat Generation, derrière cette brochette de copains un peu amoureux sur les bords. Brochette croquée par une Joyce Johnson plus jeune et les yeux grands ouverts sur la vie qu’ils menaient et l’Histoire qu’ils écrivaient. On oublie trop souvent les femmes, quand on parle de la Beat Generation, comme souvent, et à tort, comme toujours. Ici, c’est un témoignage en direct qui s’écrit, témoignage d’une vie, celle de l’auteur, mais aussi d’une époque, et d’un pan culturel immense. Editions Cambourakis

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